Être maire sans électeurs, c’est possible en France
Ce week-end, la France s’apprête à choisir les maires des quelque 35.000 communes qui composent notre pays. Pourtant, dans un coin du département de la Meuse, près de Verdun, certaines communes vivent cet événement démocratique d’une manière singulière. En effet, elles n’ont ni habitants, ni électeurs, ni bulletin de vote, et pourtant, elles possèdent toujours un maire chargé de les administrer. Cette situation unique en France est alors directement héritée de la Première Guerre mondiale, et plus particulièrement de la terrible bataille de Verdun.
Des villages rayés de la carte
En 1916, la bataille de Verdun devient l’un des affrontements les plus meurtriers de la Première Guerre mondiale. Entre février et décembre 1916, les bombardements d’artillerie, d’une intensité encore jamais vue, transforment une grande partie du magnifique paysage de la Meuse en un vaste champ de ruines. Neuf villages sont alors totalement détruits par les combats : Beaumont-en-Verdunois, Bezonvaux, Cumières-le-Mort-Homme, Douaumont, Fleury-devant-Douaumont, Haumont-près-Samogneux, Louvemont-Côte-du-Poivre, Ornes et Vaux-devant-Damloup.
Avant la guerre, ces villages comptaient quelques centaines d’habitants. On y vivait principalement et simplement de l’agriculture et de l’artisanat, au rythme des saisons et du son des cloches des églises. Lorsque l’armistice est signé le 11 novembre 1918, les habitants évacués pendant les combats découvrent cependant un territoire méconnaissable. Là où se trouvaient autrefois leurs maisons, leurs forêts et leurs champs ne subsistent désormais plus que des cratères d’obus et des ruines au milieu d’un paysage désolé.
Morts pour la France
Face à ce constat, la France doit décider du sort de ces territoires. Dans certaines communes, la reconstruction est possible, mais dans d’autres secteurs, les destructions sont si profondes que la terre elle-même devient dangereuse pour l’Homme en raison des milliers d’obus non explosés, des métaux lourds et des éléments chimiques issus de munitions enterrés dans un sol désormais pollué.
Ces régions sont alors classées en « zone rouge », un territoire dévasté qui couvrait initialement environ 120.000 hectares après la guerre. L’État rachète alors près de 19.500 hectares de terres afin d’indemniser environ 7.000 propriétaires ruinés par la guerre. Parmi ces terrains, 13.404 hectares sont placés sous la tutelle du ministère de l’Agriculture afin d’être reboisés et entretenus, tandis que le reste est transformé en zone militaire ou classé comme « vestiges de guerre ».
C’est dans ce contexte que la loi du 18 octobre 1919 établit un statut particulier pour certains villages détruits. Ces communes reçoivent la croix de guerre et sont citées à l’ordre de l’armée, reconnaissance symbolique du sacrifice qu’elles ont subi. L’État choisit également de les maintenir administrativement afin de préserver la mémoire de ces territoires disparus. Ainsi, une commission municipale de trois membres, dont un exerçant les fonctions de président, est nommée par le préfet de la Meuse pour administrer ces communes sans habitants.
Aujourd’hui encore, six de ces villages continuent d’exister sous ce statut exceptionnel. Les trois autres, Douaumont, Vaux-devant-Damloup et Ornes, ont progressivement été reconstruits au cours du XXᵉ siècle, accueillant de nouveaux habitants et retrouvant une vie municipale classique.
Six communes sans habitants mais toujours administrées
Quant aux six autres communes, elles demeurent aujourd’hui totalement inhabitées, malgré les tentatives de quelques anciens habitants et de certaines familles de revenir s’y installer dans les décennies qui ont suivi la Grande Guerre. Chacune possède dorénavant un maire qui, avec un budget annuel d’environ 20.000 euros, a pour mission d’entretenir les monuments commémoratifs, les chapelles parfois reconstruites, les routes forestières et les parcelles boisées qui couvrent désormais l’ancien territoire des villages.
Ces maires sont aussi les gardiens d’une mémoire nationale. Ils organisent chaque année des cérémonies commémoratives, accueillent des familles de soldats, des historiens ou des visiteurs venus comprendre ce que fut ce champ de bataille. Leur mission consiste aussi à transmettre l’histoire de ces villages disparus aux nouvelles générations, afin que leurs noms et leurs habitants ne soient jamais oubliés.
À l’approche des élections municipales, ces communes vivent donc un paradoxe unique : alors que des milliers de villages cherchent des candidats et organisent des campagnes électorales, ici, il n’y a ni meeting, ni affiche, ni bureau de vote. Pourtant, un maire, s’élevant au-dessus de la lutte entre les partis politique, continuera toujours d’y être nommé pour veiller sur ces ruines et sur leur histoire.
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17 commentaires
Ces communes ont l’avantage d ene pas subir les palabres et bavages bidons pour 80% des campagnes des autres communes. Le devoir de mémoire est ici sacré et respecté comme quoi même macron n’a pas encore pu tout démolir. On se demande ce qu’en pense LFI vu le niveau de ces imbéciles. Mais dans le fond ces communes son t comme la France avec un président qui n’a rien d’un chef d’état…. mais plutôt d’un lanceur de bombes comme celles qui ont détruit ces villages.
Etonnant et émouvant. Merci pour cette info.
Bonne journée
pour y être aller avec mon père et en avoir gardé un souvenir ému, je trouve que pour une fois la France s’honnore de maintenir un maire à chacun de ces villages /bourgs, disparus – que le souvenir ne s’éfface pas et que l’histoire, la vraie, survive;
Les descendants des artisans de cette épouvantable destruction de notre histoire, continuent cet ”œuvre” avec les éoliennes et panneaux photovoltaïques sur toute notre terre que nos ancêtres on combatu pour la protéger
L’égalitarisme stupide a déjà affaibli considérablement notre système éducatif, dans sa nouvelle phase il s’attaque à notre système sociétal. Quand la doctrine l’emporte sur le bon sens, la démocratie se retire peu à peu. Ces 6 villages martyrs y échappent encore, il va falloir y nommer deux maires au nom du sacro-saint égalitarisme.
Ces communes mortes ont un maire, un peu comme la France a toujours un président de la République ?
Pour inaugurer régulièrement les chrysanthèmes et suivre la politique européenne ?
Cela à l’ avantage de supprimer l’ obligation des quota absurdes parmi les membres du conseil municipal.
Émouvant et remarquable
C’est « une bonne chose » que de respecter des villages rayés de la FRANCE ! … Surtout quand on constate les « actions » perpétrées par macron et ses prédécesseurs qui massacrent la FRANCE et les français tous les jours ! …
S’il y a des « économies à faire », commençons par tous les machins et en même temps des trucs comme « France Télévision » ! …
Incroyable
Oui. Bien davantage que la sortie d’une série de timbres montrant de nouveau des reines de France plutôt que les épouses des présidents de la république.
Bonjour.
Morts pour la France, électeurs à vie !
Merci.
Vu la conjoncture actuelle et le non respect dû aux morts par un certain parti, il est heureux que le souvenir des sacrifices de tous ces français morts pour la France soit entretenu !
C’est toujours émouvant de voir toutes ces rangées de croix.
Cette démarche administrative est des plus noble.
Il est intéressant qu’un Maire soit nommé pour gérer ce patrimoine historique et ce ne sont pas ces 6 villages qui vont couler financièrement la France
Une reconnaissance certes administrative, mais pour le moins ces noms ne sont pas effacés.
Que la mémoires de tous ces hommes sacrifiés par la volonté de politique, elles aussi, ne soient jamais effacées.