[ÉDITO] UE : un répit pour nos agriculteurs, victoire à l’arraché contre le Mercosur
La résolution anti-Mercosur a été adoptée à dix voix près. Dix voix sur les 669 députés européens : 334 contre le Mercosur, 324 pour ! Dix voix pour une gigantesque défaite infligée à Ursula von der Leyen et à tous ceux qui ont poussé le funeste traité Mercosur de toutes leurs forces, des mois durant.
Le Mercosur est maudit, doit penser von der Leyen : tout est à refaire. À la suite de ce vote qui a mêlé les voix de la droite à celle de l'extrême gauche (tous les députés européens français ont voté dans le même sens), le Parlement européen va en effet saisir la Cour de justice de l’UE contre le traité, qui ne pourra être ratifié sans l’avis positif des juges. On est dans l’UE : délai, 18 mois ! Les agriculteurs qui n’osaient croire à une telle issue n'ont pas gagné la guerre mais ils ont emporté une bataille, au prix de veilles au pied de leurs tracteurs et de manifestations sans fin.
La droite nationale répartie dans plusieurs partis européens triomphe, à l’image de Sarah Knafo : « C'est un véritable échec du coup de force imposé à nos agriculteurs par Ursula von der Leyen, lance la députée européenne Reconquête. Le Mercosur recule une première fois : ce n'est que le début ! » Satisfaite, Marion Maréchal explique, sur X : « Ursula von der Leyen était passée en force en divisant l’accord en deux parties, une politique et une commerciale, la deuxième ne nécessitant pas l’unanimité des États au Conseil européen. C’est ainsi qu’elle a pu piétiner les intérêts français, polonais et roumains, aidée par la complaisante faiblesse dont a fait preuve Emmanuel Macron. » Elle évoque avec raison « un sursis » : « Emmanuel Macron doit enfin agir pour s’imposer et faire ce que nous réclamons depuis des mois : menacer de geler la contribution française au budget de l’UE et de mettre son veto au prochain cadre financier pluriannuel européen », réclame Marion Maréchal. Ce qui a peu de chance d’arriver du vivant du président de la République le plus mondialiste de l’Histoire de France.
Le cocorico de Jean-Noël Barrot corrigé par Bardella
De fait, le pouvoir macronien n’a cessé de godiller sur le Mercosur, évoluant entre gris clair et gris foncé, entre promesses d’aménager le traité et volonté de ne pas ulcérer des agriculteurs abandonnés au vent mauvais de la mondialisation. Au Parlement européen, au-delà des élus français, les députés venus de droite, du PS et du centre ont majoritairement voté contre le report du Mercosur.
Cette duplicité a été saisie au vol ce 21 janvier, quelques heures après le vote, par Jordan Bardella. Dans le rôle de l’apprenti manipulateur au toupet macroniste, c’est-à-dire énorme, on retrouve l’insurpassable Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères et porte-serviette d’Emmanuel Macron. Barrot lance, sur X, un cocorico bruyant : « En renvoyant l'accord Mercosur devant la Cour de justice de l’Union européenne, le Parlement européen s'est exprimé en cohérence avec la position que nous avons défendue, ose Barrot. La France assume de dire non quand il le faut, et souvent, l’Histoire lui donne raison. » L'Histoire a bon dos ! Il ajoute : « Le combat continue pour protéger notre agriculture et garantir notre souveraineté alimentaire. » Un propos repris au vol par Jordan Bardella : « Quel extraordinaire aplomb, réplique le président du RN, sur X. Ce combat qui "continue", vous ne l’avez pas même commencé. Pire : vous avez soutenu, accompagné cet accord UE-Mercosur, tout au long des négociations ces dernières années. […] La victoire de ce jour n’est pas la vôtre. » Et vlan !
Quel extraordinaire aplomb. Ce combat qui « continue », vous ne l’avez pas même commencé. Pire : vous avez soutenu, accompagné cet accord UE-Mercosur, tout au long des négociations ces dernières années.
