[MÉDIAS] Dix ans du Bataclan : France TV vante le « pardon » et la « compréhension »

Le refrain naïf et émasculé du « Vous n’aurez pas ma haine » reprend de plus belle, sur France Télévisions.
Capture d'écran X
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France Télévisions fête les dix ans des attentats du 13 novembre 2015 à sa façon. Le 30 octobre dernier, l’émission Envoyé spécial est revenue sur le terrible événement en se penchant sur les « parcours singuliers de plusieurs personnes profondément impactées ». À l’instar de Georges Salines et Azdyne Amimour, « qui ont tous les deux perdu un enfant, ce soir-là ».

À lire cette rapide introduction, on pourrait croire que la tragédie des deux pères est la même, que leurs enfants sont morts de la main du même bourreau. Pas vraiment. La fille du premier, Lola, a été froidement abattue, et le fils du second, Samy, était un djihadiste mort, kalachnikov à la main. De quoi jeter un froid entre les deux géniteurs ? Au contraire, ils ont noué « un lien fort », nous dit-on. « Son chagrin, Georges a appris à vivre avec », assure, d’ailleurs, la voix off, louant la réconciliation des deux pères, unis dans leur lutte contre « l’obscurantisme ». Celui qui s’est engagé auprès d’associations après l’attentat affirme même être dans une démarche de « pardon » envers les parents de terroristes islamistes. « Je savais que ces familles étaient innocentes et je savais que leur souffrance était même plus forte que la mienne, parce qu’à la perte de l'enfant s'ajoutaient la culpabilité et le regard accusateur de la société », déclare ainsi le courageux Georges.

 

Ce discours ressemble à s’y méprendre à la théorie, mille fois rabâchée, selon laquelle « les premières victimes du terrorisme sont les musulmans ». Pas étonnant que cet « improbable duo » ait tant plu à France TV. Le fameux Azdyne - qui se prénomme aussi Mohamed, selon les occasions - avait lui-même participé à cette inversion victimaire lorsque, lors de l’ouverture du procès des attentats du 13 novembre 2015, il avait osé affirmer dans les médias que son fils était « une victime aussi ».

Les bons et les mauvais pères

Sur les réseaux sociaux, beaucoup se sont indignés de cette instrumentalisation de la parole d’un père endeuillé. « On voit bien que sa peine a été sciemment canalisée par les administrations et les services sociaux pour lui faire répéter le discours officiel », a analysé un internaute. « C’est à quelle heure, l’interview de Patrick Jardin ? », a malicieusement interrogé un autre. Car il semble, en effet, que seuls les témoignages apaisés, louant le pardon inconditionnel et le vivre ensemble, aient eu droit de cité, dans l’émission de France TV. Les autres en ont été écartés. Patrick Jardin, notamment, a lui aussi perdu une fille au Bataclan, mais, allez savoir pourquoi, sa parole n’est que très peu relayée, dans les médias publics. Dès novembre 2015, France 3 lui avait ainsi reproché d’employer des « mots très durs » envers ceux qu’il tenait pour responsables de la mort de sa fille. « Je ne suis pas du tout dans la bien-pensance », reconnaissait-il, le 3 novembre 2025, quelques jours à peine après avoir été pris à partie par le député LFI Raphaël Arnault, sur X.

 

En septembre 2018, déjà, le journal Le Monde l’avait présenté comme « un père sur le chemin de la haine ». Deux mois plus tard, Libération s’était joint à la meute, l’accusant, pêle-mêle, d’« islamophobie », de « complotisme » et d’amitiés coupables avec le Front national. Cerise sur le gâteau : Patrick Jardin serait riche. « Sa bagnole, un 4×4, est énorme, s'épouvantait alors le quotidien de gauche. Le machin doit coûter un paquet. Ce qui ne devrait pas être un problème pour l'ancien patron de France Cars : il est millionnaire. » Bref, un sale type.

L’ode à la soumission

« Pour que je pardonne, il faudrait déjà qu'on me demande pardon », se défend, de son côté, Patrick Jardin. En cela, le père de Nathalie est l'anti-Antoine Leiris, ce jeune veuf auteur de Vous n'aurez pas ma haine, bible vivre-ensembliste des médias. Il est le cauchemar du service public qui ne donne la parole qu’aux « bonnes » victimes, celles qui ne parlent ni d’islam, ni d’immigration, et qui cherchent au contraire à « comprendre » les motivations des assassins djihadistes. À l’image de Gaëlle, qui a perdu son compagnon et un bout de son visage au Bataclan. « Gaëlle dit ne pas ressentir de haine. De ses blessures, elle a fait sa force », prêche France 2.

En fait, l’idéologie de cette émission de service public transparaissait déjà dans son titre au jeu de mots évocateur, 10 ans des attentats du 13 novembre : un mal pour un lien. Un mal pour un bien ? C’est ce que notre époque relativiste, qui n’a que le mot « résilience » à la bouche, nous pousse à croire, en effet. « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort », affirme aussi le très populaire proverbe attribué à Nietzsche. Peut-être, alors, faudrait-il dire merci aux islamistes qui assassinent nos enfants ?

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

39 commentaires

  1. C’est en quelque sorte faire mourir sa fille une seconde fois.
    Certes, on ne peut éructer sa haine à chaque instant, mais comment peut-on pardonner ?
    Ça me dépasse.

  2. Moi j’ai compris tout de suite. Qu’il faut privatiser notre SPP (Service public de Propagande). Pour le pardon j’ai mon curé. Pour les Jihadistes et leurs suppôts, la Loi et sa rigueur.

  3. J’ai ressenti également un profond malaise en regardant cette émission. Il s’en dégage une impression de complicité entre les deux pères, qui sont présentés comme deux victimes. Confusion totale des esprits bien dans l’air du temps (plus personne n’est responsable ni coupable) et pratique systématique de l’inversion accusatoire ! C’est l’odieuse incantation macronienne du « en même temps », et du relativisme bien connu, bref, tout cela c’est la faute à pas de chance, les victimes étaient là au mauvais endroit, au mauvais moment.

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