Policier du Bataclan : « Nous n’avons pas eu la reconnaissance de la nation »

« Quand je vois qu’on donne la Légion d’honneur à des sportifs ou à des stars, et pas à nous, ça m'énerve... »
© Capture écran - Notre Monde (YouTube)
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« Je vais m’en occuper. Je reviens vers vous dès que possible. » Depuis près de quatre ans, Alain Giraud, brigadier-chef de la police aujourd’hui à la retraite, essuie toujours les mêmes réponses, sans que rien ne change. En 2021, cet ancien policier de la brigade anti-criminalité de Paris (BAC75N) et l’un de ses collègues décident ensemble de « remuer ciel et terre » afin d’obtenir la reconnaissance qu’ils n’ont jamais eue. Après avoir vu leur intervention au Bataclan passée sous silence par les autorités dans le récit officiel des attentats du 13 novembre, ces deux « baqueux » espèrent aujourd’hui obtenir la reconnaissance de la nation pour leur courage et leur professionnalisme. « Je ne me considère pas comme un héros, ni comme une victime, mais comme un acteur du 13 novembre. On y est allés, mal équipés, au risque de notre vie », résume le policier retraité.

« Une odeur de sueur, de sang et de poudre »

Ce soir du 13 novembre 2015, Alain Giraud ne l’oubliera sans doute jamais. « On part comme tous les soirs. Rapidement, il y a des alertes. On intervient au niveau des bars, d’abord. Puis on est appelé au Bataclan. Je n’avais aucune idée de ce qu’il se passait là-bas… », raconte le policier, plutôt habitué aux courses-poursuites avec des dealers et aux règlements de comptes. Arrivé sur place, il commence alors à évacuer des blessés légers et quelques valides qui avaient réussi à sortir de la salle. « Après ce premier flux, on a commencé à évacuer des blessés un peu plus lourds, certains rampaient… », se souvient le policier, qui ne se doute toujours pas de ce qui se déroule à l’intérieur de la salle de concert. Il voit alors revenir vers lui son commissaire. « Il nous dit que de l’autre côté, c’est un carnage. Il demande des volontaires pour y retourner. Il était conscient qu’il nous envoyait à la mort… » Alain décide d’entrer dans le Bataclan. Il fait partie des premiers hommes à être intervenus dans la salle.

« Je voyais à travers les hublots de la porte le halo de lumière sur la scène. […] Je me souviendrai toujours de l’odeur si particulière qui m’a assailli : un mélange de sang, de sueur et de poudre », narre l’homme, qui se souvient encore du moindre détail. À ses pieds, des dizaines de cartouches et du sang. Devant lui, des « tas de corps », certains « sans vie », d’autres « mutilés » par les balles. « Il y en avait qui appelaient au secours, mais on ne pouvait pas y aller. On devait d’abord sécuriser les lieux », explique le brigadier-chef, affecté près du bar. Finalement, l’ordre est donné d’évacuer certains blessés dans la fosse. Alain s’y emploie avec ses collègues et les moyens du bord - des barrières Vauban et une porte dégondée - jusqu’à ce que les hommes de la BRI prennent le relais. Dans la rue, le brigadier-chef entend deux explosions. Il comprend très vite que « c’est fini ». « On retourne à la base et on essaie de reprendre le boulot comme si rien ne s’était passé. » Pour Alain, aucun doute, ce soir-là, la BAC a eu « un rôle déterminant, quoique très souvent oublié par les autorités. Je pense que notre action a permis de sauver des vies. »

Une Légion d’honneur dix ans après ?

Pourtant, les semaines passent et la reconnaissance tarde à arriver. En 2016, Alain et ses collègues se voient décorés de la médaille de la sécurité intérieure, niveau argent, et récompensés d’un échelon et d’une prime exceptionnelle de 500 euros. « Ce n’est pas très gratifiant, se désole alors le brigadier. Ce n’est pas une reconnaissance de nos actes le soir du 13 novembre. Tout le monde a eu cette médaille, même ceux qui sont intervenus de très loin ou après les faits. » Un commissaire de la BAC, quant à lui, sera décoré de la Légion d’honneur après avoir abattu l’un des terroristes. « Il le mérite, mais pour nous, les "petites gens", rien », soupire le brigadier.