Le Rassemblement National fait le travail que vous, gouvernements et… https://t.co/643R14ZVHm
— Jordan Bardella (@J_Bardella) January 21, 2026
À ce sujet — L’UE et le Mercosur : manifestation paysanne, procédure judiciaire et motion de censure
Décidément, les temps se durcissent, pour nos eurobéats. Jusqu’à provoquer de vives tensions au sein du parti européen de centre droit, le PPE, qui cherche à protéger la Commission von der Leyen. Selon Le Point, Manfred Weber, président du PPE, a fait adopter, mardi 20 janvier, une résolution qui prévoit de priver pendant six mois de tous leurs privilèges parlementaires les députés qui oseraient voter, jeudi, au Parlement de Strasbourg, la motion censure déposée par Jordan Bardella contre la Commission von der Leyen. Dans le collimateur, les quatre députés français LR, sans Laurent Castillot qui vient de les quitter pour rejoindre… Bardella.
Un vent de panique - et de liberté - se lèvera-t-il sur l'Europe ? L'épisode illustre en tous cas à quel point la souveraineté française est entravée, ficelée, écrasée, par l'UE.
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
Popular Posts





































77 commentaires
À RIRI66
Je n’ai rien à ajouter à ce que vous écrivez, sauf à vous proposer d’adresser votre remarque sur Mme Meloni à M. Baudrier :Frères d’Italie appartient au même groupe parlementaire que le RN à l’assemblée parlementaire européenne, comme quoi, et quoique M. Baudrier en dise, le RN qui est tellement ami de ce parti transalpin n’est pas fiable pour le sujet qui nous occupe (et sur d’autres d’ailleurs).
Bonsoir,
Je ne veux pas passer pour un gâcheur de fête, mais il est prématuré de parler de victoire. Comme les agriculteurs et les lecteurs de BV, je salue le vote du parlement européen adoptant à une courte majorité la résolution anti-Mercosur et saisissant la CJUE sur deux points (saucissonnage par von der Leyen de l’accord en 2 parties pour éviter le vote à l’unanimité et non-conformité du mécanisme de « rééquilibrage »), ce qui en théorie ouvre une pause d’un à un an et demi.
Toutefois, je ne me frotte pas les mains trop tôt et attends la suite du feuilleton, car figurez-vous que lors du Conseil de l’UE du 9 janvier 2026, coup de Trafalgar, l’Italie a renié sa parole, s’est subitement désolidarisée du groupe des pays opposants (France, Pologne, Autriche, Hongrie et Irlande) et s’est rangée du côté des pro-Mercosur, ce qui a mis fin à la minorité nécessaire de blocage. Un grand merci à Georgia Meloni pour ce sabotage.
Les contestataires anti-Mercosur étant neutralisés par ce retournement italien de veste, le Conseil de l’UE du 9 janvier 2026 a du coup autorisé von der Leyen à signer le traité de Mercosur et à l’appliquer immédiatement selon les modalités du 5 de l’article 218 du Traité de fonctionnement de l’UE ainsi reproduit : « 5. Le Conseil, sur proposition du négociateur, adopte une décision autorisant la signature de l’accord et, le cas échéant, son application provisoire avant l’entrée en vigueur ».
Le fait est que si cela lui chante, von der Leyen est juridiquement couverte et habilitée par le feu vert du Conseil à appliquer de façon provisoire le traité du Mercosur au vu de l’autorisation du 9 janvier du Conseil de l’UE, et ce malgré la motion du parlement européen et la saisine de la CJUE. Le fera-t-elle et passera-t-elle en force, ou alors attendra-t-elle le verdict de la CJUE ? Je n’en sais rien, la décision lui appartient. Bon ou mauvais, j’attends de voir.
C’est cependant une victoire RIRI.06 mais pas dans le sens donné par M. Baudrier. On ne doit pas ce vote aux députés RN qui font partie du groupe « Les patriotes » à l’assemblée parlementaire européenne, mais à des personnalités inattendues venant de tous horizons politiques, pas nécessairement souverainistes, pas nécessairement rattachées au groupe « Les Patriotes » ; ainsi, du côté allemand, la majorité des Verts s’est alliée avec les parlementaires protestataires AFD (que le RN n’a pas voulu accueillir dans les rangs du groupe « les Patriotes » : quelle lourde bêtise !) et les parlementaires de gauche plus radicale (BSW et « La gauche ») pour exiger cette suspension de vote sur l’accord Mercosur, ce qui est bon signe. Surtout, cette courte majorité a permis de mettre en difficulté le groupe parlementaire PPE dont on connaît le comportement de faux-jeton vis-à-à vis de la présidence de la Commission européenne. Le groupe PPE en a donné des preuves éclatantes lors de l’adoption du plan de gestion de la crise COVID, lors de l’adoption des normes mettant en oeuvre la « négociation verte » (Green Deal), lors de l’adoption d’une réglementation restrictive de l’accès aux réseaux sociaux (DSA), trois textes particulièrement liberticides.
