Liberté d’expression : J.-N. Barrot veut… « la mise au pas de nos réseaux sociaux » !

L’expression est parlante. Elle porte une dimension militaire, une forme de caporalisation, de soumission. Ça promet !
Capture d'écran
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Entre deux exercices de servitude auprès du Président Macron et deux humiliations de l'Algérie, Jean-Noël Barrot a, de temps à autre, des accès de vérité. Ainsi, notre ministre des Affaires étrangères, propulsé à la tête de ce « domaine réservé » du Président, a-t-il, ce matin 24 février, sur France Info, joué les saint Jean Bouche d’or. Il est question de cette menace devant laquelle nous sommes sommés de trembler : « l’Internationale réactionnaire ». Houhou, fais moi peur ! Le complotisme mondialiste se porte bien… « L’Internationale réactionnaire » pèse-t-elle sur l’élection présidentielle française ? », demande-t-on à l’hôte du Quai d’Orsay. Trump allié à Meloni, Orbán et à l’épouvantable Milei pourront-ils imposer à des Français qui n’en veulent pas un pouvoir dictatorial et fachisant ? Ou, plus subtil, sont-ils capables de persuader les Français que le pouvoir macroniste ne les mène pas vers un champ de marguerites et qu’il faut changer de braquet dans le gouvernement du pays ? Hypothèse terrifiante.

Barrot y croit. La preuve ? « Ma responsabilité, c’est de l’empêcher », cette Internationale réactionnaire, répond-il. C’est donc un risque majeur, un risque imminent. Nimbé de ce rôle de rempart contre l’horreur, il se lâche : « Reprendre notre espace public, cela passe par une mise au pas de nos réseaux sociaux. » Bing ! En démocratie ? Il insiste. « Cela passe par une mise au pas des réseaux sociaux qui servent de plate-forme à un certain nombre de ces mouvances de l’Internationale réactionnaire pour venir perturber le débat public et fragiliser l’intégrité de notre processus démocratique. »

« Trésor national »

Cette sacrée Internationale réactionnaire, pourtant élue légitimement chacune dans son pays jusqu’à preuve du contraire, fragilise « l’intégrité de notre processus démocratique » ? Diable ! Ils ont donc les bras longs, jusque dans chaque foyer français ! Sont-ils derrière nos médias dominants, par exemple France Télévisions, France Inter, TF1 ? On nous cache tout !

Le ministre Barrot décrète donc souhaitable et urgente « une mise au pas de nos réseaux sociaux ». L’expression est parlante. Elle porte une dimension militaire, une forme de caporalisation, de soumission. On force le conscrit à obéir, à filer doux et à marcher au pas. On fait de même avec l’expression des opinions sur les réseaux sociaux. C’est ainsi que le ministre des Affaires étrangères français conçoit son rapport avec les supports les plus accessibles et les plus utilisés par les Français pour exprimer leurs opinions.

On vous tord le bras mais on reste en Macronie : ce qui impose de noyer le poisson et de dire le contraire de ce que l’on fait, et vice versa. Exprimé par Barrot, cela donne dans la foulée cet hymne à « la presse pluraliste indépendante et libre ». Un éloge de « ce modèle qui fait notre fierté et qui est un trésor national ». Ce modèle « aujourd’hui menacé », explique Barrot. En effet : menacé par lui !

« Maux inévitables »

L’affaire est ancienne. Cette outrageuse liberté d’opinion, pourtant inscrite dans notre Constitution, c'est une obsession macroniste de longue date. Elle s’est étendue à l’UE. À cet égard, le vice-président américain J.D. Vance avait lancé à Munich, le 14 février 2025 : « La menace qui m’inquiète le plus en Europe n’est ni la Russie, ni la Chine, ni celle d’aucun autre acteur extérieur. Ce qui m’inquiète, c’est la menace venant de l’intérieur. C’est le recul de l’Europe par rapport à certaines de ses valeurs les plus fondamentales, les valeurs qu’elle partage avec les États-Unis d’Amérique [...] La liberté d’expression, j’en ai peur, est en retrait. »

Rappelons que la loi française sur la liberté de la presse de 1881 autorise l’expression de toutes les opinions a priori, mais expose ses auteurs (et les éditeurs) à des recours devant les tribunaux a posteriori. L’offensive de Barrot et de Macron n’a que faire de cet équilibre, qui fut si difficile à trouver. Le sage Alexis de Tocqueville, qui n’avait rien d’un ultra, disait : « En matière de presse, il n'y a certainement pas de milieu entre la servitude et la licence. Pour recueillir les biens inestimables qu'assure la liberté de la presse, il faut savoir se soumettre aux maux inévitables qu'elle fait naître. » Barrot et Macron ne s’embarrassent guère des « maux inévitables ». Ils travaillent à la « mise au pas » du « trésor national ». En avant, marche ! Lorsque les sondages vous renvoient l’image d’un pouvoir impopulaire, affaibli et engagé dans un compte à rebours tragique jusqu'à 2027, un geste d’autorité vous apporte l’illusion que tout vous obéit comme avant. C’est toujours cela de pris.

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Marc Baudriller
Directeur adjoint de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

137 commentaires

  1. Ah le beau démocrate que voilà…. C’est notre Saint Juste de la macronie, notre Fouquier Tinville …. Vive la république socialiste de la gauche française à la sauce Macron !!!

  2. Le gouvernement veut nous faire revenir au moyen âge. Entre la liberté d’expression ou de penser, l’obscurantisme religieux des religions hors Europe, détruire la santé et l’école…a part nous faire régresser, ils ne servent à rien ces ministres!

  3. au derniere nouvelle il est ministre des afaires etrangere pas de l interieur ;;le monde se moque de la france grace a lui

  4. « Il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et sous les couleurs de la justice. »
    Je sais,on l’a souvent employée ces derniers temps cette citation de Montesquieu.
    Mais quitte à en abuser parfois,autant choisir le moment propice pour le faire.

  5. Aristote a dit :  » Seul un esprit éduqué peut comprendre une pensée différente de la sienne sans devoir l’accepter  » …………Bon , ben Barrot , la messe est dite p’tit gars !!!!

  6. Bienvenu en Macronie l’autocratie par excellence . Ce paltoquet veut tout verrouiller . Vivement les prochaines élections que l’on commence a virer tous ces parasites macronistes . Henry de Montherlant a dit :  » Quand la bêtise gouverne , l’intelligence est un délit  » …….La messe est dite .

  7. En 2027, ce cher ministre n’aura aucune difficulté pour se recaser et rejoindre le gouvernement algérien. Ainsi il pourra assouvir son objectif et être associé au muselage des medias et sites d’opposition.

  8. On se demande où se termineront leurs envies de tout réguler, pour un oui ou pour un non. Ils se rendent compte qu’ils perdent la main ou le pouvoir.

  9. Christophe Gleize aurait besoin d’un ministre fort, pour le sortir du trou ! Il s’en occupe quand, notre pourfendeur des réseaux sociaux ?

Commentaires fermés.

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