[LIVRE] Les Zemrods à la Castafiore : les zaventiures à Tintin en pataouète

Joindre l'utile à l'agréable en faisant découvrir, grâce à Tintin, le parler populaire en Algérie française.
TINTIN

Qui ne connaît pas Tintin, le célèbre reporter et détective créé par Hergé qui continue de séduire des générations de lecteurs de BD ? Mais qui connaît le pataouète, le langage que les pieds-noirs parlaient, en Algérie française ? Utiliser l’un pour faire connaître l’autre est le pari que fait le Centre de documentation historique sur l'Algérie (CDHA) en publiant Les Zemrods à la Castafiore, aux Éditions Casterman, la traduction des Bijoux de la Castafiore dans le parler des Européens d’Afrique du Nord.

Le pataouète, le parler populaire des Français d'Algérie

Saviez-vous que de nombreux mots utilisés encore couramment aujourd’hui sont empruntés à ce patois bien particulier ? Une embrouille, par exemple, ou encore un toubib, l’interjection « fissa » ou « basta » : tous viennent de ce langage fait d’échanges entre les diverses langues parlées par ceux qui vivaient en Algérie avant 1962 et ont été rapportées dans leurs valises de sinistre mémoire. Jean-Pierre Goudaillier, qui a écrit un Dictionnaire de pataouète et de français pied-noir d’Algérie, interrogé par Le Figaro, montre comment les œuvres d’Albert Camus sont pétries des expressions de « son premier idiome parlé, sa langue d'origine [puisqu’] il l’a parlé pendant toute son enfance et son adolescence » : « entre autres, "mettre les chaînes" (les menottes), "faire une gambette" (un croc-en-jambe), "manger des coups (être frappé), "manquer (à) quelqu'un" (mal agir envers quelqu'un, faire du tort à quelqu'un), "monter un œil" (pocher un œil à quelqu'un) ».

Ce linguiste explique que ce « parler disparu ou presque » est « encore connu par les gens de [s]on âge, leurs enfants et petits-enfants connaissent quelques mots. […] Par contre, [...] on a encore en Espagne des Espagnols qui parlent français pied-noir, voire pataouète, car ils les parlaient en Algérie. » Mais aujourd'hui, le pataouète a disparu en tant que langue vivante. Évidemment, l’objectif n’est pas, avec ce Tintin, de le ressusciter mais il est, en revanche, de joindre l’utile à l’agréable ou du moins l’instructif au plaisir en le faisant découvrir. C’est en effet vraiment amusant de deviner, parfois de décrypter, dans les bulles et grâce aux images, ce que le capitaine Haddock, la Castafiore, le professeur Tournesol ou même Milou disent.

Une langue morte au « charme pittoresque »

« Mille miyons de mille mantecaos ! Je l’escarmite si j’le tchape c’bouleur qu’il a ponddu ces tchaleffes ! », s’exclame le vieux loup de mer le plus connu en apprenant dans la presse son mariage avec la Castafiore. « Porca Misera ! Mes Zemrods ! », s’écrit la cantatrice, affolée de ne plus trouver ses bijoux. Heureusement que Haddock réagit en appelant la gendarmerie des Deux-Moulins : « Pouvez-vous en’oyer quéqu’un soubito ? Ici, au château, on a eu un coup d’sarraque papass… » Vous l’aurez compris, Tintin n’est pas moins drôle quand il devient pied-noir ! Ne vous inquiétez pas, un lexique est ajouté à la fin du livre ainsi que deux textes explicatifs de Jean Monneret, le traducteur. D’ailleurs, celui-ci résume le fonctionnement de ce parler populaire « assez rebelle aux règles de notre brillante langue nationale » : « Il ignore largement le passé simple […], des barbarismes percent çà et là : "vous disez" pour "vous dites" […] », etc. En bref, il explique que « les traits parodiques affleurent constamment et l'on ne s'ennuie pas » ! Donc, « il fallait tenter de reproduire au mieux le parler et l'accent pieds-noirs. Ceci ne peut se faire qu'en ayant recours partiellement à une écriture phonétique et parfois en tordant un peu ce qu'enseigne la grammaire courante, que nos compatriotes ont gentiment « détricotée ». Le charme pittoresque de ce parler en découle largement. »

Ce Tintin en pataouète, c’est non seulement un moyen de faire connaître ce parler largement oublié, mais aussi « l’illustration du dicton bien connu "les écrits restent" ». De plus, l’achat de cet album finance le CDHA, dont la mission est de collecter et conserver tout élément relatif à la vie en Algérie pendant la période française en offrant la possibilité à chacun de s’instruire et de se renseigner sur cette époque grâce à leurs archives.

Vos commentaires

10 commentaires

  1. N’ayez crainte AMIS DE FRANCE .. nous parlions et nous continuons à parler très bien la Langue de Molière . Ce parler « pataouète » est pour nous un clin d’oeil qui n’etait pas utilisé tout le temps.. Vous utilisez le mot TCHATCHE .. PUREE .. et les grossièretés qui font le panache de chaque région . Mais comparer Notre Parler aux banlieues NON. car pour nous c’etait un jeu . pour eux c’est leur langage limité et codé . MACHI KIF KIF.. (rires)..

  2. De toutes les façons, une partie des Français ne savent plus parler et s’exprimer correctement, sans compter les fôôôtes d’ortaugraff, (voir les commentaires sur BV!)…alors… un peu plus…

  3. En 1962, je passais mon 1er bac et dans notre classe étaient arrivés déjà des fils de pieds noirs… ahhh les éclats de rire en récréation et aux épreuves orales… morts de rire… le seul rire qu’ils avaient ramené d’Algérie…

  4. Un parler chantant, coloré, aux accents prédominants, aux consonnes oubliées… Et aussi articulé « avec les mains ». Je le sais, j’en viens !

  5. Avec le pataouète, on se rapproche de la langue vivante en France et au pays d’Hergé. Vivement les nouveaux épisodes de Tintin créolisé. Bientôt « Objectif thune »? L’affaire du professeur Haschish? Tintin au pays du pétrole vert?

  6. À ne pas mettre à portée de main des écoliers. Ils maîtrisent tellement bien la langue française, l’orthographe et la grammaire, qu’il n’est pas nécessaire d’aggraver la situation en leur faisant apprendre une autre version de notre langue…
    À coup sûr, ils adopteront immédiatement les « zemrods à… » et les « miyons ».
    Cependant, notre langue est tellement massacrée qu’un peu plus ou un peu moins…
    Ce n’est que mon opinion.

    • Oui, arriver quasi analphabète au lycée est des plus inquiétant…mais tous auront le BAC !!! Et certains auront LA Bac…

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