Que se passe-t-il à Martigues (13), où le maire communiste est mis en examen ?

Cocaïne, corruption, favoritisme : l'affolante affaire immobilière qui éclabousse la ville provençale.
@Airair/Wikimedia Commons
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Mais que se passe-t-il à Martigues ? Son maire de 83 ans a été mis en examen « pour favoritisme », le 29 avril, une information révélée par le média Blast et confirmée par France 3 Provence-Alpes. Gaby Charroux est une vieille figure locale du Parti communiste français qui tient la ville depuis 1959. Les classes populaires ne s’étaient pas encore tournées vers le Rassemblement national : c'était avant qu’elles ne se rendent compte que le PCF ne leur vendait que des chimères. Cette mise en examen a lieu dans l’affaire de la Société d’économie mixte immobilière de la ville de Martigues (SEMIVIM), le bailleur social de la commune qui a la charge des 3.000 logements sociaux. Un dossier de vaste corruption et de favoritisme dans l’attribution des marchés publics du logement social.

Une corruption tentaculaire

Ce sont, tout de même, onze mises en examen, dont la directrice du patrimoine de la société communale, un assistant à la maîtrise d’ouvrage (responsable de la rédaction des cahiers des charges, il devait noter les entreprises soumissionnaires), une directrice générale, deux adjoints au maire ainsi que trois entreprises du BTP qui ont été opérées pour la JIRS (Juridiction interrégionale spécialisée dans la lutte contre la criminalité et la délinquance organisées) de Marseille. À l’origine de l’enquête, une rocambolesque histoire de trafic de drogue digne du film La French. En 2020, les douanes interceptent à Marseille 3,3 tonnes de cocaïne planquées dans un conteneur à bananes. Une balise GPS va mener les douaniers jusqu’à une villa près de Martigues, habitée par un chef d’entreprise locale lié à la SEMIVIM. Depuis, les enquêteurs remontent le fil.

Cette mise en examen ne paraît pas surprenante, dans la mesure où le maire est le président de la SEMIVIM. L’édile était-il au courant de l’attribution des marchés publics ? C’est tout ce que les enquêteurs cherchent à savoir. Des entreprises ont-elles été favorisées ? Sans aucune contrepartie et sans aucun enrichissement ? « Cette mise en examen est donc l’aboutissement d’une procédure, […] elle n’enlève rien à mon innocence, se défend, auprès de Blast, Gaby Charroux : Je sais ce que j'ai fait et les gens qui me connaissent comme mes administrés savent que j'ai toujours agi avec honnêteté et intégrité, dans l'intérêt général et jamais pour un intérêt particulier. » Une affaire qui tombe bien mal, à un an des municipales.

« Les pots-de-vin ont la vie dure »

Pour Jean Sansone, président de l’association SOS Corruption 13, la mise en examen de l’édile suit en effet le processus normal de l’enquête, mais il craint un résultat décevant : « Cela risque de finir en responsable mais pas coupable », soupire-t-il, auprès de BV. En revanche, l’homme qui ferraille depuis plusieurs années contre le maire et sa gestion espère que la seconde procédure apportera plus de réponses. Une autre enquête pour harcèlement est en effet aussi en cours. « Il joue le grand père paternaliste, mais les employés de la commune se plaignent depuis 2012 », affirme Jean Sansone, et le dossier est lourd : « Seize dossiers qui comprennent des mises au placard, des licenciements déguisés, des dépressions. »

Contacté par BV, un spécialiste de l’immobilier dans les Bouches-du-Rhône ne s’étonne pas de la gigantesque galéjade martégale : « La corruption est malheureusement fréquente, dans ce secteur où les pots-de-vin ont la vie dure. » Un parlementaire LR local esquisse un sourire, auprès de BV : « Favoritisme et communisme, cela rime », avant de dresser un constat peu amène : « Les communistes ont toujours eu une gestion clanique. »

À l'heure où nous bouclons, la mairie de Martigues n'a pas encore répondu à notre sollicitation.

Picture of Yves-Marie Sévillia
Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

54 commentaires

  1. Tout le monde sait bien qu’un communiste est incapable de faire ça, sauf si c’est dans l’intérêt des travailleurs et des travailleuses ou la masse laborieuse des travailleurs.

