Le patou, gardien de troupeau et nouvel ennemi du citadin en vacances
Écolo entre tous, le citadin rêve de campagne, de mer et de montagne. Ses semaines de vacances, il veut les vivre sainement, au cœur de la nature. D’abord, il lui faut de bonnes grosses nuits, et pas question d’être réveillé aux aurores par le chant du coq. Il aime aussi à faire la sieste, alors il voudrait faire taire les cigales qui lui vrillent les oreilles. Il va à la mairie demander si l’on ne peut pas tourner le bouton et remettre le son à l’heure de l’apéro, parce que les cigales, hein, c’est juste pour accompagner le pastis. Sinon… un épandage d’insecticide ?
Le bobo des villes veut aussi manger bio. Il va au marché avec son petit chapeau, voir son petit producteur qui fait des petits légumes, mais il voudrait qu’il retourne son champ avec un araire à l’ancienne, pas un tracteur. Ça plairait tellement aux enfants, et puis c’est moins bruyant. Il faudrait aussi décrotter les vaches, parce que ça sent moyen… leur apprendre à faire popo, peut-être, parce que la bouse, pardon... Une grosse litière, ça serait pas une idée ?
La nature doit pouvoir se consommer tranquille
Quand il va à la montagne, le bobo des villes veut pouvoir être tranquille sur les sentiers. Il veut pouvoir contempler en paix la chèvre de Monsieur Seguin et montrer aux enfants les blanches brebis qui paissent dans les alpages. Le soir, il leur racontera l’histoire du loup qui fait « hou hou » et que les sans-dents avaient chassé de son milieu. Mais voilà, pour garder les troupeaux contre le pauvre loup qui fait « hou hou », les bergers ont dû acheter des chiens. Et c’est là qu’apparaît le nouvel ennemi du bobo des villes : le patou.
Il est beau, le patou. Ce berger des Pyrénées est un bon gros géant que les petits enfants d’hier ont découvert au cinéma, dans Belle et Sébastien, d’abord série télévisée, puis film à succès. Chien de troupeau par excellence, compte tenu de son impressionnant gabarit, c’est une race très ancienne, bien française, originaire des Pyrénées centrales. Selon les données de la Fédération cynologique internationale (FCI), une femelle pèse de 50 à 59 kg et mesure de 65 à 75 cm au garrot. Un mâle, lui, peut peser jusqu'à 64 kg et affiche 80 cm au garrot. Très belle bête, donc, avec un long poil blanc, bien épais, et une bonne bouille de gentil compagnon sous ses petites oreilles en pointe.
On vante d’ailleurs ses mérites comme « compagnon parfait pour les familles avec enfants ». Cela, parce que l’animal est placide, « calme et équilibré » et surtout extrêmement protecteur. Ajoutons à cela qu’il est intelligent, courageux, qu’il apprend très vite, et l’on comprend pourquoi, avec sa stature impressionnante, le patou est, depuis des siècles, le chien de troupeau par excellence.
Mais voilà, les extraordinaires qualités que nous venons d’énoncer font que le berger des Pyrénées colle une trouille bleue aux randonneurs du dimanche. Comme titre Le Dauphiné libéré : « En randonnée, croiser les patous est devenu “anxiogène“ ».
Après le loup, le patou
Pire que le loup aux grandes dents qui croquait le Chaperon rouge, on entend circuler d’horribles histoires de randonneurs mordus. À quoi une internaute qui connaît la chanson répond, rigolarde, sur la page Facebook du journal : « Personne ne s'est fait attaquer. Menacé, pincé, poursuivi, peut-être, mais pas attaqué ! Le jour où quelqu'un se fera réellement attaquer par des patous, on en entendra parler aux infos, parce qu'il ne restera pas grand-chose de la personne... Utilisons les bons mots pour commencer, les patous menacent, pincent parfois... C'est tout. » Exact. Le patou fait sa job, comme disent les Québécois, et sa job est impressionnante, pour ceux qui ne connaissent que le petit toutou qu’on emmène au toilettage et promène de plus en plus souvent en poussette.
Ce sont d’ailleurs les échanges des internautes qui permettent de cerner au mieux la question. Pour un allumé, très fâché avec l’orthographe, qui écrit « Vous mettez des animaux dangereux (et qui embetes franchement tout le monde autent etre directe) sans que les bergers puissent avoir un réel controle dessus. Il serai bien que l’état fasse passer cette race de chien en categorie 1 (sic) », la plupart soulignent que le problème n’est pas le patou mais bien le loup. « Il faut revenir à la source du problème : c’est le loup, et c’est les citadins qui le veulent », lit-on, dans les commentaires du Dauphiné libéré. « Les bergers se passeraient bien des patous, de ces milliers de kilomètres de flexinet [clôture] et du travail infini supplémentaire, pour ne pas voir décimer le troupeau. La cohabitation avec les prédateurs, c’est beaucoup plus compliqué que les bobos écolos le croient. »
Un autre souligne que « le problème en montagne, c’est qu’il y a bientôt plus de chiens [de compagnie, NDLR] que de randonneurs ! On voit des familles avec 2 ou 3 chiens, et pour les chiens de protection, c’est autant de prédateurs possibles. De plus, lorsqu’ils subissent des attaques de loups, le stress les rend plus agressifs. »
Un peu de bon sens…
Consciente de la difficulté qu’il y a, désormais, à faire cohabiter l’élevage en estive et le tourisme, la Fédération française de randonnée (FFR) édite pour la deuxième année consécutive une carte (MapPatou) qui recense les alpages où les chiens patous sont présents pour protéger les troupeaux face à la prédation du loup. Elle est consultable en ligne et via plusieurs applications comme IGNrando et Visorando.
