Îles Matthew et Hunter : la France en pourparlers pour brader son territoire ultramarin

Depuis des années, deux petits îlots du Pacifique sont au cœur d’un contentieux entre la France et le Vanuatu.
@Wikimedia commons
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Depuis plusieurs décennies, deux petits îlots volcaniques au large du Pacifique, Matthew et Hunter, sont au cœur d’un contentieux latent entre la France et le Vanuatu. Ces îles, d’une superficie combinée d’environ 1,3 km2, se trouvent à quelque 300 km à l’est de la Nouvelle-Calédonie et au sud-est de l’archipel du Vanuatu. Pour la France, elles font partie intégrante de la Nouvelle-Calédonie, mais pour le Vanuatu, elles appartiennent à son territoire en vertu d’une propriété coutumière ancienne. Aujourd’hui, leur statut pourrait bien changer si la France, au cours des discussions actuelles avec le Vanuatu, acceptait de renoncer à ces petites îles qui lui confèrent pourtant une autorité sur près de 350.000 kilomètres carrés d’espaces stratégiques riches en ressources, notamment halieutiques.

Origine de la dispute

Les îlots Matthew et Hunter, inhabités, arides, sans eau douce ni population permanente, avaient peu d’intérêt stratégique, pendant la colonisation européenne du Pacifique, aux XVIIIe et XIXe siècles. Cependant, en 1929, la France a officiellement annexé les deux îles avant que le Royaume-Uni ne les revendique à son tour dans le cadre du condominium franco-britannique des Nouvelles-Hébrides. Lorsque la question de leur statut a ressurgi en 1965, la France et la Grande-Bretagne sont convenues de les rattacher à la Nouvelle-Calédonie plutôt qu’aux Nouvelles-Hébrides. Dans les années 1970, la France a ensuite installé une plaque de souveraineté sur les îlots afin de réaffirmer sa présence sur ces territoires.

À l’indépendance du Vanuatu en 1980, le nouvel État a immédiatement revendiqué les îles, affirmant un lien historique et culturel ancien entre les populations du sud de l’archipel et ces terres. En 1983, une mission vanuatuane menée par des chefs coutumiers a ainsi tenté de planter le drapeau du pays sur l’île Hunter pour matérialiser cette revendication.
Encore aujourd’hui, la souveraineté de ces îles demeure contestée. La situation est rendue plus complexe par le FLNKS (Front de libération nationale kanak et socialiste), qui a reconnu en 2009 puis en 2019 la souveraineté du Vanuatu sur ces îlots, affaiblissant de facto la position française locale.

Les enjeux récents

Fin novembre 2025, une délégation française conduite par le diplomate Benoît Guidée s’est rendue à Port-Vila où s’est achevé, le 21 novembre, un premier cycle de négociations entre Paris et le Vanuatu portant sur la souveraineté des îles et la délimitation des espaces maritimes entre ce dernier et la Nouvelle-Calédonie. Cette rencontre fait suite à un engagement pris en juillet 2025 par Emmanuel Macron auprès du Premier ministre Jotham Napat, alors en visite en France, de rouvrir officiellement le dialogue sur ce dossier sensible.

Le Vanuatu a rappelé l’importance culturelle, religieuse et identitaire de ces îlots. Pour le vice-Premier ministre Johnny Koanapo, Matthew et Hunter « font partie du Vanuatu depuis des générations. Ils sont intrinsèquement liés au tissu religieux de notre nation, détenant une valeur sacrée et culturelle significative pour notre peuple. » Il a ajouté également qu’il s’agit d’« une responsabilité face à la privation culturelle et économique subie par notre population, dont l’héritage perdure aujourd’hui », soulignant « l’obligation morale de défendre les droits des communautés autochtones » profondément attachées à ces terres. À l’issue de ce premier échange, un nouveau rendez-vous a été programmé en France, début 2026, afin de poursuivre le dialogue.

Que perdrait la France ?

Si les négociations aboutissent à un accord reconnaissant la souveraineté du Vanuatu sur Matthew et Hunter, la France perdra alors la maîtrise d’un territoire historiquement rattaché à la Nouvelle-Calédonie. Elle renoncerait, surtout, aux droits associés à la mer : une vaste zone économique exclusive, source de nombreux revenus, la capacité d’exploiter les ressources marines locales et, également, un levier diplomatique qui, loin d’être marginal, joue un rôle essentiel dans sa présence stratégique dans le Pacifique.

