Les professionnels du permis de conduire en grève contre la pénurie d’inspecteurs

Les dysfonctionnements du système sont négligés alors que le permis est souvent indispensable pour pouvoir travailler.
L'opération escargot des auto-écoles sur le périphérique parisien le 29 septembre. Capture écran Le Parisien
L'opération escargot des auto-écoles sur le périphérique parisien le 29 septembre. Capture écran Le Parisien

Lundi 29 septembre, plusieurs centaines de voitures d'auto-écoles ont effectué des opérations escargot sur le périphérique parisien, avant de stationner place de la Nation puis de se disperser, une fois obtenu un rendez-vous, mardi 30, avec François-Noël Buffet, ministre démissionnaire auprès du ministre démissionnaire de l’Intérieur. Des manifestions ont aussi eu lieu dans plusieurs autres villes. Ce mouvement de grève est organisé par une intersyndicale regroupant les organisations de gérants d'auto-écoles UNIC, UNIDEC et Mobilians. Fait inédit, ils ont été rejoints dans leur action par de nombreux inspecteurs du permis de conduire, avec qui ils partagent leur principale revendication : une augmentation du nombre d’inspecteurs. Tous justifient cette demande par la nécessité d’inverser la tendance à l’allongement des délais de passage de l’examen de conduite pour les candidats au permis de conduire, qui atteindraient les huit mois dans les plus grandes villes et en Île-de-France. En cause, un nombre d’inscriptions qui a augmenté sensiblement sur les dernières années et qui ne s’est pas accompagné d’un recrutement proportionnel d’inspecteurs.

Une pénurie d'inspecteurs

Pour Philippe Destarkeet, secrétaire général du syndicat d'inspecteurs SNICA-FO, il y avait « moins de 1.500 inspecteurs en France pour près de 1,4 million d’élèves en 2023 ». Et alors que les effectifs d’inspecteurs seraient restés quasiment stables (15 postes créés en 2023 et 38 en 2024), « les inscriptions au permis ont augmenté de 15 % depuis 2019 ». Mais il convient d’ajouter à cela, comme le fait justement remarquer la société d’auto-écoles Forma’Est, « l’abaissement de l’âge minimum de passage du permis de conduire à 17 ans depuis le 1er janvier 2024 ». Cette loi, très démagogique et à forts relents électoralistes (un jeune, ça vote aussi), voulue par Élisabeth Borne (alors à Matignon) en 2023, s’avère être un véritable « cadeau » empoisonné, qui n’a fait qu’amplifier le phénomène.

Aujourd’hui, les professionnels du secteur demandent l'embauche par l’État de 150 à 200 inspecteurs (des fonctionnaires) supplémentaires. De son côté, leur ministre de tutelle rappelle qu’il avait engagé dès cet été (avant d’être démissionnaire, donc), un plan d’action comprenant des « mesures immédiates pour résorber la tension ». Il y prévoyait l’inscription, au projet de loi de finance 2026, le recrutement et la formation de 108 inspecteurs et la création de 10 postes supplémentaires d’inspecteurs. Concrètement, cela devait déboucher sur l’« arrivée en poste de 49 inspecteurs stagiaires dès fin septembre, la formation de 32 inspecteurs stagiaires, opérationnels à la mi-janvier 2026, puis de 27 lauréats d’un second concours exceptionnel en novembre, opérationnels à partir de mai 2026 ». Ces embauches permettraient la « création de 80.000 places d’examen supplémentaires, d’ici fin 2025 ».

Le permis, un outil anti-chômage

Interrogé récemment par BV, Pierre Chasseray, délégué général de 40 millions d’automobilistes, disait comprendre les attentes des professionnels. « Il n'y a pas assez d'inspecteurs », constatait-il, ajoutant que « des efforts ont été faits. C’est très bien, mais insuffisant ». « Je ne comprends pas cette gestion budgétaire qui fait qu'en France, aujourd'hui, on nous dit sur tous les sujets qu'il n'y a pas d’argent. » Par ailleurs, « il faut arrêter d'écouter les hurluberlus qui ont vu le quinoa pousser à Lourdes », poursuivait-il, faisant allusion au discours écologiste tendant à faire croire que les jeunes refusent la voiture et ne veulent donc plus passer leur permis. « Les jeunes ont besoin du permis pour être mobiles et pour pouvoir travailler. Ce doit être une priorité nationale, ne serait-ce que parce c’est une condition de l’emploi dans la plupart des cas », argumentait-il, estimant que « le court-termisme budgétaire est contre-productif, car un chômeur coûte très vite plus cher qu’un permis de conduire. Il faut aider la France qui veut bosser. »

