Pour tout savoir du destin tragique des boys bands
Leur heure de gloire commence au début des années 90 pour s’éteindre peu à peu avec le siècle nouveau. De quoi parle-t-on ? Des boys bands, pardi ! La recette ? Sélectionner quelques jeunes et beaux garçons, dotés d’un semblant de voix, sachant à peu près danser et auxquels on fait chanter des tubes écrits par autres qu’eux.
Finalement, le phénomène n’est pas neuf. La preuve par les Beatles. Des années durant, ils galèrent à écumer les bouges de Hambourg. Mais explosent à la face du monde quand Brian Epstein, leur jeune manager, les convainc de tous arborer la même panoplie : boots Anello et Davide, celles des danseurs de flamenco, costumes aux vestes sans col signés Pierre Cardin et fines cravates noires. À défaut de faire le moine, l’habit peut éventuellement façonner le musicien ; même si eux n’en avaient pas vraiment besoin.
Les Sex Pistols, un boys band presque comme les autres
En revanche, les Monkees, la réplique américaine à la Beatlesmania triomphante, peuvent être considérés comme LE boys band historique. Repérés sur leur physique et leurs sourires propres à faire chavirer les adolescentes, leur carrière est fracassante. Sur le tard, ils se piquent d’être d’authentiques artistes ; d’ailleurs, leurs propres chansons tiennent la route. Mais le succès n’est plus au rendez-vous. Ils ont, depuis, été effacés des mémoires. Dommage. Plus près de nous, il y a encore les Sex Pistols, la formation punk bien connue, née dans une boutique de fringues tenue par Vivianne Westwood, future papesse de la mode, et Malcolm McLaren, Écossais roublard professant des idées situationnistes et désireux de subvertir le système capitaliste de l’intérieur. Hormis Steeve Jones, guitariste pas trop maladroit, et Paul Cook, batteur plus que limité, Johnny Rotten, à défaut de correctement chanter, se débrouille au moins pour brailler de son mieux. Quant à Sid Vicious, le bassiste, c’est à peine s’il sait dans quel sens empoigner son instrument. Submergé par un succès dont il est conscient qu’il n’a rien fait pour le mériter, ce dernier s’en va d’une overdose, à tout juste 21 printemps.
À juste titre, on peut le considérer comme la première victime de ce que l’on peut tenir pour la malédiction des boys bands. En effet, la liste est longue, depuis : Liam Payne (One Direction), mort en 2024, Tom Parker (The Wanted), en 2022, Quentin Elias (Alliage), en 2014, Stephen Gately (Boyzone), en 2009. Inutile de préciser que ce n’est pas à cause de la vieillesse qu’ils nous ont quittés, mais à cause de l’infernal diptyque alcool et drogues. Trop de succès, trop vite et surtout trop tôt, sans y avoir été préparé ; déjà que ceux qui le sont n’ont pas toujours bien tourné, alors les autres…
Filip Nikolic, chanteur des 2Be3
L’une des victimes les plus célèbres, sacrifiée sur l’autel d’une célébrité précoce, n’est autre que Filip Nikolic, ancien chanteur du boys band français 2Be3, auquel le cinéaste Laurent Tuel vient justement de consacrer un téléfilm, sobrement intitulé Filip. Notons que ce cinéaste n’est pas exactement le premier venu, ayant signé le remarquable Jean-Philippe, uchronie mettant en scène une France dans laquelle Johnny Hallyday n’aurait jamais existé. Et c’est évidemment notre Jojo national, flanqué de Fabrice Luchini, qui y tient le rôle principal.
Filip Nikolic, donc, eut un destin de météorite. Né dans une famille d’origine serbe, en 1974 et à Saint-Ouen, il a toujours voulu réussir. À seulement vingt ans, il est champion de gymnastique par équipe en Ligue nationale. Deux ans plus tard, le 23 mars 1996, il participe, sur TF1, à l’émission Si on chantait, présentée par Julien Courbet, devenant, au passage, lauréat du Concours des plus beaux mannequins de France. Voilà qui suffit pour qu’une maison de disques, EMI (celle des Beatles), le remarque et lui propose de réaliser son rêve : chanter en compagnie de ses deux amis d’enfance, Frank Delay et Adel Kachermi, tous aussi beaux gosses que lui. À l’époque, les jeunes générations achètent encore des disques. D’où ces chiffres à donner le tournis : 450.000 exemplaires de leur premier single, Partir un jour, 900.000 de leur premier album éponyme, écoulés en 1996. Dans la foulée, ils tournent, pour AB Productions, une série télévisée de quarante épisodes narrant leur irrésistible ascension. Diffusée sur TF1, elle rassemble régulièrement une audience allant jusqu’à deux millions de téléspectateurs. Puis, les tournées incessantes, les Zénith emplis à ras bord, la consécration avec leur entrée au musée Grévin.
