[LE GÉNIE FRANÇAIS] Gustave Eiffel, l’homme qui a plus d’une tour dans son sac
Où que vous alliez dans le monde, il suffit de dire que vous êtes français, il y a toujours quelqu’un pour dire : « Ah, la France ! Paris, la tour Eiffel, Brigitte Bardot, le général de Gaulle… » - dans l’ordre ou le désordre.
C’est comme ça ! Les étrangers aiment la France, malgré nous ! Beaucoup de nos compatriotes se demandent pourquoi notre pays est tellement admiré partout sur la planète. Et pourtant – pauvre nation en plein déclin qui vit désormais sur l’image de son passé – nos inventeurs, dont les ingénieurs des ponts et chaussées, nous donnent la meilleure réponse.
Les mille œuvres d’un génie
Le précurseur, Gustave Eiffel, est un de leurs modèles, un exemple de génie qui a laissé son empreinte par ses mille œuvres (ponts, viaducs, gares, phares…) réalisées en France, en Europe, en Amérique, en Asie et en Afrique. Car tous les jours, des millions de personnes contemplent une de ses constructions ou traversent un de ses ponts. On s’arrêtera à ses réalisations les plus connues.
Gustave Eiffel est né en 1832 à Dijon. À 23 ans, il sort de Centrale, une de nos meilleures écoles d’ingénieurs. Passionné de sciences, de physique, de chimie, d’aéronautique et d’aérodynamique, il choisit finalement la métallurgie. Nous sommes en pleine révolution industrielle, au moment où justement l’avènement du métal dépasse la pierre. Facile à manipuler, c’est un matériau idéal pour la construction.
Virtuose de l’acier
Gustave se montre très vite un chef de chantier des plus compétents. On lui confie à 26 ans le pont ferré de Bordeaux au-dessus de la Garonne, qui sera considéré déjà comme un chef-d’œuvre. Il crée sa société et invente le pont « portatif » livré en kit. Les commandes affluent de nombreux pays. Ses ouvrages d’art ferroviaire se multiplient : au-dessus de la Saône et de la Truyère où le viaduc de Garabit, long de 564 mètres, est le plus renommé. C’est un tournant dans le génie civil. Et, déjà, un avant-goût de la célèbre tour. Eiffel s’est inspiré du viaduc ferroviaire qu’il a construit auparavant à Porto, le Maria Pia, long de 350 mètres. Leur arche unique permet chaque fois à la structure d’enjamber fleuve ou rivière sans toucher l’eau.

By W. Bulach - Own work, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=73585533
Eiffel est un virtuose de l’acier. Il manipule ce matériau mieux que personne. Et c’est en pionnier de l’aérodynamique qu’il pense à l’ennemi redoutable des constructions élevées : le vent.
Démontrer la puissance industrielle de la France
Il prend en compte la force du vent pour la construction de ses viaducs, comme il va le faire quand il sera chargé de réaliser l’ossature en fer de la monumentale statue de la Liberté, soumise aux tempêtes de la baie d’Hudson, à New York. Le cadeau français de 250 tonnes est désormais un symbole des États-Unis. Un autre monument deviendra celui de la France.
Fort de ces expériences, Gustave Eiffel est sollicité par la ville de Paris pour un concours. Il s’agit de proposer une idée de construction à l’occasion de l’Exposition universelle de 1889 qui se prépare à Paris. En panne d’inspiration, il croise à ce moment-là son amour de jeunesse, alors qu’il est jeune veuf. Elle s’appelle Adrienne Bourgès. Sa passion renaît et l’histoire – ou la légende – nous dit qu’il imagine une gigantesque tour en forme de A, comme Adrienne.
Parmi 107 projets, celui de la Société Eiffel est retenu. 312 mètres de hauteur et 10.000 tonnes d’acier perceront le ciel avec 18.000 pièces, 2,5 millions rivets et un phare qui permettra de la voir à 80 kilomètres. 300 ouvriers seront mobilisés, des systèmes de levage inventés… Elle restera la tour la plus haute du monde pendant 40 ans.