Pour Jean-Baptiste, inspecteur du permis de conduire, qui s’est confié à BV, « se focaliser sur la seule pénurie d’inspecteurs, c’est entrer dans un faux débat ». S’il convient de l’utilité d’une embauche permettant de rattraper le déséquilibre actuel entre les inscrits et les inspecteurs, il fait remarquer que « la situation est très contrastée en fonction des lieux de passage du permis ». Inspecteur en Normandie, il n’y « constate pas de délais problématiques, avec une moyenne d’environ deux mois. Là où cela se complique, c’est dans les métropoles, et surtout en Île-de-France ». Par ailleurs, « il ne sert à rien d’augmenter inconsidérément le nombre d’inspecteurs alors qu’il y a aujourd’hui dans de nombreux endroits une pénurie d'enseignants de la conduite qui ne permet plus de fournir les heures nécessaires pour que les candidats soient prêts pour réussir leur examen », fait-il remarquer. Ancien enseignant en auto-école lui-même, il a pu constater que « c'est un métier qui n’est plus vraiment intéressant, et qui ne recrute donc plus guère ».

Dans l’équation du système de passage du permis de conduire, la question économique est un point essentiel, car un permis coûte cher, trop cher même pour nombre de jeunes, qui ont besoin d’un permis pour trouver un travail, et d’un travail pour financer leur permis. Une véritable quadrature du cercle. Dans la majorité des cas, ce coût est pris en charge par la famille. Et Pierre Chasseray proposait donc « que l’on permette aux nombreux parents ayant accumulé un capital sur leur compte personnel de formation (CPF) dont ils n’ont pas besoin d’en faire profiter pour partie leurs enfants ayant besoin de passer leur permis de conduire ». Cette proposition, pour le moins originale, est-elle techniquement viable ? Voilà qui mériterait d'être examiné.

Vos commentaires

7 commentaires

  1. Encore un faux problème engendré par des syndicats de la fonction publique qui n’ont que faire du bien commun. Car, même les nuls en calcul devraient comprendre qu’il ne s’agit pas d’un problème d’effectif. En effet, même en arrondissant largement, cela fait 5 personnes par jour et par inspecteur. Que font-ils en dehors de 2 heures 30 de passage de l’examen ?… Il est vrai que pour un fonctionnaire c’est déjà pas mal.

  2. On manque d’inspecteurs et de moniteurs auto école et MACRON nous « pond » le permis à 17 ans !!!!
    Ni fait, ni à faire comme toujours

  3. La pénurie d’inspecteurs n’est pas nouvelle. Quand Jacques Chirac a supprimé le service national obligatoire, il fallait déjà comprendre et prendre en compte qu’une partie des jeunes appelés qui obtenaient leur permis à l’armée allaient devoir passer par les auto écoles et donc les inspecteurs pour l’examen.
    Rien n’a été anticipé.
    L’étude démographique permet de savoir de nombreuses années avant les demandes futures de permis de conduire. Rien n’est anticipé.
    Quand à la sélection de certains inspecteurs, on se pose des questions sur les critères de selection. Parfois cela tient plus du Bobo Woke.

  4. Et si une solution était de se passer de la bagnole ? De revenir à une société où le travail était à portée de la marche à pied ou d’un transport public à moins d’une demi-heure ? Ne rêvons pas. Possible aussi de choisir, comme les asiatiques, des transports motorisés à deux roues qui ne nécessitent aucun permis.

  5. Et je les soutiens à fond même si je n’ai pas le permis
    Pour beaucoup ne pas avoir de véhicule peut freiner pour avoir un emploi, quand il faut attendre des mois et donc payer des heures de conduite pour garder le niveau , super chères en plus

  6. Je remarque la bonne gestion des personnels par certaines administration, les services fiscaux notamment. Jamais de grèves ou autres mouvements sociaux, jamais d’oublis dans les prélèvements non plus. Comme quoi, c’est bien une question de volonté.

  7. Nos jeunes ont absolument besoin du permis pour travailler..Ah OK je découvre que nos 4 ou 5 millions de chomeurs de moins de 25 ans ne bossent pas parcequ’ils n’ont pas le permis ..ce n’est donc pas par feignantise ,manque d’ambition,sur protection des parents,manque de qualification ou échec scolaire.. sans parler evidemment de feu qui conduisent des mercedes de location a 17 ans sans permis..d’ailleurs c’est pour lutter contre le chômage que nos « zelites » énarques ont avaisseck »?’age du permis a 17 ans mettant sur la route des  » jeunes » dont maturite est celle d’une moule laissée au soleil..

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