[LIVRE] Une fin du monde sans importance, de Xavier Eman : un air de Philippe Muray
Chaque fois qu’on ouvre un journal, Éléments, le magazine des idées, en l’occurrence, il est de coutume de se ruer vers sa chronique favorite. Ça peut être la plus auguste, l’éditorial du philosophe Alain de Benoist, bien connu de nos lecteurs ; mais aussi la plus gouleyante, celle de Xavier Eman, par exemple, Une fin du monde sans importance, dont les Éditions de La Nouvelle librairie viennent de publier le troisième recueil. Tous les deux mois, notre homme, par ailleurs rédacteur en chef d’Éléments et de Livr’Arbitres, l’excellente revue littéraire qu’on sait, se plonge donc dans le quotidien de ses contemporains. Sa cible favorite ? Le néo-bourgeois citadin et fatigué, qu’il soit de gauche ou de droite, femme ou homme. Dans sa préface, Alain de Benoist évoque des « saynètes » mettant en scène « des enfants qui n’ont jamais grandi ou des adultes qui ont renié leur jeunesse. Ils répètent ce qu’ils ont entendu dire, ils psalmodient les mantras de l’idéologie dominante, ils consomment sans se poser de questions, ils ont des plaisirs et des colères à leur image, des passions tristes, des aspirations médiocres, une sexualité minable, mais se considèrent eux-mêmes comme des gens très intéressants. » Envoyé, c’est pesé et fermez le ban.
Cette réalité que certains refusent de voir…
Dans cette galerie de portraits, dressés d’une plume mouillée d’acide, on côtoie le mâle hétérosexuel blanc qui tente vaille que vaille de se déconstruire pour mieux se faire accepter par des femmes qui estiment que, déconstruit, il ne le sera de toutes façons jamais assez : il aimerait bien dire que les nénettes, ça peut aussi être pénible, mais il n’ose pas. Il y a aussi l’intellectuel précaire en proie au doute et qui tente de réfréner ses bas instincts : il y a tout de même beaucoup d’étrangers dans Paris. Il y a encore la féministe antiraciste qui aimerait bien que les mésaventures de ses consœurs concordent avec l’idée qu’elle se fait de la réalité : oui, on se fait plus souvent peloter dans le métro par des racailles à capuche que par des militants de l’Action française. On trouve même le nigaud de droite : il a voté oui à Maastricht et à Emmanuel Macron. Il assure même qu’Édouard Philippe est l’avenir du réformisme ; mais peine souvent à s’en convaincre.
Une inspiration souvent puisée au bistrot…
Le point commun entre tous ces gens ? Jamais ils ne rigolent. Logique, la planète est en train d’agoniser. Et rire équivaut à participer à sa destruction. Le lecteur, lui, en revanche, rit beaucoup. Parfois aigre et jaune, mais rit tout de même devant ce chamboule-tout, ce véritable jeu de massacre auquel se livre Xavier Eman. Nul doute que le défunt Philippe Muray aurait adoré. Au fait, où ce contempteur d’une société finissante trouve-t-il son inspiration ? « Je passe beaucoup de temps au bistrot. Et j’adore écouter ce qui se dit aux tables voisines. C’est souvent passionnant. Les sociologues devraient aller plus souvent dans les cafés. C’est souvent bien plus instructif que de savantes études. Et puis, les réseaux sociaux sont une mine inépuisable, tout comme les émissions de télévision destinées au grand public. » Michel Audiard et Jean-Marie Gourio, l’auteur des Blagues de comptoir, ne procédait pas autrement. Il est vrai que ces chroniques sentent malheureusement trop souvent le vécu.
Pourquoi le rire est de droite…
Est-ce à désespérer, tant elles sont empreintes d’un pessimisme profond : « Ce pessimisme, je le conjure par l’écriture et l’humour. Car dans la vie, je suis plutôt un garçon joyeux, surtout avec mes amis. » Être un « pessimiste joyeux », n’est-ce fondamentalement pas la définition d’un homme de droite, son homologue de gauche ayant, lui, plutôt tendance à être un « optimiste triste », puisqu’éternellement désolé que la vie, la vraie, puisse refuser de se conformer à ses souhaits ?
Xavier Eman, toujours : « Quand on est dans le camp du bien, il faut toujours faire attention à ne vexer personne. On parle comme on marche ; sur des œufs. C’est pour cela que ces gens rient si peu. Ils n’ont pas compris que l’humour ne pouvait pas être inoffensif. C’était déjà vrai du temps de Molière. » Notre consœur Élisabeth Lévy, la matrone de Causeur, confiait naguère à l’auteur de ces lignes : « Une blague antiraciste n’est que rarement drôle. Alors qu’une blague raciste… » Tout est dit. Aussi bien dit que dans le réjouissant ouvrage de Xavier Eman.
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Un commentaire
Sympa… On imagine aisément ces sketches mis en BD par feus Lauzier ou Brétecher.