[LE GÉNIE FRANÇAIS] Louis Vuitton, SDF et créateur de la malle à coucher dehors
Comment cet homme parti de rien, courageux et visionnaire, réinvente le bagage et fait fortune en donnant son nom au plus grand groupe de luxe du monde.
La marque Louis Vuitton est actuellement numéro un en France, valorisée en 2024 à 30 milliards d’euros, devant Chanel et Hermès, mais aussi devant des entreprises comme Orange, Total, Axa, Airbus. Elle le doit au génie dont elle porte le nom.
Né pauvre en 1821 près d’un moulin, à Anchay, dans la région boisée du Jura, de parents artisans meuniers et menuisiers, Louis Vuitton apprend très tôt à travailler de ses mains. L’enfant perd sa mère à l’âge de dix ans, ce qui le marquera, mais l’endurcira aussi. Son père étant remarié à une femme autoritaire et manipulatrice qu’il ne supporte pas, Louis quitte la maison à treize ans sans un sou en poche.
Son intuition le pousse à se diriger vers Paris à pied (à 400 kilomètres), qu’il n’atteindra que trois ans plus tard. En attendant, il marche, dort sous les ponts et propose ses services, ici et là. Il a envie d’abandonner, mais une voix intérieure le pousse à continuer.
Apprenti malletier, sa dextérité fascine l’impératrice
Il a seize ans quand il rejoint la capitale et se fait embaucher comme apprenti chez Monsieur Maréchal, un fabricant déjà renommé pour ses cartons, emballages et malles sur mesure destinées à une clientèle fortunée. Louis est chargé d’emballer les affaires du client à domicile pour que les effets les plus fragiles puissent voyager sans dommage.
Une jolie comtesse espagnole, Eugénie de Montijo, épouse de Napoléon III, tombe en admiration devant l’habileté des mains du jeune homme. À quelque chose, malheur est bon. Les années d’errance de Louis Vuitton ont développé sa débrouillardise, son sens aigu de l’observation et son talent de visionnaire. L’impératrice l’engage pour son compte personnel. Il est désormais chargé de fabriquer ses bagages.
Nous sommes en pleine révolution industrielle. C’est aussi l’époque du chemin de fer, du bateau à vapeur et du voyage pour les classes aisées. Et Louis sait en profiter pour garnir son carnet d’adresses. Il rencontre sa future femme, Clémence-Émilie, et grâce à sa dot, il s’émancipe de son patron pour ouvrir, près de la place Vendôme, sa propre boutique, qui porte son nom et où le Tout-Paris afflue.
Observation, imagination et bon sens
1854. Louis corrige déjà les défauts majeurs des bagages existants : il remplace le revêtement en cuir des malles et leurs couvercles (arrondis, pour laisser couler la pluie) par de la toile, plus légère, plus imperméable et plus résistante à l’eau ; et il donne aux malles un sommet plat qui permet de les empiler. Il crée, également, la première serrure inviolable, toujours opérationnelle aujourd’hui, puis un catalogue pour que les clients puissent choisir les articles avant de les fabriquer et de les envoyer. Le succès est éclatant. L’entreprise prospère et, quelques années après, il emploie vingt salariés et ouvre un atelier plus grand à l’extérieur de Paris, dans le village d’Asnières, profitant ainsi du transport fluvial de la Seine. Il y fait construire sa résidence familiale, qui deviendra le musée Louis-Vuitton. Mais la guerre franco-prussienne de 1870 éclate et tout le monde fuit. Louis retrouvera le village et l’entreprise en ruine.
La malle Brazza… à coucher dehors
Le génial artisan ne se laisse jamais décourager. Dès 1872, avec ses économies, il reconstruit son atelier à Paris, près du prestigieux cercle aristocratique, le Jockey-Club, et présente un nouveau modèle en toile beige à rayures rouges. Louis invente, crée et fabrique toutes sortes de coffres de voyage, de bagages et de sacs personnalisés pour les grands de ce monde : têtes couronnées ou célébrités dont les besoins sont variés. Le tsar Alexandre II de Russie est aussi « emballé » qu'Alphonse XII d’Espagne. L’explorateur du Congo, Pierre Savorgnan de Brazza, le fondateur de Brazzaville, aura sa malle qui se transforme en lit. La marque remporte la médaille d'or de l'Exposition universelle de 1889. Les stars de Hollywood seront, à leur tour, sous le charme. Depuis 150 ans, le pouvoir de séduction demeure intact.
Une centaine de malles légendaires
L’immense Sacha Guitry dira avec humour, en présentant une de ses conquêtes féminines à Gaston Vuitton (petit-fils de Louis, mort en 1892) : « Voici l'homme qui m'a fait le plus de mal(les) au monde. » On passe aux Vuitton les commandes les plus excentriques : la malle chirurgicale, la malle libraire ou secrétaire, la malle dressing de vingt paires de chaussures pour Greta Garbo… Dans les années 1960, Audrey Hepburn réclamera un sac à main à sa taille, qui demeure tendance : le Speedy 25. Etc.
Le design Louis Vuitton est si séduisant que les copies et contrefaçons prolifèrent depuis le début. La toile à damier beige et brun de l’époque était trop facile à copier. À la mort de Louis, son fils Georges crée, en 1895, le célèbre monogramme « LV » des sacs Louis Vuitton dont le succès dure aujourd’hui.

©Commons
L'histoire du monogramme et du logo Louis Vuitton
Utilisé dès le Moyen Âge par la noblesse et le clergé, un monogramme sert à identifier une personne ou une institution. Sur un acte ou un contrat, il a une valeur juridique, comme un sceau. Georges Vuitton conçoit donc une toile avec un motif géométrique composé de fleurs et de lettres stylisées reprenant les initiales LV. Et va faire connaître la marque à l’étranger en ouvrant des boutiques à Londres, New York, Philadelphie et Tokyo. Aujourd’hui, 9.000 personnes travaillent dans plus de 450 magasins à travers le monde. L’enseigne distribue ses produits de luxe dans une soixantaine de pays.
En septembre 2014, la fondation Louis-Vuitton promeut l'art par le mécénat culturel et des expositions très courues. Son grand bâtiment d’une extrême originalité se situe à Paris, au sud du Jardin d'Acclimatation, dans le bois de Boulogne.

Capture d'écran
Et Louis-Vuitton est devenu LVMH
En 1987, le champagne Moët & Chandon et le cognac Hennessy, ayant fusionné en 1971, rejoignent la holding Louis Vuitton. LVMH est désormais le plus grand groupe de luxe au monde, dirigé par le milliardaire Bernard Arnault, une des premières fortunes de la planète. Mais ceci est une autre histoire !
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36 commentaires
La gauche déteste les « riches » en oubliant que la très grande majorité viennent du ruisseau , qui a force de travaille , d’abnégation ont réussi a créer des sociétés , des multinationales qui donnent du travaille et font vivres des milliers de foyer.
La gauche est destructrice tant du travaille que des esprits.
Ces temps-ci, il est beaucoup question des « ultra riches ». Des piques plus ou moins bienveillantes se font entendre. Un exemple tel que celui-ci pourrait être un stimulant car le jeune Louis a cru en lui, a su exploiter son potentiel et a probablement travaillé d’arrache-pied.
Une telle réussite n’est pas à la portée de tous, mais on peut réussir sa vie professionnelle sans figurer au CAC 40.
Le fils de LV a su prendre le relais et ça, c’est bien.