Les violences dans le périscolaire au cœur de la campagne parisienne
Le 5 octobre 2021, après deux ans et demi de travaux, la CIASE – Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église – remettait son rapport au président de la Conférence des évêques de France. Secouée depuis des années par le scandale des abus sexuels dans l’Église catholique, l’institution assumait pleinement et ouvertement ses responsabilités. On se pose alors la question : pourquoi n’en est-il toujours rien dans l’administration française ? Pourquoi n’y a-t-il pas de « commission d’enquête sur les violences et abus sexuels dans l’école de France » où l’on se contente souvent de déplacer les fautifs ?
Allez donc voir ailleurs, vous y serez mieux
Le projecteur est mis aujourd’hui sur le périscolaire. Dernier scandale en date dans une longue série : la suspension d’un animateur d’une école du 15e arrondissement visé par trois plaintes pour viol sur mineurs. Un parmi tant d’autres, serait-on tenté de dire tant le scandale qui remue la capitale prend de l’ampleur. Cette fois, en effet, il y a circonstance aggravante pour la Ville de Paris puisque ce même individu travaillait jusqu’en décembre dernier à l’école maternelle Saint-Dominique, dans le 7e arrondissement. École dont neuf animateurs du périscolaire ont été suspendus en deux semaines.
Alors que l’affaire couvait depuis des mois, le magazine Cash Investigation, diffusé le 29 janvier sur France 2, a mis le feu aux poudres. Selon les méthodes dont l’émission d’Élise Lucet est coutumière, une journaliste s’est fait recruter en tant qu’animatrice dans l’école en question. Elle y a filmé des images qui ont déchaîné la colère des parents : violences à l’heure de la cantine où l’on crie sur les enfants, menaces de privation de nourriture, et baisers sur la bouche de la part d’une animatrice qui confie son amour fou pour le gamin qu’elle embrasse. Bref, l’affolement a saisi tout le secteur scolaire sachant que cette école accueille également, les mercredis et lors des vacances scolaires, les enfants des écoles proches : l’école Rapp et l’école La Rochefoucauld.
Certains parents, dont on devine l’inquiétude, ont écrit aux autorités de tutelle. « On réclamait d’avoir accès à la manière dont ces agents sont recrutés, tout simplement de savoir avec qui étaient nos enfants, mais nous n’avons pas eu de retour », dit leur avocat au Parisien. Pas étonnant en ce qui concerne le rectorat sachant que le périscolaire relève des services de la mairie et non de l’Éducation nationale.
Sans réponse, donc, 73 parents ont déposé une plainte collective contre X pour « violences volontaires sur mineurs », « mise en danger délibérée d’autrui », « délaissement d’une personne incapable de se protéger », « abstention d’empêcher un crime ou un délit », ou encore « non-dénonciation de mauvais traitements sur mineur ». C’est dans ce cadre que l’animateur évoqué plus haut a été « déplacé » de l’école Saint-Dominique vers l’école maternelle Volontaires, dans le 15e.
Des métiers sous-payés que personne ne veut faire
Depuis 2021, le collectif SOS Périscolaire se charge de recueillir les doléances des parents. Elles sont nombreuses et reflètent, là aussi, l’extrême fragilité de notre société. À raison, mais aussi parfois à tort, les plaintes se succèdent et l’institution ouvre grand le parapluie. Depuis 2023, la mairie de Paris a suspendu 52 animateurs du périscolaire et des centres de loisir pour des faits d’agression sexuelle. S’y ajoutent les dénonciations pour « maltraitance », une notion parfois très floue, là encore, puisqu’on y inclut ce qu’en d’autres temps on aurait simplement qualifié d’autorité ou de sévérité.
Peu de plaintes sont en réalité suivies de condamnations, or tout signalement de fait à caractère sexuel visant un animateur est automatiquement transmis au procureur de la République, conformément à l’article 40 du Code de procédure pénale. La personne visée est automatiquement suspendue le temps de l’enquête administrative et pénale, si toutefois elle se justifie. En 2025, sur 30 suspensions, deux affaires seulement ont abouti devant le tribunal.
La Ville de Paris dit appliquer le principe de précaution, interdisant à quiconque fait l’objet d’un signalement, justifié ou non, de travailler avec les enfants. « Il aura la possibilité s’il s’agit d’un fonctionnaire ou d’un contractuel d’être " recasé" à un autre poste », nous dit-on. C’est oublier que la plupart sont vacataires, c’est-à-dire sans contrat de durée, donc sans rémunération en cas de maladie par exemple, sans congés payés et sans chômage.
Lorsque le collectif SOS Périscolaire écrit, à juste titre : « Les menaces, cris, intimidations et violences physiques sont monnaie courante, il faut que l’animation redevienne un métier avec du personnel formé et protecteur », il devrait ajouter : alors il faut le payer décemment !
La pénurie de personnel d’animation est un problème dans chaque commune et tant qu’on n’appliquera pas à ces métiers le droit du travail commun, la situation perdurera. Les journées d’un animateur sont morcelées entre l’accueil du matin (7h30-8h30), du midi (11h30-13h30) et du soir (16h30-18h). Il faut gérer les enfants de la maternelle jusqu’à la fin du primaire avec des problèmes qui sont souvent identiques à ceux que rencontrent nos enseignants, pression des familles et quelquefois menaces comprises. Cela pour un taux horaire qui est au niveau le plus bas du SMIC et d’énormes responsabilités – pénales ! – pour le personnel d’encadrement. Faute de réformes sérieuses, le périscolaire illustre crûment l’incapacité du système éducatif à protéger ceux dont il a la charge.
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2 commentaires
Les pédophiles vont toujours vers des métiers où il y a des enfants, c’est pour cela que le recrutement doit être drastique, le nombre de récidivistes à Paris est éloquent ce qui laisse à penser quand au recrutement (bouches à oreilles..)
Je ne vois pas pourquoi ce qui est vrai à Paris ne le serait pas dans les autres grandes villes. Le groupe Ebra et France bleu n’ont pas manqué d’aller traquer la moindre suspicion dans toutes les écoles catholiques au moment de l’affaire Bettharam, bizarrement ils sont moins véloces à profiter de l’affaire des animateurs parisiens pour « enquêter » sur toutes les crèches et périscolaires publics.