Plan américain pour l’Ukraine : une « capitulation » ! On continue la guerre ?

Le président Zelensky vient de recevoir une nouvelle proposition de plan de paix en 28 points de la part des États-Unis.
Capture d'écran X The White House
Capture d'écran X The White House

Au moment même où l'on agite, en France, la menace d’une guerre avec la Russie à l’horizon 2030, qu’en Ukraine, les combats font rage, que la pression russe sur le terrain s’accentue, notamment par des frappes dans la profondeur touchant les populations civiles (au moins 26 morts à Ternopil, ville d’Ukraine occidentale, le 19 novembre), le président Zelensky vient de recevoir une nouvelle proposition de plan de paix de la part des États-Unis. Ce plan, selon Kiev, reviendrait à une « capitulation ».

Un plan qui percute les projets de Macron

Jean-Noël Barrot, depuis Bruxelles où, ce jeudi 20 novembre, il rencontre ses homologues européens, a immédiatement embrayé en déclarant : « La paix ne peut pas être la capitulation. » Il ajoute : « Les Ukrainiens refuseront toujours toute forme de capitulation. » Car au cœur de ce plan de paix américain en 28 points, dit-on, il y a la cession de territoires ainsi que la réduction de moitié de l'armée ukrainienne et son renoncement à détenir des armes de longue portée. Par ailleurs, aucune troupe militaire étrangère ne serait autorisée sur le sol ukrainien. Ces conditions d’ordre militaire viennent évidemment percuter les projets de Macron : « force de réassurance », une fois le cessez-le-feu, et « régénération » de l'armée ukrainienne. Ces projets, le chef de l’État les a explicités dans sa conférence de presse conjointe avec Zelensky, après la signature de la lettre d’intention portant sur l’achat de cent Rafale, le 18 novembre. « Régénérer l'armée ukrainienne est un élément décisif de notre sécurité à tous », affirme le Président. On peut le comprendre : avoir une puissance militaire crédible faisant tampon entre l’Union européenne et la Russie relève de la géopolitique la plus traditionnelle.

Quant aux cessions de territoires, il s’agit, bien sûr, d’une part, de ceux en grande partie occupés actuellement par l’armée russe, notamment l’ensemble des régions orientales de Louhansk et de Donetsk, d’autre part, de la Crimée, annexée en 2014 à la Fédération de Russie.

L’Union européenne, par la voix de son « ministre des Affaires étrangères », l’Estonienne Kaja Kallas, vice-présidente de la Commission européenne, a réagi, de son côté, en déclarant : « Pour qu'un plan fonctionne, il faut que les Ukrainiens et les Européens soient impliqués, c'est très clair. » On peut comprendre cette position de l’UE, grande pourvoyeuse financière de cette guerre. La question est de savoir si Trump et, surtout, Poutine l’entendent ainsi. On peut en douter.

Pas de « capitulation ». Et, donc ?

Donc, « nous ne voulons pas de capitulation de l'Ukraine », affirme, martial, Jean-Noël Barrot. L’intention est louable, encore faudrait-il s'entendre sur le terme « capitulation ». Du peu que l'on sache de ce projet de plan, il n'est pas question que l'Ukraine capitule sans condition puisque, justement, il y aurait des conditions. Notamment que la Russie restitue certains territoires, que les zones du Donbass d'où se retireraient les forces ukrainiennes soient considérées comme démilitarisées et que la Russie ne puisse pas y positionner de troupes.

Alors, on fait quoi ? L’Ukraine a-t-elle les moyens humains et matériels pour, au minimum, contenir les Russes, au mieux, les repousser au-delà de ses frontières, après bientôt trois ans d’une guerre dont les ravages se feront sans doute sentir dans plusieurs générations, comme ce fut le cas de la Grande Guerre ? Faut-il rappeler que la semaine dernière, le chancelier Merz a demandé à Zelensky de « veiller à ce que, en particulier, les jeunes hommes ukrainiens ne viennent pas en grand nombre et en nombre croissant en Allemagne, mais qu'ils accomplissent leur devoir dans leur pays » ? En creux, faut-il comprendre que les jeunes Ukrainiens ne veulent plus faire la guerre ? Et, donc, on fait quoi, si l’Ukraine n’est pas en mesure de repousser l'ennemi, ni même de le contenir, et qu'en même temps, il n’est pas question qu’elle accepte une « capitulation » ? L'envoi de troupes de l'Union en Ukraine ? La guerre totale ?

