[MUNICIPALES] À Grenoble, la surprise Carignon

Arrivé en tête au premier tour, l’ancien maire de Grenoble a une petite chance de l’emporter, et compte la jouer à fond.
Alain Carignon à l'annonce des résultats du 15 mars. Capture d'écran Place Gre'Net.
Alain Carignon à l'annonce des résultats du 15 mars. Capture d'écran Place Gre'Net.

Grenoble pourrait-elle être la seule très bonne nouvelle de ces élections municipales pour LR ? Rien n’est fait, loin de là, mais le premier tour a apporté son lot de surprises, avec deux grands perdants, les sondages et Laurence Ruffin (candidate de gauche succédant à Éric Piolle), et un inattendu premier en la personne d’Alain Carignon, ancien maire de la ville de 1983 à 1995.

Donnée grande gagnante par les sondages qui la voyaient pulvériser la barre des 30 % dans tous les cas de figure, Laurence Ruffin n’a finalement obtenu que 26,33 % des voix, largement devant Allan Brunon (LFI, 14,59 %), mais coiffée au poteau par Alain Carignon, qui sort en tête avec 27,04 % des suffrages. Derrière, le divers gauche Romain Gentil (9,99 %) a manqué la qualification pour le second tour à trois voix près, et suivent Hervé Gerbi (centriste, 9,63 %), puis Valentin Gabriac (RN, 5,20 %), qui devance le divers gauche Thomas Simon (4,98 %). Trois listes d’extrême gauche ferment la marche en totalisant à peine plus de 2 %.

Coup de bambou pour les sortants

Réagissant auprès de BV, Alain Carignon estime que le grand enseignement de ce premier tour, « c'est l'effondrement de la majorité sortante qui a été sondée à 35 % et finit à 26 ». Comment expliquer une telle désillusion pour la majorité sortante, qui semble bien avoir été victime de son excès de confiance ? L’an passé, déjà, Alain Carignon confirmait auprès de BV avoir été rejoint par l’union des commerçants de la ville, vent debout contre la politique urbanistique anti-voiture de l’écologiste Éric Piolle.

Mais ce n’était là qu’un des nombreux motifs d’insatisfaction des Grenoblois à l’égard de la majorité municipale, comme l’a confirmé un sondage Ebra/Le Dauphiné libéré publié début février 2026. 55 % des sondés se sont déclarés mécontents du bilan municipal depuis 2020, dont 32 % très mécontents. Les seuls motifs de satisfaction des Grenoblois sont les transports en commun, l’environnement et l’action sociale. Leur jugement est en revanche sévère concernant le logement, le dynamisme économique de la ville, les conditions de circulation et de stationnement, la propreté, la fiscalité locale et l’image de la ville.

Pour 52 % des personnes interrogées, la qualité de vie s’est dégradée, et la sécurité a fait 72 % de mécontents. Résultat, 69 % des personnes interrogées ont dit ne pas souhaiter la reconduction de l’équipe municipale, même sans Éric Piolle, qui avait annoncé ne pas se représenter. Ce désaveu s’étendant même à son propre électorat, qui a déclaré à 42 % ne pas souhaiter pas voir l’équipe sortante réélue.

Le coup d’État LFIste

Si ce sondage illustre bien le mauvais résultat de la liste de Laurence Ruffin au premier tour, il explique aussi l’empressement de cette dernière à chercher des soutiens pour le second. On aurait pu croire impossible un rapprochement impossible avec le candidat LFI Allan Brunon, arrivé troisième et potentiellement qualifié pour le second tour. Brunon, pur produit des « antifas » au sein de LFI, et qui accueillait récemment à Grenoble Raphaël Arnault comme un grand ami, ne s’est guère montré tendre envers Laurence Ruffin durant la campagne.


« Voter pour Laurence Ruffin, c’est la garantie d’être trompé : 13 adjoints d’Éric Piolle figurent sur sa liste, les mêmes qui avaient promis la gratuité des transports en commun, le remboursement de la hausse de la taxe foncière, la réquisition des logements et qui n’ont rien fait. Votez Insoumis si vous en avez ras-le-bol des menteurs », lançait-il sur son compte X.

