[REACTION] La France soutient l’Arménie tout en l’abandonnant en rase campagne
Il y a deux ans, le 19 septembre 2023, l’Azerbaïdjan envahissait le Haut-Karabagh, une enclave arménienne située dans le sud du Caucase. Plus de cent mille Arméniens ont dû s'exiler. Un accord de paix entre les deux pays vient d'être signé à Washington, ce 8 août 2025, sous l'égide de Donald Trump. Pour BV, Benjamin Blanchard, directeur général de l’association SOS Chrétiens d’Orient, présente en Arménie depuis 2018, décrypte la situation.
Sabine de Villeroché. Pourquoi ce conflit entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie engagé depuis des décennies a-t-il pris récemment une ampleur internationale ?
Benjamin Blanchard. En faisant signer le 8 août aux deux pays une déclaration d’intention en vue d’un traité de paix, Donald Trump a mis le conflit entre les deux pays, qui n’intéressait plus grand monde, sur le devant de la scène. Mais on ne peut pas dire que cette médiation américaine soit favorable à l’Arménie. Celle-ci a peut-être (j’insiste sur le « peut-être ») gagné un traité de paix. Pas grand-chose d’autre.
En revanche, l’Azerbaïdjan voit avancer sa revendication du « corridor de Zanguezour ». Cela fait des années qu’il demande la création d’une route pour rejoindre son exclave du Nakhitchevan, située de l’autre côté de l’Arménie. Cela a toujours été refusé par l’Arménie pour des questions de sécurité évidentes et de souveraineté… La proposition de Donald Trump, aujourd’hui acceptée par l’Arménie, est pourtant clairement similaire à la demande azérie. Ce couloir multimodal resterait officiellement sous souveraineté arménienne et devrait être placé sous la responsabilité d’entreprises américaines. Il porterait même le nom de « Route Trump pour la paix et la prospérité internationales » !
S. d. V. Quelles sont les forces en présence et les soutiens de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan ?
B. B. L’Azerbaïdjan a évidemment le soutien de la Turquie. Quant à l’Arménie, elle n’a pas beaucoup d’alliés… L’Union européenne la soutient officiellement, mais elle le fait comme la corde soutient le pendu. Elle a besoin du gaz azéri et l’Arménie a le tort de ne posséder ni gaz ni pétrole… Au printemps dernier – au lendemain même de la commémoration du génocide arménien ! –, Kaja Kallas, haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, était à Bakou afin d’y renforcer les relations entre l’UE et l’Azerbaïdjan. Ursula von der Leyen a d’ailleurs qualifié l’Azerbaïdjan de « partenaire fiable » en matière de livraison de gaz.
Officiellement, la France est proche de l’Arménie. Elle lui livre d’ailleurs des équipements militaires défensifs. Mais de l’autre côté, la diplomatie française a totalement abandonné l’Artsakh, aux mains des Azéris depuis deux ans. Ainsi, en juin dernier, l’ambassadeur de France en Azerbaïdjan, Anne Boillon, s’est rendu à Chouchi, une petite ville de l’Artsakh - Shusha, en azéri -, y déclarant aux médias : « Je ressens en effet une grande joie d’être ici. Je sais que Shusha occupe une place particulière pour l’Azerbaïdjan, car cette ville est un symbole de culture et d’art. » Un abandon en rase campagne !
Même le Vatican a lâché l’Arménie. Le 11 avril, une conférence se tenait à l’Université pontificale grégorienne à Rome, sur le thème du « christianisme en Azerbaïdjan : histoire et modernité ». L’objectif ? Donner un vernis universitaire et scientifique à l’effacement de la culture et de la présence des Arméniens en Artsakh. Il y a quelques jours, le Vatican a d’ailleurs signé un nouvel accord avec l’Azerbaïdjan. Cependant, notons que le pape Léon XIV a reçu, le 16 septembre dernier, le Catholicos Garéguine II, le patriarche suprême de tous les Arméniens catholiques. La question de l’Artsakh a été abordée durant cette rencontre.