Et, bien sûr, on vous renseigne sur la conduite à adopter si vous croisez l’un de ces gros chiens blancs : signaler sa présence le plus rapidement possible et contourner au mieux le troupeau, s'arrêter si le chien s'approche sans geste brusque et ne pas fixer l'animal dans les yeux, et faire demi-tour si la situation ne se débloque pas.
Reste que si la présence des patous est aujourd’hui un élément à prendre en compte quand on prépare sa randonnée, « la nature est imprévisible » et les sentiers de montagne ne sont pas les allées d’un supermarché. Un internaute l’écrit avec bon sens : « Le pastoralisme est un acte d'intérêt général, les randonneurs, c'est juste du loisir... Vous avez voulu des loups, vous avez des patous. Si ça ne vous va pas, vous restez chez vous ! » Ça rime, comme dans une fable qui s'appellerait... Le Bobo, le Loup et le Patou.
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93 commentaires
On mélange un peut tout de mauvaise foi dans cet article. Je comprends l’histoire du loup et du Patou et je ne suis pas boboécolo.
Un touriste n’est pas un génie et dit beaucoup de bêtises on s’en doutait, mais les élus LR aussi mangent du bio et je vous rappelle qu’on entend jamais les agriculteurs bio qui font un travail utile, remarquable et difficile.
Continuez à manger des pesticides. C’est bon pour la santé!
Quant on nous vante que le patou est un animal intelligent, j’ai de sérieux doutes. S’il était réellement intelligent, du fait qu’il a été élevé pour protéger les moutons, il ne s’attaquerait pas à l’homme. Il a tendance à confondre homme et loup! Pas mal. Un animal intelligent, comme un chien de chasse dressé, ne poursuit que le gibier pour lequel il a été dressé, et c’est tout. Donc, les patous sont des chiens grossiers, peu intelligents, un peu bêbêtes pour s’attaquer à des promeneurs qui ne lui demandent rien. Quant aux bobos parisiens, ils peuvent toujours aller se promener le long de la Seine pour se baigner comme leur maire. Il n’y a pas de loup dans l’eau, ni de patou. Avec l’argent qu’on leur a mis, l’eau doit avoir le gout du ricard!
Les pinsutos qui ne comprennent même plus la nature et qu’ils veulent la wokiser.
Le loup (l’ours), le bobo urbain, et l’écolo-LFI sont les vrais prédateurs de la campagne française. Le jour où on sera débarrassé de ces engeances, on respirera mieux.
Excellent! Les patous font leur boulot,et pour eux quiconque s’approche trop près du troupeau est considéré comme prédateur.. A repos ils sont adorables,aiment les enfants et son très fidèles.. Au sujet des enfants..les Patous sont très sensibles aux bruits générés par les urbains..cris d’enfants mal élevés aboiements de chiens des villes heureux eux, de goûter aux joies de la nature mais parfois suspectes comme » ennemis » par les gardiens de troupeaux..Oui la nature appartient à tous..mais surtout aux » locaux »
Qui la preservent et la respectent…
Mieux vaudrait s’occuper de réduire la population des chats, qu’ils soient domestiques ou errants. Ils tuent en effet près de 80 millions d’oiseaux par an en France. On se heurterait cependant à la sensibilité de la population.
Traiter le problème ne serait donc pas « porteur », comme on dit.
Excellent! Les patous font leur boulot,et pour eux quiconque s’approche trop près du troupeau est considéré comme prédateur.. A repos ils sont adorables,aiment les enfants et son très fidèles.. Au sujet des enfants..les Patous sont très sensibles aux bruits générés par les urbains..cris d’enfants mal élevés aboiements de chiens des villes heureux eux, de goûter aux joies de la nature mais parfois suspectes comme » ennemis » par les gardiens de troupeaux..Oui la nature appartient à tous..mais surtout aux » locaux »
Qui la preservent et la respectent…
Encore une « image » de la réalité bien plus complexe. Les premiers prédateurs sont les humains.
Ma première rencontre avec un patou remonte à une vingtaine d’années en arrière, j’étais sur un sentier de montagne, je redescendais, donc impossible de faire demi-tour.
A plusieurs centaines de mètres je vois un gros clébard sur le sentier qui aboie, tout seul, rien autour. Je trouve ça bizarre et je continue en me demandant après quoi (ou qui) ce chien pouvait bien aboyer. En avançant, j’ai compris que c’était après moi ! J’ai glissé une grosse pierre dans mon chapeau en guise d’arme improvisée et j’ai coupé les lacets en descendant sur les fesses. Je n’ai jamais compris ce que ce chien solitaire faisait à cet endroit, mais il ne m’a pas poursuivi.