Les constructions les plus élevées de l’Histoire
Haute de 136 mètres, la pyramide de Gizeh demeure la construction humaine la plus élevée pendant près de 4.000 ans, de 2560 avant J.-C. à 1311 ; durant cinq siècles, les églises et cathédrales prennent le relais, dont celles de Rouen et de Cologne qui mesurent, respectivement, 151 et 157 mètres, en 1880 et 1884. L’obélisque de Washington, 169 mètres, est détenteur du record de 1884 à 1889. Et la tour Eiffel, inaugurée en 1889, sera dépassée de quelques mètres par le Chrysler Building de New York, en 1930.
(NB : Tout dernier record : en 2009, le Burj Khalifa de Dubaï atteint 828 mètres. Un projet de gratte-ciel dans la ville de Riyad, en Arabie saoudite, serait le premier bâtiment haut de 2 km. Attention, quand même, à l’orgueil ! Rappelons-nous la tour de Babel !)
La tour Eiffel contestée
S’il a fallu seulement deux ans pour construire la tour Eiffel, elle a bien failli ne jamais voir le jour ou disparaître, tellement les protestations se sont élevées contre elle. Intellectuels et artistes parisiens, dont Maupassant, Alexandre Dumas fils, Gounod, Zola… ont réclamé aux autorités, par une tribune, d’arrêter ce projet « monstrueux ». Tout le monde peut se tromper, même les plus grands ! Le ministre du Commerce, ayant sans doute beaucoup de flair (une fois n’est pas coutume), déclara : « Nous allons continuer et ce sera un succès populaire énorme. » Résultat, deux millions de visiteurs dès la première année !
Comment rendre la tour indéboulonnable
Gustave, face aux adversaires de la tour et sachant qu’elle ne devait rester debout que vingt ans, selon le contrat initial, étudie comment la rendre utile : elle deviendra indispensable. Il développe ses recherches en aérodynamique et en météorologie en installant son laboratoire tout en haut de sa dame de fer. Pour qu’elle soit définitivement indestructible, le capitaine Ferrié, officier de l’armée, propose en 1903 à Gustave Eiffel d'installer un réseau militaire de TSF (télécommunication sans fil). Au début du XXe siècle, ce sera la première station de radio française. Aujourd’hui, douze millions d’auditeurs et téléspectateurs en profitent. C’est le monument le plus visité de France et l’un des plus célèbres du monde.
Une ombre au tableau
Oublions le scandale de Panama et l’affaire de corruption politique très compliquée liée au percement du canal – autre œuvre d’un génie français, Ferdinand de Lesseps – où Eiffel a été entraîné malgré lui. Heureusement innocenté, mais sali et marqué à jamais, Gustave Eiffel se retire des affaires pour se tourner vers la science jusqu’à sa mort, à 91 ans. Il deviendra premier aérodynamicien d’Europe à la fin de sa carrière et travaillera avec les plus grands constructeurs aéronautiques de l’époque, dont Bréguet pendant la Première Guerre mondiale.
Quant à la tour trop voyante de Montparnasse, l’autre tour de Paris, ne ressemble-t-elle pas à un immense socle auquel il manquerait toujours la statue ? À quand, le concours ?
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3 commentaires
J’ai vu récemment un pont Eiffel toujours en service au Laos.
La réponse est, on espère , jamais à la dernière question, et franchement non à la question qui précède.
La tour Montparnasse mériterait d’être déplacée, même si elle n’ a pas été conçue comme la tour Eiffel pour être démontée.
Cette dernière n’est pas laide mais n’ est pas à sa meilleure place non plus.
Plutôt que chercher la lumière en hauteur, il aurait été mieux de terminer le projet d’ Hausmann. Il reste des trous à combler entre certains immeubles Haussmaniens, et certains bouchons à faire sauter pour les remplacer par des immeubles en pierre , s’harmonisant avec leurs voisins.
A la rigueur, oui à une statue sur la tour Montparnasse, si c’est l’occasion de la renverser ou la déplacer ( elle serait bien mieux à la Défense, ou la tour Eiffel serait au contraire une horreur pire que tout, même Notre Dame.)
Peut-être que notre Histoire ne s’arrêtera pas en 2025, et qu’il y aura un homme ou une femme qui fera ressurgir la grandeur de notre pays, la France. Il serait temps.