[POINT DE VUE] Nouvelle-Calédonie : le projet d’abandon de souveraineté rejeté par les députés

On attend de voir ce que Sébastien Lecornu proposera, entre « passage en force » et « immobilisme ».
Photo de Mikael Dubarry: https://www.pexels.com
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Encore un camouflet pour le gouvernement Lecornu, cette semaine : le Premier ministre proposait au vote des députés, ce jeudi 2 avril, un projet de réforme constitutionnelle portant sur la Nouvelle-Calédonie. L’Assemblée nationale a en effet rejeté ce projet par 190 voix contre 107, sur une motion présentée par le député indépendantiste de Nouvelle-Calédonie Emmanuel Tjibaou. Le texte proposait notamment, dans le droit fil de l’accord de Bougival, signé en 2025, la création d’un « État de Nouvelle-Calédonie », avec une nationalité propre et la possibilité, à terme, de transférer à ce nouvel État un certain nombre de prérogatives régaliennes. L’idée était donc principalement d’incarner concrètement l’accord de Bougival, que soutenaient plusieurs forces politiques de l’archipel.

Sur X, Sébastien Lecornu tente de sauver la face : le gouvernement va prendre ses « responsabilités » (on ignore exactement lesquelles) et n’acceptera « ni immobilisme, ni passage en force ». Concept intéressant, qui laisse la porte assez peu ouverte à une solution concrète.

Le chantage au « vide politique »

Tous les camps politiques opposés à la Macronie ont des raisons différentes de ne pas vouloir que ce texte soit adopté. Pour les socialistes, l’absence d’accord de la part du FLNKS est un signe que ce texte ne peut mener nulle part. Pour le RN, au contraire, il s’agirait d’un texte « dangereux pour l’unité nationale » car ouvrant la voie à une « indépendance ». Et puis, il y a l’épineuse question du vote : l’élargissement du corps électoral, sur un modèle proche de ce qui se fait en métropole, mettrait fin à l’approche ethniciste voulue par les indépendantistes. On se souvient que les émeutes de mai 2024 avaient justement été motivées par ce potentiel élargissement. La gauche avait défendu le droit à la continuité historique des peuples de souche, reprenant, pour la circonstance, des éléments de langage qui, quand il s’agit de Français « tout blancs, tout moches », lui donnent la nausée et lui rappellent les heures les plus sombres.

Les macronistes, à l’instar de Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer, disent qu’un « vide politique » risque de s’installer dans cette affaire. Ils n’ont pas tort. Mais ne sont-ils pas les premiers responsables de la situation ? À force de ne pas prendre la parole de façon claire sur la souveraineté de la Nouvelle-Calédonie, ils ont réussi, « en même temps », à se faire des ennemis dans les deux camps. Il semble, à l’inverse, que les circonstances réclament un avis tranché sur la question calédonienne – celle de la « Nouvelle-Calédonie/Kanaky », comme dit bêtement Antoine Léaument en commission parlementaire, espérant ainsi, sans doute, quémander l’amitié des peuples qu’il estime opprimés.

Les Calédoniens ont déjà dit trois fois « non » à l'indépendance

Soit la Nouvelle-Calédonie est un pays indépendant, et il faut lui donner son indépendance, sans un sou de subventions. Soit la Nouvelle-Calédonie est française et doit le rester, ce qui nécessite d’arrêter de discuter avec les indépendantistes. Les référendums organisés ont rejeté, par trois fois, l’idée de l’indépendance. Doit-on faire revoter le peuple parce qu’il a mal voté plusieurs fois de suite ?

L’indépendance de l’archipel arrangerait beaucoup de monde, à commencer par l’Azerbaïdjan. Par le biais du Bakou Initiative Group (BIG), la dictature du président Aliev a invité plusieurs fois les leaders indépendantistes kanaks, mais aussi guyanais. La rivalité entre Bakou et Paris remonte au conflit arménien, dans lequel la France a toujours pris parti pour Erevan. La diplomatie est mondiale et, aussi curieux que cela paraisse, l’ingérence azérie est avérée. Pour nous, cette indépendance serait un renoncement de plus, de la part d’un pouvoir qui semble vouloir, à marche forcée, vendre à la découpe ce qui fait la fierté de la France : son énergie, ses grandes entreprises… et, donc, ses départements et territoires.

On attend de voir ce que M. Lecornu proposera, qui ne saurait donc être ni « passage en force » ni « immobilisme ». On risque d’avoir successivement les deux.

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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

40 commentaires

  1. Quel est le domaine dans lequel nos politiciens excellent ? Ne rien faire, tant une prise de décision les effraie.
    C’est une constante dans ce pays: ils veulent tous le pouvoir mais sont tétanisés à l’idée de l’utiliser.
    Plus tu manques de courage, plus tu rêves de devenir politicien !

  2. Compte tenu des richesses du sous-sol néo-calédonien, il est illusoire de penser que la Nouvelle Calédonie sera un jour « indépendante ». Le gouvernement Australien était déjà à la manœuvre au début des années 1980-1985 , et maintenant les Chinois et autres le sont aussi. Ce « cailloux » possède une richesse unique au monde: son nickel avec des teneurs en minerais exceptionnelles ! Mais aussi du pétrole, dont personne ne parle ,curieusement ! Ce pétrole a été officiellement découvert dans la période 1983-1984, au large de la NC, dans la zone des 200 milles marins, donc 100% Français. Les recherches sismiques réalisées par l’ORSTOM de l’époque l’ont parfaitement prouvé. Les forages réalisés depuis le « cailloux »ont montrés et identifié tout ce qu’il fallait à ce sujet. Un gigantesque réservoir de pétrole, dans la zone des 200 milles marins, dans le Nord-Est de l’île,et à quelques kilomètres de distance en mer, mais trop profond pour être exploitable par la mer ( entre -4000 m et -10.000 m de profondeur ). Sans parler des nodules poly-métalliques dans les grands fonds marins, ou de la beauté des paysages de ce « cailloux » et donc du tourisme ….
    Pour une fois que la France a du pétrole (n’oublions pas la Guyane), aura-t-elle l’idée de conserver son « cailloux » précieux ? Wait & see ….. !
    Les Néo-calédoniens, eux, ont déjà répondu à cela par trois fois ……

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