On se demande comment cette conjonction de parlementaires a pu comme cela mettre une claque à ce groupe démocrate-chrétien dont on pourra dire qu’il est devenu le fossoyeur de l’idée européenne (à condition de bien comprendre ce que veut dire « Europe ») mais cela tient du miracle. Donc rien qu’à cause de cela, c’est une réussite.
Mais bien sûr, on ne va pas se réjouir trop vite. Cependant, même si la Cour de justice « s’alignait » sur les positions de la Commission, il sera intéressant de lire le dispositif de son avis pour voir si elle a été capable, comme cela lui arrive parfois d’expliquer que les Etats membres de l’UE ont droit à leur sécurité intérieure, y compris sur le plan économique et peuvent exiger des clauses de sauvegarde suffisamment précises faisant barrage à un libre-échange sans garanties. Oui, cela lui arrive ; à titre d’exemple : l’arrêt Ferring (au titre de la politique de la santé publique), l’arrêt Omega (au titre de la protection de certaines couches de la population face à une avalanche de jeux vidéo, consécutive à une absence de contrôle aux frontières des matériels utilisés), l’arrêt sur les interprofessions agricoles (la politique agricole commune échappe en grande partie aux règles de la concurrence non faussée dans le marché intérieur ; c’est un « secteur excepté »), etc.
L’espoir fait vivre. Il peut même dépasser les états-majors de partis.
Cet événement surprise a valeur de précédent.
C’est signé ! Comment il faut vous le faire comprendre ?
Et pire elle lorgne à présent du côté de l’Inde pour le textile, les médicaments et que sais je encore nous allons être broyés comme le dit très justement P De Villiers
F R E X I T et.. VITE! Notre pronostic vital est engagé!
Une motion de censure c’est comme une commission parlementaire : ça fait travailler quelques indiens spécialisés dans les comités Theodule et le résultat, aussi spectaculaire soit il, ne débouche sur aucune directive contraignante. Bref, c’est un autre type de cirque qui tente de masquer le bazar ambiant.
Et si une fois de plus Macron , der Leyen et beaucoup d’autres avaient roulé dans la farine l’ensemble du monde agricole et paysan ,simplement parce qu’à travers l’europe des usines agro alimentaires ont été achetées par le Brésil ,l’Argentine , d’autres pays sud américains qui peuvent importer ce qu’ils veulent en toute légalité , viandes de toutes espèces et autres denrées qui sont et peuvent être transformées en europe ,en France et donc être estampillées made in UE ou pourquoi pas produit et conditionnées en France sur les étiquettes . Les politiques savent tout ça mais silence , les gueux sont rentrés chez eux ,le calme semble revenu on est « peinards » tranquilles , après les autres se » dé mer de rond » ,désolé ,merci la phonétique, la censure travaille
Alain Proviste
Bravo pour votre lucidité.
roulons les tambours, Lisbonne se prépare à remonter sur scène. Il y aura application du traité même si le parlement européen s’y oppose en demandant l’examen de sa légalité.
Certes c’est une première victoire à une première guerre mais ce qui est lamentable c’est que cette décision de rejet soit remise entre les mains des juges de l’UE . Mais qu’ont ils à voir la dedans ces messieurs qui n’ont aucune , je dis bien aucune, valeur ajoutée ? Ce sont eux qui détiennent les clés du pouvoir ? C’est là un vrai déni de démocratie ou je ne m’y connais pas .
Messieurs les politiques qui n’êtes pas même élus par le peuple , et si pour une fois vous faisiez l’effort de réfléchir , vous êtes payés pour ça non ?
C’est un soulagement dans l’immédiat, mais la guerre n’est pas encore gagnée.Il faut sortir définitivement de l’UE et reprendre notre souveraineté complète. Et négocier, pays par pays.
Dans les 324 pour le mercosur, pourrat on savoir si il y a des deput3s français. Lesquels? Quels partis?? Merci
C’est une victoire à la Pyrrhus pour les agriculteurs et une victoire complète pour les juges. Les souverainetés parlementaires n’existent plus.