François Bayrou se trompe : le lundi de Pâques a une signification religieuse

Nier la portée religieuse du lundi de Pâques, c'est participer au déclin culturel de la France.
Peinture de Dirk Bouts — Norton Simon Museum of Art, Domaine public.
Peinture de Dirk Bouts — Norton Simon Museum of Art, Domaine public.

Le 15 juillet 2025, lors de la présentation du plan budgétaire 2026, le Premier ministre François Bayrou a proposé la suppression de deux jours fériés, citant notamment le lundi de Pâques et le 8 Mai. Il a affirmé également que « le lundi de Pâques n’a aucune signification religieuse » et que ces suppressions permettraient de « travailler plus ». Beaucoup y ont vu une copie de la réforme controversée de 2004, lorsque le lundi de Pentecôte avait été transformé en « journée de solidarité » sous le gouvernement Raffarin. Cependant, derrière ces considérations économiques, une question plus profonde doit être posée : peut-on effacer des jours fériés réellement enracinés dans notre histoire chrétienne au nom d’un calcul budgétaire ? Et, plus largement, le cultuel et le culturel doivent-ils disparaître sous prétexte de problèmes économiques ?

Deux lundis issus de la longue tradition chrétienne

Pâques est la fête la plus importante du christianisme : elle célèbre la résurrection du Christ le troisième jour après sa mort, c’est-à-dire un dimanche. Dès les débuts de l’Église, cette solennité était traditionnellement prolongée d’une octave, soit huit jours de prière et de joie institués officiellement sous le règne de l’empereur romain Constantin au IVe siècle.

La Pentecôte, célébrée cinquante jours après Pâques, commémore, de son côté, le don de l'Esprit saint aux apôtres. Elle est alors considérée comme un acte fondateur de l’Église qui dirigera la destinée de l’Europe pendant plus d’un millénaire. Là encore, la liturgie s'étendait parfois au lendemain, donnant naissance à la tradition du lundi de Pentecôte. Ces jours ont ainsi été sanctifiés par la liturgie avant d’être adoptés par la société civile, dans un monde où l’année chrétienne structurait la vie quotidienne.

Une reconnaissance légale progressive

À la Révolution française, le calendrier républicain, dans son objectif de libérer l’Homme de la religion, décide de supprimer toutes les fêtes religieuses pour mieux les remplacer par ses propres réjouissances laïques et révolutionnaires. Cependant, avec la signature du Concordat en 1801, Napoléon Bonaparte rétablit une partie de ces fêtes dans le cadre d’un compromis avec l’Église. Pour limiter le nombre de jours chômés alors très nombreux, il conserve quelques fêtes majeures, dont l’octave de Pâques, qu’il réduit à une seule journée, le lundi de Pâques, et le lundi de Pentecôte, qui sont ainsi officialisés comme jours chômés par le pouvoir impérial. En 1886, la IIIe République codifie à son tour ces jours dans le droit du travail, dans un climat pourtant de plus en plus anticlérical. Il ne s’agissait pas de glorifier la religion mais de la séculariser, de reconnaître son poids historique dans la vie quotidienne des Français.

Pentecôte : le précédent controversé de 2004

Néanmoins, plus d’un siècle plus tard, suite à la canicule meurtrière de 2003, le gouvernement Raffarin décide de transformer le lundi de Pentecôte en une « journée de solidarité » pour financer une aide en faveur de nos anciens. Les salariés travaillent ainsi ce jour sans rémunération supplémentaire. Ce choix avait déjà provoqué incompréhensions et critiques, perçu comme l'effacement déguisé d’un jour à forte charge symbolique. Une vingtaine d’années plus tard, les résultats d’une telle décision peuvent être également débattus, au vu des conditions de vie de nos concitoyens les plus âgés, comme le souligne Gabrielle Cluzel.

Une réforme de 2008 a rendu le dispositif plus souple : les entreprises peuvent choisir un autre jour dans l’année, redonnant de facto au lundi de Pentecôte son statut férié dans la majorité des cas. L’épisode montre la fragilité de ces jours « à connotation religieuse » dans une société sécularisée mais toujours traversée par des héritages spirituels.

Un héritage à préserver

Affirmer, comme François Bayrou, que le lundi de Pâques n’a plus de lien avec la religion, c’est ignorer plusieurs réalités. D’abord, ces fêtes n’ont pas de date fixe : elles sont fixées selon le calendrier utilisé par l’Église, ce qui les distingue nettement des fêtes civiles. Leur simple position mobile dans l’année rappelle leur origine liturgique. Ensuite, Pâques et Pentecôte demeurent intensément célébrées dans les paroisses, avec des veillées pascales, des baptêmes d’adultes, des messes solennelles et des rassemblements familiaux ancrés dans des traditions locales bien vivantes.