  2. C’était le même type de corruption dans les pays communistes avant la chute du mur. Depuis les pays européens ex-communistes ont du mal à se débarrasser de ces mauvaises habitudes. C’est l’entrée dans l’Europe qui impose une lutte anti-corruption, chose souvent ignorée des français.

  3. Pour le maire, cela va inévitablment se terminer en jus de bouillon…les autres paieront…Mais de 2 choses l’une : ou bien le maire était au courant du système de corruption, auquel cas il ne devrait pas échapper à la Justice, ou bien il ne savait rien….et il reste très coupable d’une rare incompétence, auquel cas il faut le destituer d’urgence. Mais en Région marseillaise, rien ne se passe normalement….er pourtant on l’ime cette Région !

  4. Et les communistes, quand ça les arrange, ne répondent pas facilement aux sollicitations mais sont prompts à condamner ceux qui ne font pas partie de leur clan, c’est-à-dire, celui du bien. Là, ils savent gratter pour trouver la faute qui exclurait un opposant. Les rouges ne changeront jamais. Le domaine de la culture comme celui de l’immobilier en savent aussi quelque chose.

  5. Je les croyais honnêtes les « cocos » bah mince suis déçue là (ironie bien sur)
    En même temps à Marseille ça ne dépareille pas, à part S Ravier le reste pfff

  6. Quand on a la possibilité de mettre les doigts dans le pot de confiture , il faut avoir de l’honneur et une force de caractère bien assumée pour résister .

    • Ou alors la peur de se faire prendre est plus forte que l’appat du gain. Pourtant si on est maire, dans le camp du bien, 83 ans, notable ,on ne risque pas grand chose en justice!

  7. Vraiment, s’en prendre à un homme de 83 ans, communiste en plus ! Et pas un RN à l’horizon pour porter le chapeau, la région n’est plus ce qu’elle était.

  8. Je ne savais pas qu’il existait encore des maires communistes! Et de surcroit de 83 ans. Comme quoi, la population me surprendra toujours. De toute façon, elle n’a que ce qu’elle mérite.

    • Quand la Gôôôche arrive à s’emparer du pouvoir, elle ne le lâche plus ! Fabius, Ferrand, Tabuteau, Moscovici, bientôt Belkacem… etc… TOUT est encore sous contrôle du socialisme triomphant…

    • Otez-moi d’un doute : Ce ne sont pas les communistes qui ne veulent pas de la retraite à 64 ans ? mais qu’elle reste à 62 ans
      Ce maire a donc largement dépassé la date de péremption…la preuve : il dirige une boîte et le pauvre vieillard ne sait pas ce qui s »y passe
      dans le privé, y’a une date limite quand même ! ce ne serait pas du luxe d’étendre la réglementation..

      ou alors, le PC se finançant sur les oboles de chaque adhérent et il est tellement indigent qu’il n’a plus d’adhérents…donc plus de sous…..mais faut bien « vivre » donc les mairies (peu) ça peut quand rester une source de financements…..

      • Comme quoi la politique ce n’est pas fatiguant la preuve, 83 ans, quand les agriculteurs et ouvrier du BTP ne sont plus depuis longtemps, mon père peintre en bâtiment et oui Fds a commencé à 14 ans, et décédé à 66, foie et poumons « bouffés par les enduits peintures et autres, alors les politiques…..

  9. C’est Marseille, quoi de surprenant ?
    N’y peut se faire élire qu’un communiste ou un mafieux… encore mieux les deux à la fois !

  10. A un certains niveau la politique a les mais dans le gâteau tôt ou tard faire de la politique sous prétexte qu’on se sent appelé, c’est pas forcément du bénévolat mais quant on vois les scores du PCF on s’étonne de les retrouver a l’assemblé national, il n’y a pas qu’eux.

  11. Les sociétés d’économie mixte étaient de vastes escroqueries montées par la droite et la gauche pour « rétribuer » très grassement les membres de leurs partis. Je ne savais pas qu’il y en avait encore, Mais que fait Médiapart, il y a là beaucoup à dénoncer.

  12. Qui peut croire que ce type de combines ne se passe que dans des municipalités communistes ?
    Et souvent ce ne sont pas les maires les responsables mais les fonctionnaires au contact des entreprises du btp

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