[LIVRES DE NOS MAISONS] Les Grandes Familles, de M. Druon : mieux que Dallas !
Dans les bibliothèques de nos maisons de famille traînent des livres délaissés. Leurs auteurs furent célèbres, peut-être… Leur gloire a passé. Cet été, BV vous propose de découvrir quelques-uns de ces écrivains ou de ces livres.
Évidemment, tous les fanas de films français en noir et blanc des années 50, du Jean Gabin d’après guerre qui, par la force des choses et du temps, avait troqué sa gueule d’amour contre une gueule tout court, des dialogues de Michel Audiard ciselés au coin du zinc, bref, de ce cinéma dans lequel la France ne ressemblait pas à une ZAD, connaissent ce film de Denys de La Patellière, sorti en 1958 sous la Quatrième finissante : Les Grandes Familles.
Maurice Druon, lorsque les ministres de la Culture devaient savoir lire et écrire
En revanche, le roman éponyme dont est tiré le film est moins connu. Et pourtant, c'est mieux que Dallas ! Un roman du considérable Maurice Druon (1918-2009), lauréat du concours général en 1936, « cadet de Saumur » en 1940, résistant, gaulliste et passablement réac, auteur avec son oncle Joseph Kessel des paroles françaises du Chant des partisans, académicien français, secrétaire perpétuel de la vénérable compagnie, ministre de la Culture, un an durant, sous la République pompidolienne (on lui doit cette phrase, au sujet des chasseurs de subventions : « Les gens qui viennent à la porte de ce ministère avec une sébile dans une main et un cocktail Molotov dans l'autre devront choisir »), une époque où les ministres, notamment ceux chargés des Affaires culturelles, devaient savoir lire et écrire, ce qui était la moindre des choses. Et prix Goncourt 1948, justement, pour son roman Les Grandes Familles. Druon : un monument historique ! Et qu’on visite pourtant de moins en moins. On lui doit, aussi, la fameuse suite historique des Rois maudits, popularisée par la télévision d’État des premiers temps et qui contribua sans doute à développer cet intérêt des Français pour leur Histoire dans ce qu’elle a de grand, de beau mais aussi de terrible. Il fallait le souffle de l’aventurier Druon pour raconter la fin des derniers Capétiens directs : sept tomes, pas moins. De quoi occuper ses soirées au-delà du temps des vacances.
Le tableau réaliste et cruel d'une société aujourd'hui disparue
Et Les Grandes Familles ? Une saga familiale, en trois tomes, publiée de 1948 à 1953, racontant les déboires d’une grande famille de la finance, considérable et considérée, alliée à la vieille aristocratie française, non pas dans les années 50 comme dans l’adaptation de La Patellière, mais entre la fin de la Grande Guerre et le début de la Seconde Guerre mondiale.
Le tableau réaliste et cruel d’une société qui a aujourd’hui disparu, remplacée par une autre qui n’est sans doute pas plus reluisante ! « Paris, écrit Druon, était plus que jamais une société soumise au succès ; vingt mille personnes au maximum y détenaient, en partage sans cesse révisé, la fortune, la grâce et le talent. » Druon poursuit : « Deux millions d’autres êtres les entouraient. Ceux-là n’étaient pas nés sur le chemin de la chance, ou n’avaient pas pu l’atteindre ou ne l’avaient même pas tenté. » Aujourd’hui, les choses ont bien évolué et d’aucuns diront que le pouvoir, en France, est détenu par bien moins de vingt mille personnes, qu’il n’est plus à Paris et que le chemin de la chance est passablement barré. Quant à la grâce et au talent, on en a un vague échantillon, lors des fêtes élyséennes, les soirs de fête de la Musique…
Des personnages de toutes les époques
Dans ce décor d’entre-deux-guerres, Druon nous décrit au vitriol des personnages qui sont finalement de toutes les époques : des êtres orgueilleux, ambitieux, cupides, féroces, cyniques, fats, dépravés mais aussi attendrissants, exquis, amoureux, courageux, ayant le sens de l’honneur. Personnage central : le baron Noël Schoudler, couvert d’or et d’honneurs, régent de la Banque de France, banquier, magnat de l’industrie, grand patron de presse, règne sans partage, tant sur son empire économique, construit par son grand-père et son père, que sur sa famille. Son fils, François, qui a épousé une aristocrate de vieille souche (une Lamonnerie et non une Magnac-Laval, comme dans le film), est un brillant jeune homme, mais qui ronge son frein à l’ombre du patriarche qui ne veut surtout pas décrocher. Et ça sera le drame : le suicide de son fils après que son père lui a donné une leçon en montant un coup en Bourse.