Après le miroir aux alouettes, la déchéance
En 1998, 2Be3, leur deuxième album, ne se vend qu’à 200.000 unités. Une légère baisse de régime qui ne les empêche pas de céder au rêve américain en allant enregistrer, en Floride, un album en anglais et malicieusement intitulé Excuse My French. Mais Edel Records, leur nouvelle maison de disques, met bientôt la clef sous la porte. C’est le début de la fin. La mode est passée et les cinq millions de disques vendus ont tout d’un lointain souvenir. Ils se reforment sporadiquement pour des galas de province, tandis que Filip Nikolic tente une reconversion en tant qu’acteur, décrochant un rôle récurrent dans la série Navarro. Il manque même d’obtenir, au cinéma, le rôle du film Largo Winch, le héros milliardaire de bande dessinée, créé par Jean Van Hamme et Philippe Francq, mais se fait griller la politesse par Tomer Sisley.
Les années qui suivent confirment la dégringolade, puisqu’on le retrouve dans l’émission Je suis une célébrité, sortez-moi de là !, l’usine à recycler les has been qu’on sait. Dans le même temps, il a néanmoins celui de prendre femme, une certaine Valérie Bourdin, vendeuse chez Dolce & Gabanna, dont il a une fille, Sasha.
Scandale sur fond de bisexualité
Pourtant, le 16 septembre 2009, il est retrouvé chez lui, mort d’un arrêt cardiaque, manifestement dû à un excès de somnifères et de médicaments l’aidant à soigner son addiction à l’alcool. Aujourd’hui, alors que le téléfilm est diffusé ce 15 septembre et retrace sa courte existence, les proches du défunt affrontent une polémique dont ils se seraient volontiers passés ; soit la révélation de la bisexualité de l’artiste, dévoilée par un certain « Arnaud », dans les colonnes de Paris Match ; lequel se présente à la fois comme son amant et son conseiller financier. Le même reconnaît que Filip Nikolic souhaitait demeurer discret sur leur relation, affirmant qu'il lui aurait avoué : « Arnaud, je ne peux pas le dire. Je suis serbe. Dire qu'on est ensemble, c'est comme si je disais que la pluie sort du sol. » Les anciens de 2Be3 s’insurgent de telles allégations, tandis que sa famille entend porter plainte. Qui dit vrai ? Qui dit faux ? Pour être tout à fait honnête, tout le monde s’en fout. Mais l’époque veut ça, semble-t-il, qui respecte de moins en moins les morts.
Ce pauvre Filip Nikolic n’en demandait sûrement pas tant. Et à propos de ces destins prématurément brisés, il y a encore quelques mots à méditer, ceux de Michel Sardou, à propos de ces fausses célébrités sorties de la télé-réalité ou des radio-crochets : « On fait croire que notre métier est facile alors que ce n’est pas facile. De temps en temps, c’est vrai qu’il y a des filles qui sortent de ça avec du talent mais, en général, quand même, dans la masse, ça dure un an et on ne sait plus du tout qui c’était. » Cruel, mais si lucide.
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6 commentaires
Classer des formations comme 2Be3, Beatles, Monkees et Sex Pistols dans la rubrique « boys band » me paraît assez osé.
Certes, les filles craquaient volontiers sur McCartney, mais pas autant que pour Jagger et Brian Jones.
Quant aux Monkees, les ricains voulaient un pendant US aux Fab Four. D’ailleurs, leur côte n’a guère dépassé les frontières maritimes: Hormis « I’m a Believer », succès européen pas franchement garanti. Effectivement, comme les 2Be3, il s’agissait d’un groupe manufacturé, dont les éléments ont été recrutés après casting. Mais on imagine mal la voix aigrelette de Michael Nesmith ou le physique « guerre du feu » de Micky Dolenz parvenir à réveiller la libido de ces demoiselles. Certains spécialistes les compareraient plutôt à un groupe bien de chez nous: Les Charlots. Vachement flatteur.
Quant aux Sex Pistols, peut importait le composant humain. Seul comptait le concept. F*ck and destroy. Programme assez restreint, convenons-en.
Sinon, quand je bossais à l’aéroport de Nice, il a fallu choper les quatre 2Be3 pour les planquer sous cloche en attendant que se dissipe la nuée de sauterelles qui en voulaient à leur corps. Séquence forte.
Serait-ce trop demander que de respecter sa mort ?
comme les autres : l’abbé Pierre etc……
à part jeter l’opprobe sur ces personnes, ça apporte quoi ? de connaitre telle partie de leur vie ? qu’eux mêmes désiraient cacher au public ?
Salir des morts est inacceptable
Jamais entendu parler de tout ce petit monde!
Vous étiez sur Mars à cette époque ? Par contre, si vous avez moins de trente ans c’est normal …
Les médias fabriquent le showbiz, comme les politiques, comme les footeux et comme ils sont majoritairement à gauche, leurs produits recomposés sont de très mauvaise qualité et les idiots utiles plongent dans le chaudron.
Comme dans la politique moderne,on prend des produits fabriqués par le système et on les vend à des fins de communication ou de démagogie..