L’UNESCO ne veut pas des fêtes de la Rosière : pas assez « inclusives »

La chasse aux fêtes ancestrales jugées trop chrétiennes et pas assez inclusives est ouverte.
Fête de la Rosière
Archives départementales des Hauts-de-Seine, Licence Ouverte, via Wikimedia Commons

En janvier 2023, après une année d’enquête approfondie, l’ethnologue en patrimoine Zoé Oliver proposait l’inscription de la fête de la Rosière à l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel (PCI). Le département de la Recherche, de la Valorisation et du Patrimoine culturel immatériel (DRVPCI) au ministère de la Culture donnait alors un avis favorable à la valorisation de cette fête, événement folklorique encore vivace puisque, en cette année 2023, on recensait pas moins de 46 villes Rosières, en France, attachées à leur tradition.

Un héritage culturel qui ne plaît pas

Certes, la millénaire Fête de la Rosière est d’inspiration religieuse, comme toutes les fêtes (ou presque) dans ce pays de culture chrétienne. Que cela plaise ou non, c’est une vérité historique : de la naissance à la tombe, la vie de nos ancêtres s’est pendant des siècles articulée autour des fêtes religieuses. Carnaval, Carême et Pâques, mois de Marie, Saint-Jean, cérémonies agricoles de l’été, fêtes des moissons, vendanges sous le patronage de saint Vincent, fête de Noël, Épiphanie, communion, fiançailles, mariage, relevailles… et, au milieu, les fêtes paroissiales, les pardons, les ostensions et les pèlerinages propitiatoires. Oui, jusqu’au milieu du siècle dernier, la vie de nos aïeux s’est construite sur cette trame. C’est notre Histoire, c’est notre culture.

Les temps changent, les fêtes aussi, qui évoluent du côté du folklore, et l’ethnologue l’a souligné en présentant son dossier : « Longtemps religieuse, et aujourd’hui républicaine, populaire et festive, la tradition de la Rosière s’inscrit dans l’évolution de la société française et doit faire face, aujourd’hui, à de nouveaux enjeux : renouvellement de la population, nouvelles aspirations et modes de vie des jeunes, évolution de l’image de la femme, etc. » Toutefois, l’essentiel est que « les habitants des villes Rosière sont également soucieux de conserver cet événement auquel ils sont attachés et qui assure la transmission de l’héritage culturel et l’identité de leur commune ».

« L’identité », voilà le mot qui coince

Traditionnellement, la fête de la Rosière honorait une « jeune fille sage et vertueuse », à savoir celle dont la conduite irréprochable, la vertu, la piété et la modestie faisaient l’honneur d’un village. Vêtue d’une longue robe blanche et couronnée de roses, elle était escortée jusqu’à l’église. On comprend bien que, dans une France où les néo-féministes voient aujourd’hui dans le port du voile islamique un gage de liberté, on comprend bien, donc, que valoriser les vertus chrétiennes soit une offense aux bonnes mœurs. C’est bien pourquoi, d’ailleurs, les communes qui pratiquent encore cette fête millénaire en ont fait évoluer le contenu.

Pas suffisamment, toutefois, pour plaire à l’UNESCO qui, aujourd’hui, retoque son classement au PCI. La Commission a en effet estimé tout cela « trop éloigné de la vision contemporaine de la femme ». L’ethnologue qui avait présenté le dossier confirme : « Le comité a estimé qu’il fallait davantage s’aligner sur les valeurs d’égalité de genres et de représentation d’aujourd’hui. »

On a compris. Le comité voudrait une Rosière drapée d’arc-en-ciel ou, si vêtue d’une longue robe blanche, du moins portant la barbe. Et pas d’église, surtout. Peut-être le comité en question rêve-t-il, aussi, d’instituer de nouvelles fêtes de village, au bas des barres HLM, là où les grands frères veillent farouchement sur la virginité de leurs sœurs ?

On fera remarquer que, chasteté pour chasteté, on ne brûlait pas, dans la France d’hier, les jeunes filles qui s’étaient couchées dans le foin. Le 4 octobre 2002, Sohane Benziane, 17 ans, était, elle, brûlée vive dans une cave de Vitry-sur-Seine.

Les fêtes de Jeanne d’Arc, pour combien de temps encore ?

Ce qu’on vise, en refusant d’inscrire les fêtes de la Rosière au patrimoine immatériel du pays, c’est, on l’a compris, l’éradication de l’identité chrétienne de la France. En 2009, les laïcards saisissaient le tribunal administratif de Limoges afin d’interdire les ostensions limousines. Cette tradition religieuse et populaire qui remonte à la fin du Xe siècle bénéficiait d’une subvention de 63.000 euros par la région. Les treize militants politiques (Europe Écologie, Front de gauche, NPA, libre-pensée) qui avaient saisi le tribunal invoquaient une atteinte à la loi de séparation des Églises et de l’État. Qu’importe « l'intérêt historique, culturel, touristique et économique non négligeable » des manifestations qui se déroulent tous les sept ans dans vingt communes, il a fallu rembourser les fonds. Mais les confréries sont toujours là, bien vivantes, et les ostensions (les prochaines auront lieu en 2030) sont bien inscrites au patrimoine immatériel.

Alors, on pense à Orléans et aux fêtes Johanniques qui, elles aussi, récompensent une jeune fille qui doit « être née ou habiter depuis dix ans au moins dans l'agglomération d'Orléans, être baptisée, catholique pratiquante et donner bénévolement de son temps au service d'autrui ». Pas très « inclusif », tout ça… Dieu merci, les festivités qui commémorent la délivrance de la ville le 8 mai 1429 sont inscrites depuis 2018 au Patrimoine culturel immatériel de la France. Les fêtes de la Rosière n’auront hélas pas cette chance, il leur sera dès lors bien difficile de perdurer.

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

46 commentaires

  1. « Le comité a estimé qu’il fallait davantage s’aligner sur les valeurs d’égalité de genres et de représentation d’aujourd’hui. » … Dans une de ces nouvelles Maupassant y a déjà pensé à cette égalité de genres, il suffit de lire  » Le rosier de Mme Husson » pour s’en convaincre !

  2. Il suffirait que les citoyens se rebellent contre ces déconstructeurs pour qu’ils repartent de là où ils viennent.

  3. On les « emmerde » et l’on fait comme on veut , je dirai comme on peut, par les temps qui courent ….

  4. En quoi la non inscription au registre du patrimoine immatériel de l’UNESCO compromet elle cette
    fête qui existe depuis très longtemps ?

  5. C’est bien ce que je disais dans un autre articke (le journal La Croix), les cons sont partout et de se poser la question de savoir où ils ne sont pas?
    Il ne faut rien lâcher face à ces abrutis qui n’ont rien à dire, rien à apporter que de la détresse de l’abaissement, de la ruine intellectuelle, le pire des dangers.

  6. Est-ce que toutes les cérémonies adoubées par l’UNESCO tout autour du monde sont bien ouvertes aux hétéros chrétiens ? Permettez-moi d’en douter !

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