Et pourtant, au sortir d’un mystérieux tour de passe-passe dont la gauche a le secret, à Grenoble comme ailleurs, les lignes ont bougé à peine connus les résultats du premier tour. Au matin du 16 mars, début d'un coup d'État LFIste : Allan Brunon envoyait sur X un premier missile à la candidate socialo-écologiste, pour la sommer de fusionner : « Laurence Ruffin doit respecter le vote des Grenoblois et s’inscrire clairement dans une démarche de front antifasciste pour battre la droite islamophobe d’Alain Carignon ». Et pour éviter tout malentendu, le candidat LFI en rajoutait une couche, expliquant que « sans nous, Laurence Ruffin ne peut pas gagner. Ce résultat montre qu’une part significative des Grenoblois se sont mobilisés pour un programme de rupture. Nous sommes disponibles pour engager les discussions avec Madame Ruffin et nous appelons bien évidemment à un sursaut. »

En clair, pour éviter la déroute, Laurence Ruffin doit se rallier non seulement à LFI, mais aussi à son programme, le sien ayant été désavoué. Message reçu cinq sur cinq par l’intéressée, à laquelle Allan Brunon, décidément très joueur, a attribué une « bonne note » des plus humiliantes : « Nous sommes engagés dans un front antifasciste pour battre la droite d’Alain Carignon dimanche prochain », rappelle-t-il, notant que « Madame Ruffin le fait dans la voie du respect et des principes démocratiques, notamment celui de la proportionnelle par une fusion technique ». Imposant son diktat, il conclut enfin : « Nous serons représentés au conseil municipal à l’aune des résultats que nous avons faits au premier tour ». La « fusion technique » a beau n’engager personne, le rapport de force s’est inversé : LFI est désormais seul maître à bord.

Arithmétique perdante ou dynamique gagnante ?

Qu’attendre désormais de ce second tour ? D’un point de vue purement comptable, « le match est plié » : l’arithmétique, additionnant les voix obtenues au premier tour par l’ensemble des listes de gauche, donnerait une victoire de la liste Ruffin-Brunon au second avec 58,02 %. Mais une élection est moins affaire d’additions que de dynamique. Mais il y a surtout ce sondage si lourd de sens, et comme le confie Alain Carignon à BV, « nous pouvons et nous devons gagner parce qu'il y a 74 % des Grenoblois qui ont voté contre la majorité sortante. Il y a un très fort rejet ».


Et c’est pourquoi, explique-t-il, « j'ai appelé tous les électeurs qui sont exprimés au premier tour contre la majorité sortante à s'exprimer au second tour pour confirmer leur vote ». Le candidat LR estime par ailleurs que la fusion avec LFI pourrait aussi avoir un effet repoussoir, car « il y a une partie des électeurs socialistes et verts qui n'admettent pas cet accord, et une partie des électeurs LFIstes ont voté contre le bilan majorité », et pourraient donc la refuser eux aussi.

Reste à savoir comment se comporteront les près de 10 % d’électeurs du centre, les  5,20 % d’électeurs du RN, et les 39,30 % d’abstentionnistes du premier tour. Si les chances pour la droite de reprendre la capitale iséroise restent mesurées, elles existent tout de même. Et s’il est bien une chose qui peut forcer le destin, c’est la combativité de jeune homme d’Alain Carignon, qui, à 77 ans, espère sortir sa ville des griffes de l’extrême-gauche. Verdict dimanche soir.

Vos commentaires

Un commentaire

  1. Je suis stupéfait de voir ces vieux routiers que sont Alain Carignon et Catherine Trautmann, maires dans les années 80 dans leurs villes respectives de Grenoble et de Strasbourg, plusieurs fois battus depuis, jamais résignés ils se représentent sans cesse, et après avoir goûté au vert, strasbourgeois et grenoblois se rappellent au bon souvenir de l’ancien temps et de sont mis à revoter pour leurs immortels. Certes l’une est de gauche et l’autre est de droite, mais la démarche des électeurs est la même.

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