[ÉDITO] Lecornu taille dans les avantages des anciens ministres. C’est tout ?

Le nouveau locataire à bail précaire de Matignon a besoin d’envoyer des signaux forts à l’opinion...
Capture d'écran YT MINARM
Capture d'écran YT MINARM

Fin août, François Bayrou avait annoncé, dans l’une de ses lunaires vidéos estivales (Il faut sauver le soldat Bayrou, un film produit, mis en scène et joué par François Bayrou lui-même), qu’il avait confié à l’ancien député socialiste René Dosière, grand pourfendeur des dépenses publiques aberrantes, une mission sur le train de vie de l'État, et plus particulièrement sur les éventuels avantages indus dont bénéficieraient les responsables politiques. En gros, on allait créer une commission pour y réfléchir. Un classique. Ça n’a pas suffit à sauver le soldat Bayrou. Alors, c'est vrai, nos anciens Premiers ministres coûtent de plus en plus cher, sous l'effet de ce qu'on appelle, en finances, un « effet ciseau » : réduction de la durée de vie à Matignon et allongement de la vraie vie.

0,001 % du déficit budgétaire...

Sébastien Lecornu, un pied sur une plaque d’égout, l’autre sur une plaque de verglas, n’a donc pas traîné à trancher : les « avantages à vie » des anciens Premiers ministres seront supprimés à compter du 1er janvier 2026. Le décret devrait sortir très vite. L'ancien ministre des Armées s’est même empressé de poster un message sur X. Comme l’a fait remarquer un twittos, visiblement pas très impressionné par cette mesure, « bravo, il te reste les 1.500 agences de l'État, le sénat, la Cour des comptes, France Télévisions, les départements, les conseils généraux, les hauts-commissariats et les commissions où tes potes macronistes sont recasés et on aura un peu avancé... » Économies à la clef : 1,5 million d’euros, dit-on. Sachant que le déficit budgétaire, pour 2025, était initialement prévu à 139 milliards d’euros, faites le calcul : cette mesure représente 0,001 % de ce déficit budgétaire. Pas de quoi faire « Waouh » et de se prendre pour Colbert ou Antoine Pinay. Mais vous me direz qu’un sou est un sou, qu’il n’y a pas de petites économies, que les petits ruisseaux font les grandes rivières, etc. Et puis, c’est symbolique. C’est d’ailleurs surtout symbolique. Mais les symboles, c’est important. C’est même essentiel.

 

Cela suffira-t-il à sauver le soldat Lecornu ? On peut en douter. Mais le nouveau locataire à bail précaire de Matignon a besoin d’envoyer des signaux forts à l’opinion pour tenter de montrer que sa promesse de la semaine dernière (que les choses doivent changer « sur le fond » et « sur la forme ») n’est pas une parole de plus en l’air. Il en faudra sans doute plus pour convaincre cette opinion publique, exaspérée par cette valse des Premiers ministres et dont à peine 17 % font confiance au Normand.

Les « avantages, ça se mérite »

Mais revenons à ces « avantages à vie » des anciens Premiers ministres. On sait que les Français ont un sens aigu de l’égalité. Dans le triptyque « Liberté-Égalité-Fraternité », c’est évidemment au deuxième principe que nos compatriotes sont le plus sensibles. Avec comme corollaires la jalousie, l’envie, le ressentiment et toutes ces sortes de choses qui font les joies d’un grand peuple. Et, en même temps, les Français sont profondément monarchistes. La monarchie républicaine instaurée par le général de Gaulle leur allait très bien. La restauration de l’autorité de l’État passa par le retour d’un certain décorum autour de la fonction présidentielle (« L'autorité ne va pas sans prestige, ni le prestige sans l'éloignement », écrivait le grand Charles, dans ses Mémoires). Mais, à part les communistes et les caricaturistes, à l’époque, les Français ne reprochaient pas à de Gaulle de recevoir en grande pompe à Versailles ses hôtes étrangers et de se faire escorter par une nuée de motocyclistes. Et lorsqu’il quitta le pouvoir, il refusa de percevoir sa pension d’ancien Président. À sa mort, pour que Mme de Gaulle, veuve de celui qui « avait bien mérité de la patrie », selon un vote de l’Assemblée en 1946, puisse garder un train de vie convenable, il fallut que le Président Pompidou et son Premier ministre Chaban-Delmas prennent les affaires en main et décident de lui faire attribuer d’office une pension de réversion de général de brigade et de conseiller d’État*. Qui, à l’époque, aurait contesté cette décision ?

