[POINT DE VUE] Mercosur : finalement, de Mitterrand à Macron, tout était écrit

Après sa prestation pitoyable pour défendre notre agriculture, on craint le pire pour notre défense...
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« Je suis le dernier des grands Présidents. Après moi, il n'y aura plus que des financiers et des comptables. » Comment ne pas penser à cette phrase, que François Mitterrand aurait prononcée dans les derniers mois de sa vie, alors que la France vient de subir un revers, sans doute sans précédent, sur la scène européenne, avec l’approbation par une majorité d’États membres de l’Union européenne du traité de libre-échange avec le Mercosur ? Mais comment ne pas souligner, aussi – et tant pis si l’on déboulonne la statue de François Mitterrand au moment où l’on célèbre le trentième anniversaire de sa mort –, que ce même Mitterrand est en grande partie comptable de ce qui nous arrive aujourd’hui ?

Après tout, c'est la règle qu'on a signée !

Car tout est écrit depuis le traité de Maastricht pour lequel le premier Président socialiste de la Ve République avait mis toutes ses dernières forces, y compris physiques, pour que les Français approuvent ce traité, jusqu’à celui de Lisbonne, signé par Nicolas Sarkozy, histoire de contourner le référendum de 2005. Tout est écrit ? C’est-à-dire la vente (pour l’euro symbolique !) à la découpe de notre souveraineté à Bruxelles. Si on ne l’a pas dit mille fois dans ces colonnes, on ne l’a jamais dit. Le Conseil de l’Union européenne a voté, ce vendredi 9 janvier, à la majorité qualifiée l’approbation de l’accord de libre-échange avec le Mercosur. Au regard des textes européens, du fameux « État de droit », érigé en religion, il n’y a strictement rien à dire. C’est comme ça, c'est légal, c’est la règle que l’on a signée, alors de quoi nous plaignons-nous ? Le cabinet d’Ursula von der Leyen peut donc d’ores et déjà – si ce n’est déjà fait - réserver l’avion et l’hôtel de luxe au Paraguay où elle pourra, très prochainement, signer pour l’Union européenne ce traité.

À noter que face à von der Leyen, ce n’est pas un représentant non élu qui signera pour le Mercosur, mais des États souverains : l’Argentine, le Brésil, l’Uruguay, le Paraguay. Le symbole est terrible. Un pays multi-séculaire comme la France, puissance nucléaire, membre permanent du Conseil de sécurité, a délégué à une comptable qui joue les Ya-Ya impératrice la signature d’un accord commercial intercontinental qui risque d’achever ce joyau national qu’était l’agriculture française. Mais c'est légal...

On dit merci qui ?

Puisque le temps est aux commémorations, on dit merci qui ? Bien évidemment, merci à François Mitterrand. Mais aussi, un grand merci à Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande qui ont tant « œuvré pour la construction européenne ». Et, surtout, un immense merci à Emmanuel Macron qui, depuis bientôt neuf ans qu’il est aux commandes, a mis les bouchées double pour que « notre Europe » soit plus forte ! Pour que la « souveraineté européenne », comme il dit pompeusement, devienne une réalité. Bilan ? Il n’y a évidemment pas de souveraineté européenne : voir, d'ailleurs, comment l’UE est méprisée par Trump et Poutine. Et la souveraineté française est désormais une peau de chagrin. Le grand chagrin de la France.

On craint le pire...

La fin de règne de Macron se prolonge donc comme une agonie sans fin. Son opposition de dernière minute au traité avec le Mercosur en invoquant un traité « d’un autre âge », alors que ce même traité, pour ce même Macron, il y a à peine quelques mois encore, était « sur la bonne voie », sonne faux et scelle définitivement l’échec de son double quinquennat, puisqu'il a placé son engagement politique sous le signe de l’Europe. Tant pis si nous sommes cruels, mais comment ne pas citer ce même Emmanuel Macron : « Dès le début de l'année 2026, il faudra agir, soutenir nos agriculteurs face aux crises et les protéger de décisions qui peuvent menacer notre capacité à produire, comme notre sécurité alimentaire. » C’est pas vieux, ça date du 31 décembre 2025 : ses vœux pour la nouvelle année… Nous y sommes. Dans cette même allocution, sur un tout autre sujet, mais touchant, lui aussi, au plus haut point la question de la souveraineté, le Président déclarait aussi : « L'Europe de la défense a longtemps été un débat, elle a commencé de se faire et en 2026, cela accélérera. »

Nous reviennent alors ses propos dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung, le 1er octobre 2025 : « Le parapluie nucléaire français existe. Je travaille actuellement à l'actualisation de notre doctrine et je souhaite poursuivre l'approfondissement de notre dialogue stratégique avec les Européens qui le souhaitent… Début 2026, je prononcerai un discours sur la doctrine nucléaire. » Après sa prestation pitoyable pour défendre notre agriculture, on craint le pire si les choses devaient s'accélérer, comme l'a affirmé ce brillant « financier » qui semble, visiblement, comptable de rien du tout…

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 13/01/2026 à 14:44.

