La Sainte Lance, la relique qui transperça le corps du Christ

Arme presque légendaire, elle suscita une profonde piété mais suscita également la convoitise de tyrans tels qu’Hitler.
Par Meister des Rabula-Evangeliums — The Yorck Project (2002) 10.000 Meisterwerke der Malerei (DVD-ROM), distributed by DIRECTMEDIA Publishing GmbH. ISBN : 3936122202., Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=155321
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En cette Semaine sainte marquée par le Vendredi saint et le récit de la Passion, une relique parmi les plus fascinantes de l’Histoire chrétienne se rappelle à nous : la Sainte Lance. Arme qui a percé le flanc du Christ, elle a traversé le temps et inspiré la piété sincère d’une multitude de croyants, mais également attiré aussi l’avidité de monstres obsédés par le pouvoir et la domination.

Le récit des Évangiles

Le Nouveau Testament rapporte que le corps du Christ, ayant subi le supplice atroce de la crucifixion, fut transpercé par une lance afin de confirmer qu'il était mort. L’Évangile selon saint Jean décrit ainsi le geste précis du soldat romain : « S'étant approchés de Jésus, et le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent pas les jambes ; mais un des soldats lui perça le côté avec une lance. » Jean demeure le seul évangéliste à mentionner cet épisode, tandis que Matthieu, Marc et Luc, eux, ne l’évoquent pas. Le nom du soldat, Longinus ou Longin, n’apparaît pas dans les Écritures canoniques mais dans des écrits apocryphes comme l’Évangile de Nicodème. Selon la tradition ancienne, Longinus se serait alors converti, suite à la Passion, et serait mort martyr. Canonisé, il est célébré, aujourd’hui, le 15 mars et sa figure fut immortalisée par Le Bernin à travers une statue majestueuse au cœur même de la basilique Saint-Pierre de Rome.

Des reliques fascinantes

Les siècles qui suivirent la mort du Christ et l’émergence du christianisme virent apparaître plusieurs reliques présentées comme la véritable Sainte Lance de Longinus. La plus ancienne et la plus célèbre est celle que conserve l’Église, aujourd’hui, dans la basilique Saint-Pierre à Rome. Appartenant originellement aux empereurs de Constantinople, cette relique fit l’objet de nombreux marchandage. En effet, une partie fut cédée à Saint Louis en 1244 avec d’autres reliques de la Passion. Ce fragment disparut malheureusement pendant la Révolution française. Le reste de la lance fut offert au pape Innocent VIII en 1492 par le sultan ottoman, peu après la chute de Constantinople. Depuis, elle repose au Vatican sans que l’Église ne se prononce sur son authenticité.

Une autre Sainte Lance, tout aussi réputée, fit son apparition dans le Saint Empire romain germanique. Cette relique devenu regalia impériale, symbole de la puissance temporelle et sacrée des empereurs, fut ornée par le germanique Henri IV d’un clou de la Passion fixé à l’aide d’une feuille d’argent. Confiée à la ville de Nuremberg, elle passa ensuite sous la tutelle de l’Empire d’Autriche après la dissolution du Saint Empire en 1806. Des analyses menées au XXe siècle révélèrent que cette lance était en réalité une arme lombarde du VIIe siècle, une découverte qui n’entama pourtant pas la certitude de certains esprits fascinés par les symboles. En effet, Hitler lui-même, et certains de ses proches tels qu’Himmler, avides d’objets capables d’alimenter le mythe du Reich et de séduire les foules, s’emparèrent de cette lance du Destin pour mieux s'accaparer son aura et son pouvoir, un scénario digne d’Indiana Jones. En 1938, le Führer la fit ainsi transporter à Nuremberg, persuadé que sa présence au sein de la capitale idéologique du nazisme renforcerait son propre pouvoir. Cependant, lorsque la défaite face aux Alliés devint inévitable en 1944, Hitler ordonna qu’elle soit cachée avec bien d'autres trésors volés par les Allemands. En août 1945, l’un des Monuments Men, Watler Horn, retrouva la lance et la remit à l’Autriche, où elle demeure aujourd’hui au sein du palais de la Hofburg.