En 2021, Alain et plusieurs de ses collègues décident alors de se constituer partie civile lors du procès des attentats du 13 novembre 2015. L’occasion, pour lui, de raconter à la barre son intervention, un récit longtemps resté dans l’ombre de celui des hommes de la BRI. Mais le statut de victime du terrorisme ne lui convient pas. Ce qui l’attend, c’est seulement un signe de reconnaissance de la nation pour son action. « Quand je vois qu’on donne la Légion d’honneur à des sportifs ou à des personnalités du spectacle, et qu’à nous, on ne donne rien, ça m’énerve. » Le policier décide alors de consacrer une partie de sa retraite à solliciter des entretiens et des rendez-vous pour tenter de se faire entendre. Matthieu Valet, député RN au Parlement européen, reprend le dossier et alerte à son tour le président de la République et le ministère de l’Intérieur. Le 1er avril, Bruno Retailleau, dans un courrier adressé au député, salue « le caractère héroïque de l’action des policiers » et assure avoir « chargé les services compétents d’examiner ce dossier ». Recontacté par nos soins ce 25 juin, les services du ministère de l’Intérieur n’ont pas encore donné suite à nos sollicitations. L’Élysée, de son côté, « a bien pris connaissance » de la suggestion de décerner une distinction honorifiques aux policiers du 13 novembre.

La promotion du 14 juillet ? Alain Giraud n’y croit pas. « Peut-être vont-ils attendre les dix ans du Bataclan, au mois de novembre, pour nous décorer. Ça sera sans doute plus marquant… J’espère, surtout, qu’ils ne feront pas de distinction entre les hommes de la BRI, du RAID ou de la BAC », explique cet homme, qui vit depuis près de dix ans en état d’hypervigilance constante. « Je suis pourtant installé dans un coin tranquille, mais dès que je vais dans un magasin, je scanne tous les rayons. Je ne tourne jamais le dos à la porte dans un restaurant. Je scrute la foule », énumère cet homme, marqué à vie par son intervention du 13 novembre.

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Clémence de Longraye
Journaliste à BV

Vos commentaires

80 commentaires

  1. Se battre contre des fanatiques équipés de Kalashs avec des pistolets 9mm, c’est héroïque. Cela mérite largement la reconnaissance de la nation. Mais la nation française existe-t-elle encore ?
    Je suis presque étonné que la “justice” n’ait pas poursuivi ces policiers pour meurtre !

    • Oui, maintenant que vous le dites ! Mais en ce temps-là, les refus d’obtempérer n’étaient pas encore tendance.

  2. Amis policiers , cette « breloque » est devenue aussi dévaluée que le bac , on la donne en nombre à n’importe qui .

  3. Chers policiers, n’enviez pas la légion d’honneurs, quand on constate qui la reçoit et quelques fois a qui on la supprime…

  4. ce président aura tout détruit même la médaille de la légion d’honneur elle n’a plus de valeur à partir du moment quelle est donnée à n’importe qui sans l’avoir mérité .

    • Se battre contre des fanatiques équipés de Kalashs avec des pistolets 9mm, c’est héroïque. Cela mérite largement la reconnaissance de la nation. Mais la nation française existe-t-elle encore ?
      Je suis presque étonné que la “justice” n’ait pas poursuivi ces policiers pour meurtre !

  5. Mais vous n’avez pas compris que vous êtes que des gueux sans valeur ! Il est plus important de décorer les copains et copines

  6. Vu à qui on donne la légion d’honneur aujourd’hui, ça devient un honneur de ne pas être distingué surtout par Foutriquet 1er

    • Tout à fait d’accord , une médaille donnée à n’importe qui par n’importe qui devient une breloque sans importance . Légion d’Horreur , Légion d’Erreur ?

  7. Le pouvoir est sur la même ligne que l’extrême gauche : on ne peut décemment décorer un policier alors que la police tue !

    • Premier constat : ce policier n’a fait qu’accomplir sa mission, l’état le paie pour cela@
      Second constat: il est du devoir de sa hiérarchie d’en faire la.demande dans le cadre des quotas alloués au ministère de l’intérieur.
      3e constat il se pourrait que ,vu le nombre de syndicats qui engorgent notre police nationale, la répartition des Ordres Nationaux ne soit pas équitable au sein de l’institution…..?