Aujourd’hui, les Français sont-ils d’accord pour maintenir des « avantages » à des Premiers ministres saisonniers, jouant aux adolescents attardés en poussant la chansonnette avec leur ancienne petite copine ? On peut en douter sérieusement. Pas d’autorité, pas de prestige et, donc, pas de privilèges.

Au fait, maintenant que Lecornu s’est attaqué avec courage, célérité et un esprit de décision forçant le respect aux avantages des anciens Premiers ministres (bon, c’est pas non plus la nuit du 4 août !), quand va-t-il s’intéresser sérieusement aux avantages dont bénéficient les étrangers qui n’ont rien à faire chez nous, car en situation irrégulière, et qui bénéficient de cette fameuse AME ? Une question qui n'est pas à 1,5 million d'euros.

* In De Gaulle, mon père, tome 2 de Philippe de Gaulle - entretien avec Michel Tauriac (page 515, Éditions Plon)

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

110 commentaires

  1. Il faut d’abord stopper l’immigration et l’hémorragie financière qui va avec : associations, AME, prestations sociales, etc… Après on verra.

  2. Pour moi les choses sont simples. Aucun EX de quoique ce soit n’a droit à aucun avantage. En France les fonctionnaires gardent leur emploi quand ils sont élus (ailleurs on démissionne en général) alors STOP à tous ces privilèges (retraite sans cotisation etc..) Des chauffeurs des gardes du corps mais pourquoi ?? Je ne vois pas l’intérêt d’aller assassiner Hollande ou Sarko maintenant c’était avant qu’il aurait peut-être fallu le faire LOL.

  3. Quant à Lecornu et ses intentions (prétentions) de redressement économiques des finances et de dévouement patriotique…je préfères en rire.

  4. En son temps Caligula fit siéger son cheval au sénat pour railler les élites. Macron ,lui , nomme un mouton de Panurge au poste de premier ministre pour parfaire la ruine du pays . Nous avons connu des lendemains qui chantent nous avons des aujourd’hui qui bêlent. O tempora ,O mores.

  5. Il est déjà là à négocier çà et là pour étudier comment préserver le fromage; la « stabilité », cauchemar (que rien ne change jamais est bien un cauchemar) devenu sacro-saint. Alors il lâche quelques miettes aux petits moineaux que nous sommes. Pour que nous la fermions.

  6. Encore un qui nous prend pour des neuneus ! Tailler un tout petit peu dans le salaire de ses copains ministres pour sauver le Petit Caporal et faire accepter à Nicolas d’autres taxes. « Allez, brave Nicolas, encore un effort, aboule l’euro que tu cachais au fond de ton veston. »

  7. Un jet d’eau pour éteindre le feu, c’est dire que je n’y crois pas. Une ruse : donner de l’autre main ce que l’on a pris. Je voudrais me tromper, et j’espère que le suivi sera surveillé.