La dure loi de la guerre depuis toujours

Il y a deux ans, le discours officiel européen, porté haut et fort par Macron, était celui-ci : « La Russie ne peut et ne doit pas gagner cette guerre. » On ne l’entend plus guère. Aujourd’hui, nouveau discours qui, certes, se tient en termes de menace potentielle, comme nous l'avons dit hier soir : « Nous devons nous préparer à une guerre avec la Russie dans les trois-quatre ans. » Mais n'est-ce pas, en quelque sorte, une façon d’admettre, en creux, que la guerre actuelle est perdue ? Or, dans l’Histoire, on a rarement vu le vaincu d’une guerre portant sur des enjeux territoriaux – ce qu'est cette guerre de 14-18 avec les moyens technologiques du XXIe siècle – discuter d'égal à égal avec le vainqueur et ne pas perdre une partie de son territoire. C'est la dure loi de la guerre depuis toujours. Certes, c’est tout l’édifice du droit international construit à l’issue de la Seconde Guerre mondiale et fondé sur les Nations unies qui s'effondre là, mais c’est malheureusement la réalité d'aujourd'hui. Ce qui, au passage, devrait militer en faveur du renforcement de nos capacités militaires. La réalité ne connaît qu’un mot en « isme » en guise d’idéologie : le réalisme, maître mot chez Trump. Un Donald Trump, d’habitude, pourtant si prompt à dégainer sur les réseaux sociaux, qui n’a, pour l’instant, pas communiqué personnellement sur ce projet de plan de paix. Ni Poutine, d'ailleurs.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 21/11/2025 à 22:44.

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

133 commentaires

  1. La technique est connue: on introduit dans le plan des conditions dont on n’a rien à faire et qu’on sait inacceptables. On y renonce à condition que les autres soient acceptées, et hop, c’est le prix Nobel de la paix pour Donald!

  2. Avec un « ami » comme TRUMP on « n’a plus besoin d’ennemi  »
    Trump ne pense qu’à son propre pognon
    En fait dans cette affaire on en est à Munich
    Vous vous souvenez de Daladier de retour au Bourget, après avoir capitulé devant Hitler, qui se faisant applaudir à da descente d’avion par la foule qui était, lâ aurait dit à son entourage : « ah ! les cons !!! s’ils savaient !!!!»
    et je regrette pour tous les stratèges qui causent de cette guerre, mais les Russes sont des incompétents, en être au stade actuel, pour un pays de 147 millions d’habitants avec une formidable armée contre un pays de 37 millions d’habitants avec une armée nettement plus faible en matériels c’est de l’incompétence et Poutine au lieu de parader devrait se cacher sous terre ; je voudrais pas rejouer le match mais je suis persuadé que si les Européens avaient réagi plus vite et plus fort ce n’est pas de la capitulation de l’Ukraine que l’on parlerait à moins que Poutine ait été suffisamment fou pour utiliser l’arme nucléaire , pour moi les chefs militaires russes sont surtout des chefs bouchers
    J’espère que les Européens auront le courage d’utiliser les fonds russes pour aider à la reconstruction de l’Ukraine
    Mais je crains d’être le « con » de cette affaire
    Pour mémoire je rappelle que mon grand-père, simple paysan avait mis plusieurs milliers de francs-or dans les emprunts, et oui comme l’a clamé Mélenchon en 2008, les Russes ont bien remboursé ces emprunts, oui en 1999 mes parents ont reçu quelques milliers de francs, soit en gros 1 franc remboursé pour 100 francs prêtés (rappel en 1914, 50 pièces d’or de 20 francs = 1000 francs or, en 2025, 50 pièces d’or de 20 francs = 50 x 400Euros = 20 000 Euros soit 120 000 francs (de 2002) alors ne me parlez pas des Russes ni de Mélenchon

  3. A mon sens, ce plan US de paix (en fait de capitulation sans conditions) imposé à Zelensky (qui a jusqu’au 27/11 pour l’accepter) est tout simplement immoral, ignoble et injuste. On me dira que politique et morale sont deux choses différentes. C’est en tout cas une prime au pays agresseur la Russie, et une incitation à tout Etat fort à envahir un plus faible que lui. On verra très bientôt si l’Ukraine acceptera, rejettera ce plan, ou en proposera un autre. Je suis curieux de connaître la position de l’UE, de Macron, Merz et Starmer.

