[HISTOIRE] 10 février 1814 : Champaubert, l’une des dernières victoires de Napoléon
La bataille de Champaubert, livrée le 10 février 1814, constitue l’un des derniers grands succès militaires de Napoléon avant sa première abdication, survenue en avril 1814. En effet, elle ouvre une brève mais spectaculaire série de victoires remportées par l’Empereur au cœur de la campagne de France, dans un contexte pourtant défavorable pour l’Empire. En effet, depuis l’automne 1813 et la défaite de Leipzig, les armées de la Sixième Coalition, réunissant principalement l’Autriche, la Prusse et la Russie, ont franchi le Rhin et portent désormais la guerre sur le sol français. Face à des forces largement supérieures en nombre, Napoléon retrouve son génie militaire. Entre le 10 et le 14 février 1814, il enchaîne ainsi plusieurs succès rapides lors de ce que l’historiographie a retenu sous le nom de campagne des Six-Jours. Champaubert en constitue le premier acte et illustre, à la fois, l’éclat de l'art militaire de Napoléon mais aussi les limites d’une victoire purement tactique dans une guerre presque perdue d’avance.
La campagne de France
À la suite des désastres subis en Allemagne en 1813 et de l’enlisement du conflit en Espagne, Napoléon se trouve contraint de défendre directement le territoire national. Au début de l’année 1814, deux grandes armées coalisées progressent vers Paris. L’armée de Bohême, commandée par le prince autrichien Karl Philipp de Schwarzenberg, avance plus au sud, tandis que l’armée de Silésie du feld-maréchal prussien Gebhard Leberecht von Blücher progresse plus au nord. Le 1er février 1814, au terme de la bataille de La Rothière où nul ne semble être vainqueur, Napoléon est toutefois contraint de se replier. Les chefs coalisés, confiants dans leur supériorité numérique, étirent alors leurs forces sur plusieurs dizaines de kilomètres afin d’accélérer leur progression et d’envahir la France, telle une vague que rien ne saurait arrêter. Cependant, cette dispersion offre à Napoléon, pense-t-il, une occasion de changer le cours du conflit en frappant les diverses colonnes de l’armée de Blücher avant qu’elle ne puisse se concentrer. Pour y arriver, l’Empereur rassemble ses forces disponibles et se prépare à frapper. Champaubert sera le premier objectif de cette contre-offensive fulgurante.
La bataille de Champaubert
Le village de Champaubert se situe dans le sud-ouest du département de la Marne, à environ vingt-deux kilomètres au sud-ouest d’Épernay, dans une région traversée par plusieurs routes stratégiques. Le 10 février 1814, l’armée française compte environ 6.000 hommes. Elle est placée sous le commandement du duc de Raguse, le maréchal Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont et de Napoléon. Les troupes françaises sont constituées de divisions d’infanterie appuyées par de la cavalerie et quelques batteries d’artillerie. Face à elles, un corps russe isolé, commandé par le général Olsufiev. Celui-ci aligne environ 4.500 hommes et une vingtaine de canons.
Dès le petit matin, les Français attaquent avec vigueur et profitent à la fois de leur supériorité locale et de la désorganisation des détachements russes. Les combats ont lieu près des divers villages des alentours mais finissent par se concentrer autour de Champaubert. Repoussées progressivement, les unités d’Olsufiev tentent de s’y replier pour mieux se regrouper, mais les forces françaises les harcèlent et les dispersent. En fin de journée, la résistance russe s’effondre et le général Olsufiev est capturé avec une partie importante de ses troupes. Les pertes russes sont également extrêmement lourdes. Près de la moitié des effectifs engagés sont tués, blessés ou faits prisonniers. Du côté français, les pertes demeurent limitées et sont estimées à environ 650 morts ou blessés.
Conséquences et héritage
La victoire de Champaubert offre alors à Napoléon un regain moral considérable. Elle restaure la confiance des troupes éprouvées par des mois de revers et confirme, aux yeux des officiers comme des soldats, la capacité intacte de l’Empereur à surprendre et à vaincre ses adversaires. Dans les jours qui suivent, Napoléon remporte encore les batailles de Montmirail, de Château-Thierry et de Vauchamps, infligeant de nouveaux revers sévères à l’armée de Blücher.
Pourtant, Champaubert ne peut changer le cours de l’Histoire. Les succès français restent localisés et ne réussissent pas à anéantir l’ensemble des armées coalisées. Le 30 mars 1814, après de violents combats aux portes de la capitale, les armées de la Sixième Coalition réussissent ainsi à entrer dans Paris. Contraint et défait, le 6 avril, Napoléon abdique et part en exil sur l’île d’Elbe. Champaubert apparaît comme l’un des derniers éclats d’un art de la guerre porté à son plus haut degré de maîtrise par l’Empereur.