Comme je retourne au même endroit depuis plus de 20 ans, j’ai vu le nombre de patous augmenter d’année en année, ils sont aujourd’hui inévitables, ou presque.
Bon, un patou, c’est gros et c’est con, mais j’avoue que j’ai appris à mieux le connaître. Le patou, c’est le genre de clebs qui vous aboie dessus quand vous êtes sur la rive droite d’un torrent, qu’il se trouve sur la rive gauche à 1 km et qu’une gorge infranchissable vous sépare de lui ! Ne cherchez pas à comprendre, le patou fonctionne ainsi.
Le patou n’est pas un chien ordinaire, c’est gros, c’est impressionnant, mais c’est tout. Jamais un patou ne vous coursera pour vous mordre, il n’est pas agressif par essence, il se considère comme un membre du troupeau qu’il protégera quoi qu’il arrive. Toute présence est considérée comme un menace potentielle, homme ou bête. C’est votre conduite qui déterminera la sienne.
D’abord, on ne fait pas un selfie avec un patou (très mauvaise idée !), on ne le caresse pas, on ne va pas au contact et surtout on ne s’approche pas des bêtes dont il à la garde. On ne court pas non plus (c’est valable pour tous les chiens), en cas de face à face (ça peut arriver en terrain accidenté), on s’immobilise et on laisse le chien vous renifler. Vous avez peur ? C’est très bien ! Le patou le sentira et ça le rassurera sur vos intentions, car ce n’est pas l’attitude d’un prédateur. Pas de gestes brusques, pas de cris, votre présence le stresse, il faut que la tension retombe, s’il ne vous identifie pas comme un prédateur, vous pourrez partir … en sens inverse. Après, les patous, c’est un peu comme les humains, il y en a des plus sympas que d’autres. Son seul but, c’est de signaler sa présence, de signaler qu’ils vous a repéré et qu’il ne veut pas vous voir approcher, quand vous avez compris ça, vous avez tout compris ou presque. Un patou agit un peu comme un policier qui vous interpelle pour un contrôle d’identité, si vous vous arrêtez, que vous êtes courtois et que vous présentez vos papiers, ça se passe bien, si vous mettez un coup au policier et que vous vous sauvez en courant, ça se passe forcément moins bien. C’est du bon sens.
Certains accidents avec des estivants, sont parfois liés à l’affluence touristique. Quand un patou voit deux randonneurs par jour, il est plus détendu qu’un chien qui verra des dizaines de touristes bruyants, parfois avec des chiens (là ça devient compliqué, parce que le chien est reconnu comme un prédateur) et souvent avec des comportements inadaptés (cris, comportements agressifs, etc.) En gros le patou fait un burn out et finit par mordre n’importe qui.
On devrait leur suggérer une transhumance à l’envers, c’est-à-dire case départ comme au monopoly. Autrement dit, si les bobos ne sont pas contents qu’ils restent chez eux. Vive la nature ! La vraie.
Tout à fait en accord avec votre propos. Que les bobos écolos restent dans leurs villes ultra polluées , qu’ils ne viennent pas nous voler l’oxygène de nos campagnes .
La réintroduction du loup a été une terrible erreur. Dans le monde, les loups ne sont pas une espèce menacée.
Le loup n’a pas été ré-introduit, il n’a fait que reprendre un espace qui été le sien.
Tous ces bobos devraient passer leurs vacances dans des cliniques aseptisées
Et encore, il trouveraient à critiquer.
la plupart soulignent que le problème n’est pas le patou mais bien le loup. Il n’y a pas que le loup comme problème, ou alors à deux pattes.
J’ai beaucoup aimé votre fable ! Merci ! :-)
Le loup, l’ours et le bobo des villes :3 prédateurs de la paysannerie Française
Bien dit
Il faut arrêter avec cette caricature du bobo des villes qui ne supportent pas la réalité de la campagne. Habitant en rase campagne, je constate que ceux qui se plaignent le plus sont les gens du cru qui ne supportent pas de voir des tracteurs sur les chemins ruraux, d’entendre le coq du voisin ou d’entendre les crapauds coasser dans une mare. Le problème, c’est que un nombre grandissant de ruraux rêvent de vivre à la campagne comme on vit en ville.
Remarque d’un bobo … car dans les mares ce sont des grenouilles , ou les têtards … car les crapauds sont terrestres … éviter de faire votre la phrase du grand P Desproges …
Où est la caricature? Ce sont les néo-campagnards qui vous donnent cette impression.
cela m’épaterait que les « gens du cru » (donc les campagnards) se plaignent des crapauds coassant dans une mare. Car, certes, il a des crapauds près des mares (pas dedans) car il a besoin d’humidité et les têtards ont besoin d’eau (là oui, la mare est importante, voire une flaque d’eau ou une bassine avec de l’eau, cela nous st arrivé dans notre jardin).
mais ce sont surtout les grenouilles qui sont dans les mares et elles s’en donnent à cœur joie surtout pendant la période des amours.
Merveilleusement bien vu, bien dit .