Un changement de statut pour ces îles constituerait également un tournant symbolique majeur : un recul territorial de la France face à un autre État pourrait encourager d’autres revendications et fragiliser la position française, tant à l’international que dans ses propres territoires ultramarins. Une telle évolution pourrait avoir des répercussions en Nouvelle-Calédonie, où les tensions indépendantistes, encore vives, comme l’ont montré les émeutes de 2024, pourraient être ravivées par l’idée d’un affaiblissement du pouvoir français. Elle créerait aussi un précédent susceptible de renforcer d’autres contestations territoriales, notamment autour de Mayotte, qui fait régulièrement l’objet de revendications de la part des Comores.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

70 commentaires

  1. le bradage de ces iles serait loin d’être le premier recul territorial.
    degaulle a entamé bien avant un tournant symbolique majeur en 1962.

  2. ll ne faut surtout pas perdre ces iles en raison de leur vaste espace maritime.
    Ce ne sont pas tant les richesses halieutiques qui sont importantes mais les richesses en minéraux, en pétrole et en gaz. Pour la petite histoire, au nom de l’écologie, la France s’est interdit jusqu’à présent, par loi, l’exploitation de ces richesses des fonds marins.

  3. Après avoir bradé la souveraineté, voici venu le temps de brader le territoire… Ils sont chouettes, ceux qui nous gouvernent…

  4. Je ne connais pas les enjeux de tout cela. Notre Président voulait déjà « rendre » ? une île ( stratégique, je crois ) pas bien loin des Comores ! Mais… cette tentation de montrer _ même si personne ne le demande_ comment on est « inclusif » , « progressiste » etc Cela, de toute façon, devraient être l’objet d’une votation des Français ou d’un vote au Parlement _ pour le moins…

  5. Bien joli tout ça, mais que fait la France, plutôt ses yakas; de ces vastes possession outre mer?
    Il s’y trouve soit disant monts et merveilles mais nous n’en voyons pas la couleur.
    Un exemple parmi (peut être) d’autres : Bassas da India. Ben oui : c’est français. Je vous laisse gogoliser gentiment puisque les liens sont interdits.
    Un atoll, la plupart du temps immergé où les navires s’échouent depuis des siècles. Un ex légionnaire loua une jonque (vous savez, un navire chinois) et ramena des canons du XVIIè siècle, des monnaies et autres. Il bénéficia d’une météo favorable, contrairement a un navire français affrété dans le même esprit qui dut faire demi tour pour cause d’accident et mauvais temps.
    Le système « D » (comme démerde) du légionnaire (suisse) lui a fait faire fortune quand notre expédition à grand frais essuya une déroute.
    En résumé : c’est bien beau toutes ces possessions, mais est ce juste pour la gloriole?
    Au moment où nous n’avons plus une tune, ce ne serait pas mal de se remuer les méninges.

    • Vendre sous prétexte de panade est une mauvaise idée.
      Dans ce cas précis, nos spécialistes es-gabegies en profiteraient pour investir dans des projets foireux.
      Cela étant, avons-nous jusque là valablement exploité les ressources de ces territoires d’outre-mer ?

      • Je n’ai jamais parlé de vendre.
        « Cela étant, avons-nous jusque là valablement exploité les ressources de ces territoires d’outre-mer ?
        Je me cite :
        « En résumé : c’est bien beau toutes ces possessions, mais est ce juste pour la gloriole?
        Au moment où nous n’avons plus une tune, ce ne serait pas mal de se remuer les méninges. »
        Pas difficile à comprendre! Gloriole, synonymes = orgueil – prétention – suffisance – vanité
        « se remuer les méninges » le légionnaire l’a fait. Nous avons parait il au sommet de l’Etat des gens TRES intelligents mais incapables d’exploiter les éventuelles richesses de nos possessions.
        Est ce plus clair?

  6. Ces iles sont inhabitées et inhabitables : j’y suis passé dans les années 1990 pour ravitailler la dizaine de militaires français sur place pour confirmer la souveraineté française, je ne sais plus si c’est MATTHEWS ou HUNTER, mais c’était irrespirable à cause des vapeurs de souffre. La revendication par le VANUATU pour des raisons historiques, c’est du « pipeau ».

    • Il ne faut surtout pas céder, ce qui créerait un précédent et nous priverait de la zone maritime qui y est attachée. Donc, notre gouvernement cédera et sans contrepartie, parce que la nullité abyssale est sa marque de fabrique.

  7. Entièrement d’accord sur le principe, nous ne devons pas céder. Au passage, on ne montre pas notre souveraineté car nous sommes incapables d’exploiter les ressources offertes par ces possessions. Enfin, le Vanuatu ferait bien de faire profil bas car à chaque cyclone qui vient à la rescousse pour reconstruire ???

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