Quand la gauche cherche à se rassurer face aux succès de librairie de la droite

Où l’on apprend, avec un politologue de gauche, que le lecteur ne fait pas l’électeur. Quelle trouvaille !
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Le livre politique de droite a le vent en poupe. Dans ce domaine en effet, 2025 a confirmé 2024 et tend même à accentuer la tendance. L’an passé, le comptage annuel donnait un duo de tête composé de Philippe de Villiers (Mémoricide) et Jordan Bardella (Ce que je cherche). Un an plus tard, les deux mêmes, toujours édités chez Fayard, se retrouvent sur le podium : selon les estimations d'Edistat au 21 décembre (hors ventes directes lors de salons et séances de dédicaces notamment), Populicide de Philippe de Villiers s’est écoulé à 161.504 exemplaires et Ce que veulent les Français, dernier livre de Jordan Bardella, 89.797 exemplaires. Mais le duo est devenu trio, le Journal d'un prisonnier (Fayard) de Nicolas Sarkozy venant s’intercaler, avec 142.764 exemplaires vendus. Et pour être complet, il convient d’ajouter La messe n’est pas dite (Fayard) d’Éric Zemmour qui, avec environ 70.000 ventes, distance largement ses poursuivants.

« Faut reconnaître, c’est du brutal »

Fin décembre 2024, la presse de gauche avait préféré taire ce qu’elle espérait n’être qu’un feu de paille sans lendemain. Mais l’incendie se propageant, cela commence à se voir. Il y a urgence. Une opération déminage s’impose, et c’est Le Média, spécialiste de la question côté gauche, qui s’y est collé. « Faut reconnaître, c’est du brutal », faisait dire Michel Audiard à Raoul Volfoni (Bernard Blier), dans Les Tontons flingueurs. « Sous les sapins cette année, il n'y avait pas que des chocolats et des pulmoches. Non, il y avait aussi, et en bonne place, des livres de droite et d'extrême droite », concède, de son côté, Le Média, forcé de constater que « les ouvrages de droite et d'extrême droite se vendent très bien ». Il y a le feu, et notamment dans le temple de la librairie soixante-huitarde, « sur le site de la FNAC [où, dans] le top 10 des ventes de livres politiques français en cette fin d'année, sept auteurs sont classés à droite, voire à l'extrême droite […] Alors, difficile de faire comme si cela n'avait aucune signification. » En effet.

Bolloré, sors de ce corps !

Mais comment expliquer l’impensable ? L’opération déminage commence : « Certains y verront la preuve d'une droitisation de la société française », Le Média envisageant l’effet d’une idéologie identitaire qui « connaît un regain spectaculaire dans les discours politiques, bien sûr, mais aussi assez plus inquiétant sur les plateaux télé et les commentaires présentés comme neutres ». Et hop ! Un petit taquet, au passage, pour CNews… Mais impossible de s’en tenir là, sauf à reconnaitre une défaite idéologique qui serait déjà actée et en partie consommée. Comme d’autres estimaient, autrefois, qu’il ne fallait pas « désespérer Billancourt », il est aujourd’hui hors de question d’ôter tout espoir au camp du Bien et du Progrès. Il est donc temps de faire entrer en scène un « sachant », l’universitaire Christian Le Bart, pour qui il faut voir au-delà de CNews. Car « ce n'est pas parce que l'extrême droite vend qu'elle gagne idéologiquement partout, il y a d'autres raisons, dont la stratégie médiatique », et en l’occurrence éditoriale, puisque « les livres dont nous parlons là ont un point commun, c'est qu'ils sont tous publiés aux Éditions Fayard, qui relèvent du groupe Bolloré ». Nous y voilà. Mais ce n’est pas tout, car « ils ont tous été très largement médiatisés, parfois jusqu'au matraquage, par les points relais, les médias Bolloré, et tout ça contribue évidemment, un peu sur le mode de la prophétie autocréatrice ».