      • Bien sûr qu’il n’a fait « qu’accomplir sa mission » et que l’Etat en effet le paie pour cela … mais MAL et souvent avec beaucoup de retard sur les heures supplémentaires par exemple.
        Mais que dire de Marlène SCHIAPPA qui a été décorée récemment ? Qu’a-t-elle fait d’exceptionnel ? N’aurait-elle pas été payée pour son dur labeur au sein de je ne sais plus quel ministère ? Et que reste-t-il de son passage et de son oeuvre ? Et y aurait-elle risqué sa vie ?
        En revanche, je suis bien d’accord pour dire que cette Légion d’Honneur ne veut plus rien dire et que ces policiers mériteraient mieux que ça, comme nos soldats qui ne sont récompensés qu’une fois morts pour la Patrie. Mais c’est leur boulot, n’est-t-il-pas ?

  8. République (bananière ?) qui affuble les victimes mortes, celles qu’elle n’a su protéger de leurs assassins, d’une décoration que son créateur qualifiait de « hochet » et non ceux, qui, souvent de grand mérite, ont tenté de les défendre…

    • JEAN BENOÎT DE CORSIERE…
      on ne peut rien ajouter à votre commentaire..c’est parfait.
      Tout est dit…

  9. Comme on donne cette la légion d’honneur à n’importe qui et aux copains en particulier , c’est presque flatteur pour vous que l’on ne vous mélange pas avec ces « gens là » !!!

  10. Malheureusement cette LH est complètement devalorisee. Comme vous dites stars et copinage politique (même à des mis en examen) sont prioritaires. Il faudra peut être réinventer une vrai LH C ? Pour Courage ou LHRN Reconnaissance de la nation… Ça devient un sketch…

    • C’est bien pour cela qu’il existe une association des décorés de la « Légion d’Honneur au péril de leur vie », concrétisée par un insigne que portent ces personnes, avec en lieu et place de la figure de Marianne en son centre, une tête de mort.

  11. La légion d’honneur a été galvaudée et ne veut plus rien dire. Faire bien son travail devrait être normal, seuls devraient être récompensés les actes de bravoure qui sauvent des vies. J’aimerais que la police et les gendarmes se révoltent aussi quand les politiques les utilisent comme des tiroirs caisses à rançonner les citoyens à coups de contravention ( COVID, cloches des vaches, clignotant oublié…) en lieu et place de poursuivre cambrioleurs et compagnie car telle est leur mission et le pourquoi de nos impôts. Mais de ceux lã, on n’a aucune nouvelle…

    • Dominique..
      Exactement…la police et la gendarmerie, même s’il y a des exceptions,
      contribuent au harcèlement des citoyens…alors que nous devrions tous nous serrer les coudes contre l’oppresseur
      Macron et toute sa clique….
      Les Français souffrent et à l’Élysée..chaque jour c’est la fête..
      Comme dans Alice au pays des merveilles…
      Le « Chapelier FOU. »…( tiens , je lui ai trouvé un nouveau surnom..)
      Bonne journée à tous…

  12. Tout a fait d accord avec ce policier. La nation les appelle au secours puis les oublie ou même, certains (lfi par exemple) les meprise. Marlkene schiappa a reçu la LH sans risquer sa vie et pour eux rien, j ai honte de la France apres 50 ans de lois inspirées du gauchisme hégémonique

    • Que voulez-vous ? Poser dans un magazine érotique cela fait avancer vos « Titres de guerre » pour cette décoration…

      • Jean-Loup FROMMER…
        Elle-même e n’a même pas posé ..elle a répondu à une interview…mais ça a certainement augmenté les ventes…
        Franchement…on croit qu’on n’ira pas plus bas, qu’on a touché le fond..et c’est chaque jour pire ….(ou alors nous sommes saturés et le moindre truc nous donne de l’urticaire…)

  13. La reconnaissance de la nation, vous l’avez. Les français vous remercient. Le reste, médailles et autres babioles, c’est du flan. Surtout vu comment et à qui c’est distribué, vous vous honorez en n’en portant pas. MERCI & BRAVO !

  14. Je reste surpris de la lenteur des réactions. Plus de deux heures! Ah la Hiérarchie! Une honte!

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