Le soir des funérailles de son fils, Noël Schoudler se fait aider, comme à l'accoutumée, pour se déshabiller. « Je crains que monsieur le baron n’ait un cor », lui fait remarquer Jérémie, son vieux valet de chambre. Réponse du patriarche : « Allons bon, il ne manquait plus que cela ! » Tout à l’avenant. On vous laisse découvrir cette longue galerie de portraits... Vous avez aimé le film, vous aimerez le roman.
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16 commentaires
J’ai trouvé le DVD le mois dernier d’occasion chez un bouquiniste. Je me suis régalé.
Dans le même registre , lire » Les Thibault » de Roger Martin Du Gard qui relate l’histoire de deux familles au temps de « La Belle Epoque » ( 1890- 1914 )
Excellent également ce tableau de la chute d’une autre époque, mais tout comme dans « les Grandes Familles », la fin est atroce. Maintenant qu’il n’y a plus non seulement de « grandes », mais de familles tout court en France, le thème ne sera pas renouvelé.
Les Grandes Familles ;deux chefs d’œuvre :un roman, et le film qui l’a inspiré avec un Jean Gabin exceptionnel.
Très bon livre relisez le.
En effet je ne pensais pas vivre une telle déchéance de la France sur tous les points. Cinéma, chansons, télé, école, hôpital, police. Tout est parterre. Les idiots sont partout et nous gouvernent.
Pas les idiots, évidemment. Mais ceux qui veulent détruire la France actuelle. Pourquoi le veulent-ils ?
Pour la livrer, justement, à cette élite richissime, devenue mondialiste. Une fois qu’ils auront fait place nette, cette élite, cette aristocratie d’extrême droite, pourra alors tout financiariser, pour son plus grand profit, auquel s’ajoutera le pouvoir politique lui-même, bref, ils auront le « pouvoir suprême ».
Excusez moi, mais l’extrême droite, je croyais que c’était les nationalistes, souverainistes, europhobes, etc….et pas justement les Mondialistes….Cette élite qui vend la France est bien plutôt alliée de la gauche universaliste que de la droite….Il y a assez de la gauche à tenter de faire croire que ses alliés objectifs qui la protègent comme opposition sous contrôle seraient « d’extrême droite » afin de tenter de se blanchir….Fric et gauche, mêmes intérêt….Nation, seul bien du Peuple….seul vrai combat de la droite
Eh oui, l’Extrême Droite. Bolloré est d’extrême droite. Combien rapporte-t-il d’impôts à la France ? Combien de produit fabrique-t-il qui font rayonner notre pays à l’étranger ? Combien d’emplois a-t-il créé ? A gauche, Panot, Mélenchon, Delogu, Rousseau, et tant d’autre, combien rapporte-t-ils à la France ? qu’ont-ils créée pour le bien des Français ? Combien d’emplois ? A part être payés et ne vivre que sur l’agent de nos impôts…
Et le titre du septième et dernier tome des Rois Maudits n’est pas sans évoquer la période actuelle : Quand un Roi (médiocre, prétentieux et incompétent) perd la France.
Le film « Les grandes familles » est un chef d’œuvre… comme « Le Président » en est un aussi !
Je confirme. A lire et à relire, on ne s’en lasse pas. Un régal !
De Druon à Dati, quelle dégringolade !
C’est le moins qu’on puisse dire. O tempora o mores…
C’est vrai que quand on a connu des Malraux et des Druon, « ca pique un peu les yeux… »
Jean-Paul LEDOUX
En effet…VERTIGINEUX..