Le lecteur n’est pas (toujours) l’électeur

Ces chiffres de vente seraient ainsi le fruit d’une « vieille stratégie de la part des éditeurs », et il suffirait donc d’annoncer un succès pour l’obtenir ? Bon, l’argument, bien que recevable du strict point de vue de la stratégie marketing, reste insuffisant pour convaincre le quidam de gauche, légitimement inquiet des conséquences de cette montée de la littérature « nauséabonde » dans les ventes, et notamment à l’échéance 2027. Christian Le Bart l’a bien compris et enchaîne donc, derechef, sur un argumentaire de « rassurance ». Partant du principe que le lecteur ne fait pas (toujours) l’électeur - ce dont personne ne doute, en effet -, il nous explique qu’en partant d’un succès de librairie, on peut créer « une équation de présidentiabilité. Mais de là à tirer des conclusions sur des résultats électoraux, une élection au suffrage universel direct, c'est extrêmement risqué. » Voilà qui est frappé du coin du bon sens, tout comme l’est l’exemple choisi en illustration du propos, celui d’Éric Zemmour, dont « le succès de librairie témoignait d'une curiosité, d'un certain goût pour le pamphlet, pour l'outrance, pour ces fameuses vérités que personne n'ose dire, etc. », mais « au moment de passer à un autre exercice qui est l'incarnation de la fonction présidentielle, là, on voit bien que les règles du jeu ne sont pas les mêmes ».

Aphatie 2027 !

La présentatrice de l’émission, toute guillerette, peut alors conclure que « ceux qui vont acheter le livre de Jordan Bardella ne vont pas forcément voter pour lui, ouf ! » Ouf, en effet, même si elle s’est bien gardée de demander à Christian Le Bart quelles chances il accorde, lors de la prochaine présidentielle, aux personnalités de gauche ayant, elles aussi, tenté l’aventure éditoriale cette année. Combien au premier tour en 2017, pour Éric Dupond-Moretti, avec ses 16.000 exemplaires vendus de Juré, craché (Michel Lafon) ? Combien pour Marine Tondelier dont le Demain, si tout va bien… (Albin Michel) a tout juste dépassé les 4.000 exemplaires ? Combien pour Xavier Bertrand (ah… on me susurre dans l’oreillette qu’il n’est officiellement pas de gauche), dont le Rien n’est jamais écrit (Robert Laffont) n’a pas précisément trouvé son public, avec 3.000 lecteurs ? Et combien pour Jean-Michel Aphatie, dont le pamphlet contre Cyril Hanouna, T'es une merde, frère (Robert Laffont), a plafonné à 2.500 exemplaires ? Combien, encore, pour Ségolène Royal, qui n’a vendu que 1.000 exemplaires de son Mais qui va garder les enfants ? pourtant édité par Fayard ? Nous voulions ajouter à la liste les 700 ventes de Résister (L’Observatoire), oubliant le score de 1,7 % obtenu par Anne Hidalgo en 2022… Les colonnes de BV restent évidemment ouvertes à Christian Le Bart, dont les pronostics pour 2027 seront à l'évidence des enseignements précieux.

Vos commentaires

28 commentaires

  1. « ceux qui vont acheter le livre de Jordan Bardella ne vont pas forcément voter pour lui, ouf !  » J’ai eu un moment de panique!
    Me voilà enfin rassuré grâce a cette présentatrice de l’émission. Grand merci a elle.

  2. 449 950 exemplaires de livres vendus ( Sarko, Villier, bardella) contre 6686 pour tondelier, Aphatie, Hidalgo
    ( chiffres Cnews – L’ authentique) de quoi provoquer une ….Aphasie !! Meilleurs voeux à tous et toutes !

