[LE GÉNIE FRANÇAIS] Saint-Gobain, ou quand le sable devient lumière
Novembre 1665. C’est dans le secret d’un village picard, perdu au milieu des forêts, que naît ce qui deviendra la plus ancienne entreprise de France. Une naissance volontairement discrète mais appelée à un destin immense : transformer du sable en verre par le pouvoir du feu, une réussite devenue l’un des grands symboles du génie national.
Le premier espionnage industriel
Colbert, illustre ministre de Louis XIV, veut affirmer la puissance économique du royaume. Le luxe n’est pas une frivolité pour lui, c’est une arme politique et financière. Or, au XVIIe siècle, le miroir est l’objet à la mode très convoité dans toute l’Europe. Mais un objet rare, car sa commercialisation est monopolisée par Murano, près de Venise, dont les maîtres verriers savent souffler et polir le verre à la perfection. Ils gardent jalousement leur secret de fabrication, qui serait en réalité un héritage lorrain. Sur l’île, on surveille les ouvriers : la trahison est punie de mort, et leurs familles promises à l’emprisonnement.
Perdu au milieu d’un massif forestier
La France, elle, envoie des espions se glisser dans les canaux, dissimulés dans des barques où ils prennent des notes au clair de lune. Le savoir-faire vénitien devient une affaire d’État.
Colbert décide alors d’installer sa manufacture loin des tentations d’ingérence dans ce village qui s’appelle… Saint-Gobain. Ce bourg, perdu au milieu d’un massif forestier, offre le combustible nécessaire aux fours, et la proximité de l’Oise permet d’acheminer les glaces vers Paris par bateau.
Malgré la surveillance, quelques verriers de Murano s’échappent pour gagner la France. Colbert, par ses émissaires, a promis privilèges, revenus et autres récompenses.
Après des débuts difficiles, l’événement : la galerie des Glaces
L’entreprise du ministre français connaît des débuts difficiles. De ses fours gigantesques sortent des miroirs ternes, fendus, capricieux. Mais la patience des maîtres verriers triomphe : en véritables alchimistes, ils finissent par produire un verre digne des palais royaux. Louis XIV, venu voir la fournaise, aurait murmuré : « Faites que le verre nous rende le ciel ! »
Fabriquer un miroir exige un verre d’une pureté parfaite, d’une planéité absolue et d'un étamage précis, lequel consiste à appliquer une couche d’étain sur une pièce métallique au dos du miroir.
La manufacture de Saint-Gobain fournit les miroirs pour la galerie des Glaces de Versailles. Le succès est total, le roi s’y reflète et la manufacture devient un bel exemple du savoir-faire français.
Et le miroir français traverse l’Europe
Au XVIIIe siècle, les glaces traversent l’Europe et ornent palais, cours et hôtels particuliers. Les ateliers innovent, rêvent en plus grand, en plus lumineux.
Au XIXe siècle, Saint-Gobain devient une puissance industrielle. Les gares, les verrières, les bâtiments publics réclament toujours plus de verre. Les maîtres verriers se confrontent à des fours devenus monstres d’acier. Par leur dextérité se forge la légende.
Au XXe siècle, l’entreprise se diversifie : verre automobile, aviation, architecture moderne. Les premières façades de verre ouvrent la ville à la lumière.
Par la soude nécessaire à son art, Saint-Gobain glisse vers la chimie, les engrais, puis les matériaux de construction. Le destin s’élargit.
Cependant, à la fin des années 1960, son cours à la Bourse est au plus bas. Personne n’imagine, à ce moment-là, que l’entreprise va rebondir grâce à sa fusion avec le spécialiste de la fonte : Pont-à-Mousson.
Du Roi-Soleil à la planète Mars
Le XXIe siècle ouvre une dimension nouvelle. L’aérospatiale fait appel au savoir-faire français : des miroirs ultraprécis pour les satellites, télescopes et missions martiennes. Curiosity, le robot de la NASA arrivé sur Mars en 2012, est doté de miroirs conçus en France pour analyser la lumière des planètes. Le verre de Louis XIV explore désormais l’espace.
Avec Pont-à-Mousson, l’heureux mariage devient un empire présent dans 70 pays avec 160.000 salariés. C’est le premier producteur au monde de verre et de matériaux de construction.
Ainsi, 360 ans plus tard, l’esprit de Colbert, étonnamment, n’a rien perdu de son actualité. L’artisanat et l’industrie du luxe restent un pilier national. Le milliardaire Bernard Arnault, avec LVMH, n’est-il pas le premier contributeur fiscal et le plus grand employeur privé de France, ayant créé 39.000 emplois en 2024 ? Merci, les riches !
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4 commentaires
En premier lieu, remercier BV de ses efforts destinés à diversifier ses publications. Un peu d’air frais soulage. Qui plus est, l’information ne se limite pas aux « choses » de la politique. Ce qui fait la grandeur de la France mérite bien quelques articles enrichissants. Merci. Cnews ferait bien de s’inspirer de cette heureuse initiative.
Pour en venir à St Gobain. De mémoire, le site se visitait. On y découvre notamment les lignes de fabrication de la laine de verre, impressionnantes, monumentales, le coté industriel à coté de la fabrication des vitrages et verre de table, bouteilles.
Mais ce qui n’est pas à négliger, l’aspect paternaliste qui a régné entre ces murs pendant des décennies. Sur site on trouve encore un magnifique immeuble qui ressemble à Fort Boyard en plus vaste . Un immense espace intérieur paysagé. Un immeuble réservé au personnel de l’entreprise, qui intégrait à l’époque toutes les commodités indispensables à la vie : commerces, laveries, école si j’ai bonne mémoire. Si elle est toujours possible, tentez cette visite, vous ne serez pas déçus.
Le verre de Saint Gobain, c’est bien. Mais si vous parliez aussi de mon ami Xavier FONTANET, qui, après avoir fait de Bénéteau le leader mondial de la navigation de plaisance, a révolutionné Essilor, le portant à 70 % du marché mondial du verre ophtalmique (de Loctudy, je distingue, sur les Iles Glénan, la plage de sable blanc du couvert végétal, à 20 km de distance), devenant le bras droit de Lee Kuan Yew (en 1962, l’Algérie et Singapour avaient le même PIB), et développant aujourd’hui des lunettes dopées à l’intelligence artificielle. Enfin, une capitalisation supérieure à celle de Total. Quant à la gestion humaine, lisez: » Les 12 clés de la stratégie « .
Je suis myope comme une taupe (mois onze dioptries), ceci depuis mon enfance, et maintenant, assez âgée pour être presbyte (sans faute d’orthographe, hihihi)
J’avais des verres Essilor , j’ignorais d’ailleurs qu’il y en avait d’autres, et je devais aller chez l’opticien plusieurs fois pour un, réglage, sans toute fois être à l’aise avec mes lunettes .
Un jour, mon opticien me propose des verres Nikon . Et là, miracle = pas besoin de réglages inutiles et une vue claire et précise.
Jamais je reprendrai des verres essilors.
Il y avait plus ancien de près de 300 ans en Rhône-Alpes plus précisément à Apprieu en Isère : les Aciéries de Bonpertuis, vieilles de 600 ans, placées en liquidation judiciaire fin octobre dernier.