Un fait que certains responsables religieux semblent pourtant relativiser. Estimant que cette affaire « n’est pas un sujet religieux », Mgr Bruno Valentin, évêque de Carcassonne et Narbonne, a également déclaré que « le lundi de Pâques, c’est la date la moins impactante religieusement parmi tous les jours fériés catholiques ». Reconnaître l’impact religieux, même faible, d’une journée qualifiée de « vestige » tout en niant sa dimension religieuse, c’est faire preuve d’une logique pour le moins bancale.

Ces déclarations, pour le moins étonnantes, semblent également oublier que la suppression progressive de jours religieux, quelle que soit leur importance, n'est pas sans conséquence sur la foi et sur la culture de notre pays. Elle ne peut qu’aggraver la déchristianisation déjà très avancée de la France en affaiblissant encore un peu plus la visibilité du christianisme dans l’espace public, déjà largement marginalisé.

C’est aussi oublier que le droit français, tout en étant laïque, reconnaît les traditions religieuses comme éléments du patrimoine culturel. À ce titre, ces fêtes n’appartiennent pas seulement aux croyants mais à la mémoire collective du pays. Comme le disait Napoléon, « une société sans religion est comme un vaisseau sans boussole ». En faisant ainsi disparaître son héritage cultuel et culturel, la France, dont l’Histoire ne se borne pas à celle de la République, continue sa longue dérive vers un possible et définitif naufrage civilisationnel.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

52 commentaires

  1. Pas lu le moindre argument sérieux en faveur de la sacralité du lundi de Pâques. Et puis, faut cesser de rêver : dans une France où il n’y pas 10 % de « talas », fût-ce à Noël ou à Pâques, on va pas pleurer pour un jour qui n’a de sens que pour les tournois de foot ou de pétanque… Mais si c’est vraiment un jour où les commerçants font de bonnes affaires, il y a lieu de réfléchir. S’il faut remettre la France au travail en mai, il y a le 1er mai, le 8 mai, l’Ascension, la Pentecôte, toutes dates dont les Français (moins les tradis) ne connaissent plus la signification…

  2. Je ne m’attarderai pas sur le lundi de Pâques. Je voudrai faire part de mon étonnement: pour quoi supprimer le 08 mai? Pourquoi pas, plutôt le 11 novembre? Les combattants de la 1° sont tous décédés alors qu’il reste, très probablement, des témoins de la 2°. Et qu’on ne vienne pas me dire que c’est pour la cohésion européenne, dans les deux cas les teutons étaient présents sur le champ de bataille

  3. La réaction de certains évêques ,leur hiérarchie jusqu’aux derniers des subalternes ne donnent plus d’importance à grand chose , j’ai réellement peur qu’ils soient tellement de gauche et démagogues que les valeurs même de l’église catholique s’évaporent , faut reconnaître que 68 n’a rien arrangé et contrairement à ce que l’on entend , ce ne sont que des hommes comme les autres ,non, je regrette mais ils ont reçu un appel qu’ils ont accepté et doivent l’assumer avec tous les sacrifices et privations que cela engendre jusqu’à même la tenue y compris vestimentaire sans qu’il soit question de soutane ;( obtempériez vous si un « flic » sans tenue, sans signe distinctif vous fait signe de circuler ou d’arrêter ) Rentrer dans une église avant le début d’un office donne plus l’impression d’être sur un marché que dans la maison du Seigneur ,ça piaille , ça discute , ça rigole même , dommage ,ce nom respect n’est quand même pas sain ,pas plus le laisser aller des prêtres qui ne respectent pas strictement les heures de début d’office ,ils préfèrent faire la causette avec Pierre Paul Marie Bernadette et les autres . Après ils regrettent que des personnes partent avant la fin ,mais dimanche ou pas dimanche les obligations demeurent . Quant au management des fidèles , bref c’est un autre sujet
    Alain Proviste

  4. Quand le peuple en sait plus (savoir mais aussi intelligence) que les ministres, les députés, les sénateurs, les politiques et même le président, IL Y A DE QUOI S’INQUIÉTER TRÈS FORTEMENT!!!!! Ou vont-ils les chercher ? Les électeurs de Pau ont conscience qu’il vient de les faire passer pour des abrutis en ayant voté pour lui? Pourquoi ne pas retirer le droit de vote à ceux qui ont élu des guignols pour un second mandat? Au moins le droit à l’erreur, puisqu’un mandat suffit pour voir le niveau crasse d’un élu !

  5. Comment , quand on est croyant , peut on dire que le lundi de Pâques n’a pas de signification religieuse ? Comment dire ne être opposé à rendre non férié le 15 Août .
    M. Bayrou oublierait il les enseignements de Mme Bayrou qui a enseigné le catéchisme à Bétharram ?

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