  8. Je pensais que ce Lecornu était un homme plus intelligent que ça ! A peine arrive, il nous prend déjà ouvertement, pour des demeurés. Il y a tous les ministres, les présidents, les députés, les sénateurs, les hauts fonctionnaires, les présidents des officines d’Etat, les ambassadeurs, la cour des comptes, l’Arcom, le conseil constitutionnel, etc.. Ce Mr Lecornu ignorerait il qu’on a aboli les privilèges en France ? D’ailleurs, lorsque l’on parle des retraites, ce nouveau chef du gouvernement ignorerait il que nous avons près de 35 régimes de retraites différents et que l’on tape toujours sur les moins privilégiés ? Sait il que rien que la gestion de cette pléthore de privilègies coûte déjà plusieurs milliards à Nicolas ? Sait-il qu’un étranger qui arrive en France à 65 ans qui n’a jamais cotisé un cent, peut bénéficier d’une « retraite » plus élevée qu’un smicard qui a cotisé toute sa vie ? Ah, j’oubliais, la retraite du smicard qui a cotisé est imposable, celle du nouveau venu n’ayant jamais cotisé ne l’est pas et il peut donc bénéficier de pleins d’avantages supplémentaires, etc. Mais ils vivent donc où nos irrespon5politiques pour ignorer tout ça ?

  9. Il existe dans ce pays un fond anticapitaliste savamment entretenu par les forces de gauche depuis des lustres. Et cet anticapitalisme mortifère reprend du poil de la bête actuellement dans le cadre des discussions avec le PS pour alourdir encore la fiscalité des citoyens, enfin certains d’entre eux, et des entreprises alors même que le pays crève sous l’impôt. A l’aune de ces discussions, cette mesure symbolique à l’endroit des anciens premiers ministres apparait dérisoire, mais elle est symbolique et à cet égard bonne à prendre. En résumé, au chevet d’une France à l’agonie, le premier ministre aux ordres, de la main gauche accélère le funeste destin, et de la droite pose des ventouses. Conclusion : suicide assisté en cours.

  10. Faux ! La suppression des avantages des ANCIENS premiers ministres n’est PAS rétroactive, l’annonce de Lecornu est fausse. Seuls les Premiers ministres qui quitteront leurs fonctions après le 1er janvier 2026 seront concernés. Les ANCIENS premiers ministres continueront à bénéficier de leurs avantages actuels. Quant aux ministres, ils ne sont pas concernés.

  11. On aime votre humour. Et les choses sont dites. J’ai connu un colonel de votre acabit, tout autant modestement efficace et plaisant.

    Lecornu, le produit de Macron. Avant tout, jeter de la poudre aux yeux. Les deux jours de congés supprimés ne lui coûtent rien. Ils n’étaient pas votés. Gratter « 0,001 % du déficit budgétaire… » un effort louable car très symbolique. Quant à ponctionner les ultras-riches ? Ils resteront riches, le consommateur sera un peu plus pauvre, sans en prendre conscience. Mais les ultras-gauchos seront satisfaits du symbole et de la gloriole. La France, quant à elle suivra la même voie décadente.

    Le twittos révélé résume bien des possibilités d’économies négligées, sachant qu’elles ne représentent que la partie émergente de l’iceberg. Nous ne sommes pas dans les arcanes du pouvoir lequel nous considère comme des billes. En conclusion, Lecornu nous balade, il forge son prochain départ.

  12. Déjà, on commence à jouer sur les mots. La mesure prendra effet au 1er janvier 2026, bien, mais qui sera concerné, les futurs premiers ministres, ou également ceux du passés ? En dehors de cette entrée bien maigre, quelles sont les autres mesures, TVA à 5,5 sur les énergies, suppression de l’AME, fermeture des frontières, sortie de l’europe ? Il n’y a que l’embarras du choix.

  13. Mais il ne taillera pas dans le regime fiscal des élus, ni dans le cumul des retraitres (1 par mandat) qui leur permet dêtre grassement remuneres tout en etant élus.

  14. Il fait donc cadeau des 2 jours fériés qui le redeviennent…. Ben voyons , c’était tellement telephoné cette histoire , tellement grosse ficelle …un peu comme cette histoire du fou qui se tape la tête sur le mur sans raison mais qui vous rétorque que ça fait tellement du bien quand il décide d’arrêter

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