  3. Il faut en permanence insister sur le fait que la « gauche » de Mélenchon, c’est 10% des voix potentielles; les autres (cocos, socialos, écolos) évoluent entre 2 et 7%). Le potentiel électoral, ce sont les 40% de RN et assimilés, la soudure pour gagner est représentée par les LR qui soutiennent, de fait, la macronie. La gauche monopolise les medias (qui appartiennent tous à des groupes financiers capitalistes ou à l’Etat) pour faire passer son discours très minoritaire.

  4. Y’a pas photo…
    N’en déplaise à un certain J.M. Aphatie er ses 2.000 exemplaires -seulement- vendus en 4 mois !

  5. La France est viscéralement de gauche : le pays où le communisme a réussi. Toutes les institutions sont de gauche à commencer par l’Education Nationale depuis 1946. Les écoles de journalisme sont de gauche. Macron on l’a oublié était au PS. C’est Macron qui a nommé Richard Ferrand président du CC . Sachant que le CC (conseil constitutionnel) est le seul contre-pouvoir dans la Constitution. La Justice est à gauche toute, elle inverse la victime sans intérêt et le coupable qui est lui la vraie victime.

  6. Moi, je crois que c’est la France qui se croit de droite qui essaie de se rassurer. Oui je parle des français qui croient être de droite (jusqu’au RN) et qui ne se reconnaissent pas en Javier Milei. Donc cette France de droite est, en réalité, de gauche mais elle ne veut pas se l’avouer. Cette France donc, essaie de se rassurer par des succès de librairie car en France, tous les pouvoirs sont détenus par une gauche très à gauche pour ne pas dire extrêmement à gauche. La France 2025 c’est une histoire de français très gauchistes et de français gauchistes compatibles. De la droite normale il ne reste rien. Dans 10 ans, l’Argentine (de plus, riche en matière première à exploiter) si elle continue à faire confiance à Milei sera plus prospère que la France si cette dernière existe encore à moins qu’elle ne soit devenu une masse flasque dans le magma UE en perdition.

  7. La démocratie s’exprime par les élections , que l’on sait très bien aménager pour éliminer des candidats avec l’aide active des juges .
    La démocratie s’exprime aussi par les sondages et tous les sondages montrent que les idées de la droite sont largement majoritaires dans les domaines de l’insécurité , le l’immigration et de l’islam qui va avec .
    La démocratie s’exprime aussi dans les librairies par l’Achat de livres de droite .

  8. Ah, parce que Bardella est de droite ? Il a plus de points communs avec Macron qu’avec Le Pen père. Idem pour Sarkozy.
    La gauche dirige se pays depuis 1789, à quelques exceptions près.

    • Exact , et j’ajoute que la gauche minoritaire dans les urnes ces dernières années continue de diriger le pays car elle tient toutes les administrations , en particulier les juridictions .

  9. La gauche, leur plus fidéle ennemi, c’est eux même. Qu’ils continuent dans leurs lubies, et c’est leur effacement prochain. S’ils étaient fins, pertinents, pleins d’intelligence et de bon sens, en phase avec la vraie vie, les vrais gens et leurs préoccupations, là ils seraient dangereux. Aucun risque en l’état. La preuve par les chiffres d’édition.

  10. Le tribunal de LFI ne devrait pas tarder à déclarer que les librairies autrefois gauchistes sont devenues fascistes…Comme quoi c’était mieux avant!

    • Bientôt des librairies attaquées et des livres brulés , certaines librairies n’osent déjà plus mettre en vitrine certains livres qui ont pourtant du succès .

  11. A la liste il manque « Vol au-dessus d’un nid de cocus » de Gilles-William Goldnadel qui a fait un score honorable.

  12. Une gauche crépusculaire qui n’a ni idées ni avenir à proposer aux jeunes sauf sa prétention écœurante si éloignée des réalités.
    Le résultat est là, retour aux sources, à l’essentiel, au présent pour comprendre et faire son avenir.
    Le progrès n’appartient à personne, que l’extrême néant se le dise.
    Aux urnes et bonne fin d’année à BV et aux français dignes.

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