Pour commémorer cet exploit, une colonne commémorative est érigée en 1867, face à la maison où Napoléon aurait établi son état-major durant la bataille. Surmonté d’un aigle impérial, le monument est alors entouré de huit canons offerts par Napoléon III, rappelant ainsi à la fois la mémoire de ce combat et la filiation entre le Premier et le Second Empire.
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16 commentaires
Merci monsieur pour ce cour d’histoire, clair.
Rappel. La dernière victoire de Napoléon (60.000 hommes) contre Blücher (90.000 h) eut lieu le 16 juin 1815 à Ligny (Fleurus). L’empereur voulait battre les prussiens d’abord (et les anglais plus tard et séparément). Il perdit env 10.000h, tandis que les prussiens en perdirent 20.000 ( dont 8.000 déserteurs). Pendant cette bataille, Ney contenait les anglais à Waterloo où arriva Napoléon pour la bataille finale le 18 juin. L’empereur gagnait.. comme prévu! Mais Blücher revint en fin de journée pour battre Napoléon déjà bien affaibli..
Célébrer ce genre de boucheries bien à l’aise dans son fauteuil et plus de deux siècles plus tard est digne d’un adolescent encore boutonneux…
Avec ce genre de commentaire notre pauvre France a du souci à se faire si elle devait être attaquée par un ennemi . Encore un bobo « peace and love » vaincu d’avance.
Résister à l’envahisseur avec nounours et bougies est plus efficace!
La première République se défendait contre des monarchies qui avaient peur de la contagion. L’Empire était la suite de cette république mourante.
Enlisement du conflit en Espagne…Je vois les armées britanniques s’amener sur Toulouse en 1814 et il ne reste de l’empire que la Catalogne annexée à la France. Comme enlisement, c’est assez dynamique.
L’aventure de Napoléon se solde par de multiples désastres : Paris occupé; des centaines de milliers de morts (et donc une faiblesse démographique fatale en 1870), la vente de la Louisiane, la perte des îles Maurice, des Seychelles, Tobago, la Dominique et Sainte-Lucie, Saint-Domingue et Haïti.
Mais de combien de bienfaits pour notre société.
Bienfaits piétinés aujourd’hui par des dirigeants avec une tête sans cervelle mais les poches bien remplies…
Le Conseil d’état ?
C’est la fin de la guerre de 100 ans. Malgré son génie global et pas seulement militaire Napoléon n’a rie pu faire contre l’Europe sans arrêt coalisée par son plus constant adversaire.
Et aujourd’hui la coalition UE contre la France ?
Oui, mais de son fauteuil M. Mascureau s’en rend mal compte…
A vous lire cela fait mal.
La France a essuyé environ un million de tués durant les guerres de la Révolution et de l’Empire, soit près de 25 ans, dans un contexte de haute natalité (à comparer avec nos 1,4 millions de tués de la Grande Guerre dans une France à la natalité très faible). La faiblesse démographique dont vous parlez n’apparaît que par la baisse progressive de la natalité à partir du règne de Louis-Philippe, pour aboutir à un effondrement après 1880. En 1870, elle n’est pas si sensible : la France compte 38 millions d’habitants (contre 30 en 1815), le total des Etats germaniques 36,5. En revanche, en 1914, il y a 67 millions d’Allemands et à peine 40 millions de Français, car l’Empire allemand (comme l’Italie, la Russie et dans une moindre mesure le Royaume-Uni) a une natalité galopante.
La vente de la Louisiane, la perte de nombreuses îles des Antilles et d’ailleurs, sont liées à la faiblesse structurelle de la marine depuis la Révolution : les trois quarts des officiers ont émigré, il est plus difficile (et plus long) de former un officier de marine que de l’armée de terre.
Si l’aventure finit mal aux yeux de l’histoire, Napoléon nous a laissé un pays plus structuré, avec des bases administratives et une monnaie solide : la Restauration ne remet pas en cause ces acquis. Il n’y a pas d’effondrement monétaire en 1870-1871, et le pays se relève rapidement de cette guerre.
500000 jeunes hommes tués c’est environ 1 millions et demi de jeunes soldats de moins 65 ans plus tard. D’ailleurs dans la littérature militaire germano prussienne on se félicite sans cesse du surnombre : c’est les échancrures de la « pyramide des âges ».