Un emblème du pouvoir

L’histoire abonde d’autres « Sainte Lance ». L’une d’elles fut découverte, par exemple, à Antioche durant la première croisade et galvanisa les croisés avant de disparaître dans le tumulte des batailles de la Terre sainte. L’Arménie possède également une Sainte Lance, avec une lame atypique, mais aussi la Pologne (en réalité, une copie de celle du Saint Empire).

Cette prolifération de reliques pourrait alors nourrir le doute sur l’existence d’une vraie Sainte Lance, mais elle révèle une fascination profonde pour l’arme qui osa blesser le corps du Fils de Dieu. Une fascination qui peut nourrir d'étranges fantasmes : Hitler pensait que sa possession décuplerait son pouvoir, Dieu ne permettant pas qu’un homme indigne puisse s’approprier un tel objet. Cette idée se transmit ainsi à travers les siècles, notamment dans le monde germanique, et marqua autant les empereurs médiévaux que les tyrans modernes.

À travers la Sainte Lance se lit ainsi à la fois une vénération sincère qui accompagne le souvenir du Christ, mais aussi des ambitions parfois démesurées. De la colline du Golgotha aux vitrines silencieuses des musées, la Sainte Lance rappelle également que le christianisme, qu'on le veuille ou non, demeure au cœur de notre Histoire.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

20 commentaires

  1. De la même façon qu’il ne peut y avoir qu’un seul Dieu, il ne devrait y avoir qu’une seule lance. Comme dit par l’intervenant précédent, nous sommes dans un monde de légendes. Elles sont merveilleuses, soit, mais il faut les prendre comme telles. C’est l’homme qui a inventé les religions. Dieu est un concept métaphysique même si on doit admettre qu’il y a quelque chose au dessus de nous

    • Vous n’oubliez pas Dieu j’espère, inclus dans vod..
      Le nouveau concept, en JC, d’un être à la fois homme et dieu est particulièrement osé. Je ne suis pas certain que les évangélistes avaient atteint ce délire quand ils ont écrit quelques années après sa mort. Ils ont relaté ce qu’ils pouvaient sur la fin de vie et les paroles d’un juif qui a tout à fait charnellement existé et a évidemment marqué ses contemporains au point que désormais on ne peut plus faire comme s’il n’avait jamais exister.
      Biensur s’il n’avait pas exister il faudrait l’inventer, mais ce n’est pas pour autant que son existence humaine est une invention. Ce n’est pas parce qu’on accole des légendes sur un individu que cela en fait une légende incarnée. En revanche Jésus semble avoir atteint une immortalité comme tous les morts dont on se souvient.

      • @ ejalladeau
        Très belle conclusion, merci.
         » Jésus semble avoir atteint une immortalité comme tous les morts dont on se souvient. » …+

      • Comme le judaïsme avant lui (et comme la plupart des autres religions !) le christianisme s’est inventé des légendes édifiantes et des héros…
        Celui qui a inventé JC est probablement Paul de Tarse, à moins que ce ne soit celui qui a inventé Paul de Tarse…

      • Il s’agit d’un Troll qui ne vient sur ce site que pour dire le contraire des autres commentateurs.

    • Vous faites erreur. Ce n’est pas parce qu’un événement est accompagné de légendes qu’il n’existe pas. La naissance de Jésus et la vie de JC sont charnelles, réelles, même si elles sont associées à des légendes ( les rois mages…).
      Ou pourrait prendre un autre exemple : les guerres de Vendée : pleines de légendes, vous pensez peut être aussi qu’elles n’ont pas vraiment existé.
      Ce serait une erreur identique. La légende n’est pas ailleurs pas forcément idiote , trompeuse et à oublier. Vous le comprendrez dans la phrase de Victor Hugo : » la Vendée ne peut être complétement expliquée que si la légende complète l’histoire : il faut l’histoire pour l’ensemble et la légende pour le détail…»
      Comme Victor Hugo on peut être poète tout en gardant les pieds sur terre. JC est homme éminemment légendaire, et néanmoins bien réel, « charnel » pour reprendre votre expression.

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