L’Arménie a tourné le dos à la Russie en se prononçant en faveur d’une adhésion à l'UE, au printemps dernier. Quant à l’Iran, allié de l’Arménie et qui est son seul accès à la mer, il voit d’un très mauvais œil la création de la route Trump, qui va longer sa frontière.
Enfin, l’Arménie est elle-même divisée, en interne. Ainsi le gouvernement de Nikol Pachinian, arrivé au pouvoir en 2018 par une révolution de couleur, comme il y en a eu tant dans la région, est en conflit ouvert avec l’Église apostolique arménienne, notamment à cause de la question de l’Artsakh. Bref, le tableau est donc sombre.
S. d. V. S'agit-il d'une guerre de religion entre Arméniens chrétiens et Azéris musulmans ?
B. B. Non, il ne s’agit pas d’une guerre de religion. Certes, la soldatesque azérie a profané des cimetières, brisé des khachkars, transformé des églises en mosquées ; certes l’Arménie est le petit caillou chrétien au milieu de cette région turque. Mais on ne peut pas résumer le conflit à une guerre de religion. C’est davantage une guerre entre deux civilisations voisines et ennemies depuis des siècles.
S. d. V. L'accord de paix signé à Washington mettra t-il réellement fin au conflit ? Que vont devenir les Arméniens ?
B. B. Il ne s’agit pas d’un véritable accord mais d’une déclaration d’intention en vue d’un futur accord de paix. On est donc loin d’une véritable paix. Ilham Aliyev a toujours la même posture belliqueuse vis-à-vis de l’Arménie. Ainsi, il réclame la modification de la Constitution arménienne pour que celle-ci abandonne définitivement toute revendication sur l’Artsakh et n’hésite pas à menacer en cas de refus. Nikol Pachinian semble prêt à cet abandon. Déjà, en 2023, il n’avait pas levé le petit doigt pour défendre l’Artsakh, utilisant même, à la télévision, le terme azéri Nagorno Karabagh pour désigner l’Artsakh et déclarant tout net : « La République d’Arménie n’est pas impliquée dans les opérations militaires. »
La question est donc la suivante : s’agira-t-il d’un vrai traité de paix, honnête et équitable, ou d’une capitulation de l’Arménie ?

image SOS Chrétiens d'Orient
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9 commentaires
l’Arménie pays de grande culture, ce qui évidemment n’interresse que peu de gens….cet accord » de paix » est évidemment un leur, que les Azerbadjanais rendent le Haut Karabagh à l’Arménie qui y vit depuis plus de 3000 ans !
L’Arménie, pays chrétien sans ressource naturelle peut elle vraiment intéresser quelque pays important?
Citez moi un pays où les habitants non pas été trahi par la France.
Il y a un peu plus de 20 ans, la Serbie et le Kosovo. Aujourd’hui, l’Arménie et l’Artsakh. Guerres de religions, oui mais pas que. Et derrière, menant un jeu « décivilisationnel », les USA en « grand frère » attentif…
Même si ce ne serait pas une guerre de religion, l’Arménie chrétienne n’aura jamais aucun soutien face à un agresseur musulman, en particulier de la part de l’UE qui a démontré depuis longtemps son islamisation.
Le soutiens à l’Arménie plus important qu’a la Palestine et L’Ukraine additionnés. Je ne suis pas Arméniens mais très sensible a leur génocide Turque, un vrais.
Terrible
SOUTIEN ET APPUI
En termes militaires soutien et appui sont très différents.
SOUTIEN
De nos jours, « soutien », dans la bouche d’un politicien n’est qu’un mot adressé aux famiiles des femmes tués ou violées, aux policiers, gendarmes, pimpiers, etc, blessés et tutti quanyi. Aucune action n’en découle.
De même pour « condamne ». Cependant, le pouvoir peut « frapper fort » (sic): alors, il condamne énergiquement.Sans plus d’effet: on n’est pas plus avancé.