[POINT DE VUE] La « bagnole », ce patrimoine bien français qui mérite d’être bichonné

Aimons nos voitures, aimons le souvenir que nous en avons.
Citroën a traction avant, 1937 - immatriculation: SC-6221 ©Lux-in-Fine/Leemage (Photo by leemage / Bridgeman Images via AFP)
Citroën a traction avant, 1937 - immatriculation: SC-6221 ©Lux-in-Fine/Leemage (Photo by leemage / Bridgeman Images via AFP)

« La bagnole, moi, je l’adore ! », avait déclaré Emmanuel Macron en 2023, avec cette franchouillardise artificielle dont il sait faire preuve de temps à autre. On ne sache cependant pas que l’adorateur de la bagnole ait fait quoi que ce soit pour préserver notre riche patrimoine automobile.

Une résolution pour reconnaître et valoriser notre patrimoine automobile

Cet oubli sera peut-être réparé par la proposition de résolution de Pierre Meurin, député RN du Gard, qui, par ailleurs, a été en première ligne dans la bataille contre les ZFE.

Dans ce texte bref, qui réussit à être à la fois culturel et très concret, il est d’abord question de reconnaître la valeur exceptionnelle du patrimoine automobile français : la France compte près de 800.000 véhicules de collection, des pistes de vitesse mythiques (Le Mans ou Magny-Cours !), des réalisations devenues cultes (la Citroën DS, pour ne citer qu’elle). À ce sujet, on relira l'article de notre ami Nicolas Gauthier), un tissu social jadis appuyé sur les ouvriers de Sochaux ou de Billancourt. Bref, la voiture fait partie de notre Histoire. Cette reconnaissance se doublerait de mesures d’accompagnement financier, en prélevant sur l’existant (les monuments historiques, par exemple) des fonds que l’on pourrait allouer à la sauvegarde de nos souvenirs automobiles.

Cette idée arrive opportunément, à un moment où l’on cherche, un peu partout en France, à dévaloriser la voiture et ce qu’elle représente. Souvenez-vous des gens qui « fument des clopes et roulent au diesel » (Griveaux), regardez comme on se moque des gens qui, dans une innocente vulgarité, font du tuning, constatez à quel point le fait de rouler en 4x4 ou d’aimer les belles voitures est aussi mal vu, dans les milieux bien-pensants opposés au prétendu « virilisme », que de faire des barbecues.

Dans nos « mythologies » nationales...

Mais au juste, d’ailleurs, que représente le patrimoine automobile, dans notre inconscient collectif ? Difficile à dire. La France est le pays du marquis de Dion, le pays de l’Automobile Club, de Renault et Peugeot. C’est le pays des 24 Heures du Mans, du grand rendez-vous populaire du Salon de l’Auto, porte de Versailles. Nous avons été aux premières loges lors de la naissance des automobiles. Moins snob que les bagnoles anglaises, moins m’as-tu-vu que les italiennes, moins austère que les allemandes, la voiture française est élégante, fiable, flamboyante à l’occasion. Tout du moins, le fut. Nous avons eu des fleurons comme Hispano-Suiza et Facel Vega, nous avons toujours Bugatti, que le monde entier nous envie (pour de vrai, pas comme notre modèle social). Nous devrions assumer cela, en être fiers et en tirer parti.

Il y a dans nos « mythologies » nationales, comme dirait Roland Barthes, beaucoup de clichés automobiles : les trajets sur la Nationale 7 dans les années 60 lors des départs en grandes vacances, les Traction qui glissent dans Paris occupé, les DS présidentielles qui échappent à des attentats et même la CX Pallas qui emmena Chirac vers l’Élysée en 95. Après, les voitures officielles deviennent tristes et interchangeables, comme les hommes politiques qui montent dedans.

Giorgia Meloni, lors du G7 organisé en France cette année, arriva en retard et en Maserati. Veramente italiano… Pourquoi notre chef de l’État n’aurait-il pas sa Bugatti estampillée « PR », avec de gros chevaux qui font du bruit ? Voilà qui incarnerait la furia francese… avec un Président qui soit au niveau.

Bref, aimons nos voitures, aimons le souvenir que nous en avons et construisons une façon d’entretenir cette mémoire avec reconnaissance. Et pour ceux qui préfèrent les pots de yaourt électriques ainsi que, sans doute, la nourriture d’écureuil et les énergies renouvelables, passez votre chemin.

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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

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