[POINT DE VUE] Washington : Trump drapé dans la pourpre impériale

Le jouer de poker Trump s’entend avec le joueur d’échecs Poutine, sur notre dos.
Capture écran France 24
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Les images des dirigeants européens se rendant en rangs serrés à la Maison-Blanche ont provoqué beaucoup de commentaires goguenards, désolés ou irrités. La présentation assez comique de ses invités par le président américain relève du style du personnage, mais il a réservé un hommage appuyé à Mme Meloni, signe de la qualité des relations qu’ils ont tissées.

Une longue tradition américaine

Mais au-delà de la mise en scène, il faut comprendre que Donald Trump s’inscrit, à l’égard de l’Europe, dans une longue tradition américaine, et non en rupture avec celle-ci. Dès la guerre de 1914-1918, les élites politiques et économiques des États-Unis ont considéré qu’il était impossible de faire confiance aux Européens pour régler les affaires du Vieux Continent et d’un monde qui était encore celui des vastes empires coloniaux européens. Les Américains, forts de leur entrée en guerre en 1917, du fait qu’ils étaient devenus créanciers de vainqueurs ruinés et épuisés, et de leur dynamisme économique, purent ainsi s’imposer comme les arbitres de la paix européenne. Dès le 8 janvier 1918, le président Woodrow Wilson énonçait devant le Congrès américain les 14 points qui devaient guider les traités de paix, sans consultation de ses homologues européens. Mélange d’intérêts économiques bien compris (libre-échange et ouverture des marchés) et d’aspirations généreuses (autodétermination des peuples et annonce de la création de la Société des nations), ce discours inspira le funeste traité de Versailles. La suite est bien connue. Le Congrès refusa de ratifier ledit traité et d’entrer dans la SDN. Les États-Unis s’installèrent dès lors dans un splendide isolement.

La Deuxième Guerre mondiale et l’entrée en guerre des États-Unis après Pearl Harbour ancrèrent plus encore les Yankees dans la conviction que, décidément, il était impossible de faire confiance aux Européens pour assurer la paix dans le monde. Signe de l’imperium américain, l’ONU, héritière de la Société des nations, fut installée à New York, délaissant ainsi la Suisse et la vieille Europe. La première puissance nucléaire et économique mondiale pouvait régner sur le monde libre, face à l’empire idéologique et militaire soviétique renforcé par l’expansion du communisme en Asie.

L’effondrement du marxisme-léninisme à l’est de l’Europe a, logiquement, conduit les USA à repenser les conditions de leur imperium mondial. Sur le plan économique, la « globalisation » en a été l’outil, sur le plan géopolitique, Huntington comme Brzeziński donnent des clefs de lecture que les dirigeants européens et leurs diplomates auraient été bien inspirés de prendre en compte.

Dès 1993, Samuel P. Huntington écrivait : « Un monde dans lequel les États-Unis n’auraient pas la primauté connaîtrait plus de violences et de désordre, moins de démocratie et de croissance économique que si les États-Unis continuaient, comme aujourd’hui, à avoir plus d’influence sur les affaires globales que tout autre pays » (Why International Primacy Matters, International Security, p. 83).

Quant à Zbigniew Brzeziński, dans son livre Le Grand Échiquier, incontournable si l’on veut comprendre la géopolitique américaine, il écrivait : « L’Eurasie demeure […] l’échiquier sur lequel se déroule le combat pour la primauté globale » (Éd. Pluriel, 2013, p. 61) et ajoutait, plus loin : « L’Europe de l’Ouest reste dans une large mesure un protectorat américain et ses États rappellent ce qu’étaient jadis les vassaux et les tributaires des anciens empires » (p. 88).

Bruxelles aux ordres de Washington

Il est clair que le récent sommet de la Maison-Blanche s’inscrit parfaitement dans cette conception de l’ordre mondial. Tels des vassaux, les dirigeants sont venus présenter leurs cahiers de doléances à « l’Empereur ». Pouvait-il en être autrement, alors qu’ils ont tous décidé d’abandonner leur souveraineté au profit de l’OTAN sous commandement américain et d’un empire de la réglementation nommé Union européenne, qui n’a aucun poids diplomatique ni militaire et qui est, génétiquement, subordonné aux États-Unis.

Ce qui change, c’est que pour s’assurer le contrôle de l’Eurasie, Donald Trump semble avoir choisi de faire de la Russie un partenaire et non plus un adversaire. Tant pis pour l’Ukraine et l’Europe. Le jouer de poker s’entend avec le joueur d’échecs sur notre dos. Pour les USA se profilent déjà les contrats et l’accès aux terres rares et aux sources d’énergie (ExxonMobil pourrait revenir dans le projet Sakhaline). Pour la Russie, la fin des sanctions et des gains territoriaux. Pour les États membres de l’UE, le poids des garanties militaires accordées à l’Ukraine. Et Poutine, bon prince, ne s’oppose pas à l’entrée de celle-ci dans l’UE, meilleur moyen de déstabiliser l’Union européenne sur le plan économique et de créer la zizanie entre les États membres qui verront les fonds structurels se détourner d'eux pour s’en aller vers Kiev.

Pendant ce temps-là Macron joue à l’ogre et au Petit Poucet.

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Stéphane Buffetaut
Chroniqueur à BV, élu de Vendée, ancien député européen

Vos commentaires

66 commentaires

  1. Je rappelle qu’il y a une quinzaine d’années, de Villiers nous informait que Soros avait table ouverte dans les locaux de la Commission européenne. La CEDH est d’ailleurs infestée par ses sbires. Commençons déjà par nous débarrasser de nos ennemis intérieurs. Après on pourra jouer les matamores à l’extérieur.

  2. Je reste persuadé que cette « unité de l’Europe » est plus nocive que bénéfique.
    Signé : Un ex Europhile repenti

  3. L’Ukraine en temps que pays n’existait pas avant 1991, Kiev est le berceau de la Russie, combien sont russes dans les villes limitrophes à la Russie. Ce pauvre Zelenski artiste de cabaret président du pire pays mafieux, au fait notre ardoise ? car lui Trump passera avant tout le monde , il va leur livrer 100 milliards d’armes payés par la VDL, c’est pas beau la nullité des 26 nains de l’UE ??Et les métaux rares seront pour Trump et Poutine, faut il que notre fanfaron soit aveugle !!! A pleurer !!

  4. « Silence la marmaille » le patron parle et décide. Ah enfin quelqu’un décide et fait ce qu’il faut faire.

  5. Nos dirigeants ne sont pas loin des bourgeois de Calais. Et il vont nous coûter cher car pendant que l’allié Trump va piller les resources ukrainiennes,l’Europe des idiots va nous saigner pour reconstruire l’Ukraine.

  6. Dans la perspective d’un conflit prévisible avec la Chine Obama et Biden ont choisi d’affaiblir la Russie alors que Trump a préféré en faire un allié
    L’avenir nous dira qui avait raison

Commentaires fermés.

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