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

92 commentaires

  1. Vite il faut le virer, nos députés devraient rapidement voter la censure et convoquer les deux chambres pour lui signifier sa destitution, il ne faut plus attendre, les communales nous pouvons attendre un an de plus.

  2. En votant au dernier moment contre le Mercosur, après avoir été très longtemps pour, Macron a prouvé trois choses :
    – Qu’il est une girouette et change d’avis aussi souvent que le vent.
    – Qu’il est un pétochard lorsque les tracteurs arrivent non loin de l’Elysée.
    – Qu’il est impuissant lorsque son vote compte pour du beurre.

  3. Le dernier marqueur de ce qui fut la grandeur de la France reste notre force stratégique nucléaire.
    C’est la dernière spécificité qui fait de notre pays une entité indépendante, pas encore tout à fait une simple province de l’UE, ce monstre sans queue ni tête, administré par une oligarchie désormais hors de tout contrôle des peuples et qui ne peut tolérer qu’un autre pays que l’Allemagne puisse avoir un tel atout susceptible de lui conférer une certaine indépendance.
    C’est pourquoi après avoir tout détruit méthodiquement depuis 8 ans, ce sera le dernier travail de sabotage de notre Héraclès Elyséen.
    Il nous l’a confirmé lui-même, pour une fois on peut le croire sur paroles.
    Après ça, il pourra partir tranquille, il ne nous restera plus rien.

  4. Mitterrand a creusé le trou pour affaiblir la France dans l’Europe, Chirac l’a agrandi, et pour finir c’est Sarko -vanté et mis en exergue sur une chaîne d’info opportuniste bien connue -qui a fini le boulot en créant le tunnel ! Oublions hollande et Macron qui ne sont que des communiquants à la solde des médias pour mieux caché leur incompétence.
    La haute trahison était une sentence qui pouvait s’appliquer à certains précédemment cité, Sarko l’a supprimé.
    Il savait très bien bien ce qu’il faisait … Macron s’en sortira en faisant des conférences à plusieurs millions d’euros à travers le monde, à brasser de l’air sous la couverture médiatique des médias- états. Rien ne changera , la France est morte d’un peuple de soumis, avachi devant leurs écrans et moralement éteins bien enveloppé dans leur cocon sous la coupe de la redistribution sociale qui fait tourner une économie totalement artificielle. La fin est proche et la chute fera très mal..

    • Macron a fait tout ce qil fallait pour détruire la France. L’a t’il fait volontairement ou pas ? A ce niveau de destruction, la question se pose sérieusement.

  5. Si le troupeau ne s’était pas égaré,depuis cinquante ans,à élire et réélire des guignols qui se présentaient clairement comme étant européistes-mondialistes,nous n’en serions pas là ,à voir des catégories de personnes à pleurnicher sur les conséqences de leurs propres errements.Je m’inspire de Bossuet et actualise se fameuse citation en disant qu’on ne peut qu’être agacé de voir ces électeurs bien-pensants,persister à revoter pour les mêmes tenants de l’universalisme militatant,puis gémir aujourd’hui des conséquences de ce qu’ils ont soutenu dans les urnes depuis des décennies.

  6. On ne peut qu’adhérer à ce que vous écrivez et malheureusement nous sommes obligés d’attendre 2027 pour espérer que cela change à moins d’une dissolution et de nouvelles élections législatives qui donneraient une majorité à l’assemblée et un premier ministre qui aurait la volonté de changement mais même dans ces conditions E. Macron serait encore en capacité de nuire parce que pour le changement il faut retrouver toute notre souveraineté et restaurer la voix de la France.

  7. La décadence de notre malheureux pays a commencé après G. Pompidou. Mais à l’évidence le champion est ce Macron dont on peut que compter les échecs ou les mesures perverses dans tous les domaines.Tiens le pompon la loi sur la « fin de vie », qu’il ose qualifier de fraternelle. Dans le détournement des mots, Orwell est largement battu.

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