    • Il a un défaut de plus = Il est réaliste. Et j’espère bien que nous Français saurons mettre une fin à ces transferts de fonds à fonds perdus bien sùr sauf dans les poches des potes à Mr Z. ainsi qu’aux propos bellicistes de Mandon le porte parole de Macron.

      • parce que vous vous prétendez « Français »?
        Avez vous simplement lu le « plan trump »?
        Imaginez le imposé à la France suite à une guerre : le signeriez vous?

  4. voyons voir ce fameux plan Trump :
    1 — La souveraineté de l’Ukraine sera confirmée.

    2 — Un accord de non-agression complet et exhaustif sera conclu entre la Russie, l’Ukraine et l’Europe. Toutes les ambiguïtés des 30 dernières années seront considérées comme réglées.

    3 — Il est attendu que la Russie n’envahisse pas les pays voisins et que l’OTAN ne s’étende pas davantage.
    4 — Un dialogue sera organisé entre la Russie et l’OTAN, avec la médiation des États-Unis, afin de résoudre toutes les questions de sécurité et de créer les conditions propices à une désescalade, dans le but de garantir la sécurité mondiale et d’accroître les possibilités de coopération et de développement économique futur.

    5 — L’Ukraine bénéficiera de garanties de sécurité fiables.

    6 — La taille des forces armées ukrainiennes sera limitée à 600 000 personnes.

    7 — L’Ukraine accepte d’inscrire dans sa constitution qu’elle ne rejoindra pas l’OTAN, et l’OTAN accepte d’inclure dans ses statuts une disposition stipulant que l’Ukraine ne sera pas admise à l’avenir.

    8 — L’OTAN accepte de ne pas stationner de troupes en Ukraine.

    9 — Des avions de combat européens seront stationnés en Pologne.

    10 — Garantie américaine :

    Les États-Unis recevront une compensation pour cette garantie.
    Si l’Ukraine envahit la Russie, elle perdra cette garantie.
    Si la Russie envahit l’Ukraine, outre une réponse militaire coordonnée décisive, toutes les sanctions internationales seront rétablies, la reconnaissance du nouveau territoire et tous les autres avantages de cet accord seront révoqués.
    Si l’Ukraine lance un missile sur Moscou ou Saint-Pétersbourg sans raison valable, la garantie de sécurité sera considérée comme nulle et non avenue.
    11 — L’Ukraine est éligible à l’adhésion à l’Union européenne et bénéficiera d’un accès préférentiel à court terme au marché européen pendant que cette question est examinée.

    12 — Un ensemble de mesures mondiales puissantes pour reconstruire l’Ukraine, comprenant notamment, mais sans s’y limiter :
    viennent les points a à f où les US tirent financièrement leur épingle du « jeu ».

    Il en en a 14 autres de la même sauce, je vous laisse le soin de les chercher.
    Quand j’écrivais que Trump est un homme de biseness, qu’il n’y a que le fric qui compte, je me faisais allumer.
    Il fait fait la part belle aux agresseurs qui lorgnent sur les terres de leurs voisins. Le Canada et le Groenland n’ont qu’à bien se tenir et ont une idée de ce qui les attend.
    Un retour aux bonnes vieilles méthodes du début du XXè siècle.

    • Les déclarations d’Emmanuel Macron, qui a décrit l’OTAN comme étant en état de mort cérébrale, ont interpellé, mais aussi fait resurgir la question du rôle et de la nécessité de l’OTAN. Quelle place donner à l’OTAN dans la dynamique européenne ?

      • Aérofrein, trump n’en a rien à faire du « contribuable américain » comme il n’en a rien à faire des « losers du Bois Belleau ». Il pense à sa pomme : c’est un bourge!

  5. Selon les archives de l’état-major ukrainien, capturées par des hackers russes (des téra-octets de données), le dernier nombre de morts et disparus ukrainiens est de 1.739.900 . Conclusion: il y a, avec la rotation des troupes, 6 soldats ukrainiens au kilomètre de front.

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