[ÉDITO] Lecornu sauvé des eaux : on dit merci qui ?

C’est ric-rac, mais ça devrait passer : Lecornu et, donc, Macron vont s’en tirer.
Capture d'écran
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Qu’est-ce que le macronisme ? Bonne question. Vous avez trois heures et on ramasse les copies à l’issue. Pour avoir le corrigé de cette belle dissertation, pas besoin de convoquer un aréopage de politologues, d’experts en tout genre, de doctorants en science politique. Non, il suffit d’écouter le discours de politique générale de Sébastien Lecornu, Premier ministre, alpha et oméga du macronisme (il était là à la première heure, il sera là à la dernière) : le macronisme est un opportunisme mâtiné de cynisme. Il fallait donc sauver des eaux, non pas Boudu, non pas Lecornu, mais Macron. A priori, c’est chose faite. Jusqu’à la prochaine. S’il fallait vendre père et mère (à moins que ce ne fût déjà fait), manger son chapeau ou baisser sa culotte, pas de problème, on le ferait, « parce que c’est notre projet ». Ainsi, ce totem absolu de la Macronie - la réforme des retraites, celle qu’Élisabeth Borne défendit, bec et ongles, jusqu’à sa dernière cartouche calibre 49.3 - a été jeté, ce mardi 14 octobre, par-dessus bord de la montgolfière macronienne, histoire qu’elle évite le naufrage. Le naufrage du macronisme et de Macron.

Faisons les comptes

En effet, sachant que les LR ne censureront pas (ce serait un tir fratricide, avec au gouvernement six ministres issus de leur « famille politique ») et que les socialistes ayant fait de cette suspension de la réforme des retraites une condition sine qua non à la non-censure, les motions de censure déposées par le RN et La France insoumise, débattues ce jeudi matin 16 octobre, vont probablement échouer.

De peu. Car il faut 289 députés pour faire tomber le gouvernement. Faites les comptes : 123 députés RN + 16 UDR + 71 LFI + 38 écolos + 17 communistes = 265. Manquent 24 députés pour renverser Lecornu avec, au bout du couloir, la dissolution (« Ces motions de censure sont des motions de dissolution », a déclaré Macron). Les 71 socialistes et apparentés ne voteront pas la censure, ayant obtenu gain de cause (retrait de la réforme des retraites et, pour faire bon poids, abandon du 49.3), les 24 députés manquant pour voter la censure (celle de LFI, pas du RN, évidemment) sont à trouver dans le groupe LIOT (21 députés) et chez les 9 non-inscrits. l'orateur du groupe LIOT ayant annoncé à la tribune que la majorité de son groupe ne censurerait pas, il faudrait donc que tous les non-inscrits votent la censure de LFI - ce qui est peu probable. C’est ric-rac, mais ça devrait passer : Lecornu et, donc, Macron vont s’en tirer. Sauf surprise si, par exemple, des députés PS venaient à voter malgré la consigne du parti, la censure.

Lecornu découvre la Lune

C’était le cœur de ce discours de politique générale de Lecornu, le quarante-et-unième depuis que la Ve République existe. Tout le reste n’était que sauce autour. Un discours qui n’a pas traîné (35 minutes chrono) et est allé à l’essentiel. Durant cette demi-heure, pas une seule fois Sébastien Lecornu n’aura cité le nom du président de la République. Pas nécessaire de jeter de l’huile sur le feu, par les temps qui courent, en évoquant le nom de l'artisan du « chaos organisé au plus haut niveau de l’État », pour reprendre les mots du député LIOT Christophe Naegelen. Un discours de la méthode qui se veut tout le contraire de la méthode macronienne subie depuis plus de huit ans – étonnant paradoxe –, pour sauver Macron. « Ce gouvernement proposera, nous en débattrons, vous voterez », a répété à plusieurs reprises le Premier ministre, semblant découvrir la Lune de la démocratie parlementaire. Une révolution copernicienne après huit ans de macronisme vertical qui, du reste, nous a plutôt plongés dans les abysses que tiré vers le haut. Promis, on va plus faire comme avant, jurent les macronistes anonymes. Bazardé, aussi, l’arme absolue du 49.3. Donc, « plus de prétexte pour une censure préalable », fait remarquer le Premier ministre. C’était donc ça.

Repli stratégique ou reculade

« Vous venez de tout céder au PS, qui a fait 1,7 % à la présidentielle », lâche Éric Ciotti, résumant cruellement ce repli stratégique macroniste que d'aucuns qualifieraient de reculade. En attendant - jusqu’au prochain épisode -, « la messe est dite », pour reprendre les mots mêmes de Gabriel Attal. « La messe est dite », avoue en effet, dépité, le président du groupe macroniste à l’Assemblée, constatant qu’il y a une majorité de députés dans cet Hémicycle opposés à la réforme des retraites. Ah bon ? Quel aveu ! Après que les macronistes ont tout fait durant des mois, malgré cette majorité, pour que le débat sur la réforme des retraites (on est pour, on est contre, ce n'est pas le sujet) ne revienne pas dans l’Hémicycle...

Oui, le macronisme est un opportunisme mâtiné de cynisme. Au fait, merci qui ? On va laisser le lecteur travailler un peu.

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

127 commentaires

  1. Pour commencer, un aspect que personne ne relève, trouver 36 ministres en deux jours et deux nuits, c’est à inscrire au Livre des Records,mais c’est aussi louche que les élections en Roumanie avec avec plus de 4 millions d’électeurs pour le candidat pro-Bruxxxelles trouvés en 2 semaines.
    Ensuite; la ficelle grosse comme un cable, le report de l’affaire des retraites en…2027. Ben voyons, comme çà, Son Illustrissime Grandeur le Présidant de la République Emmanuel Macron pourrait voyager tranquille pendant un certain nombre de mois. ( Il avait l’air fort nerveux en Egypte quand il expliquait que la crise en France,ce n’est pas lui, c’est les Français ).

  2. Le gouvernement Macron s’est déculotté avec la suspension de la réforme des retraites. Ce qu’il ne dit pas, ce sont les conséquences graves qui vont suivent. Vous savez ce qu’on lâche d’un côté, on vous le reprend de l’autre de façon encore plus dure. Vous me dégoûter. Je vous rappelle les paroles de macron, pas d’impôts et dans le même temps il continue à dilapider l’argent des français.

  3. Surtout ne pas parler , de l’immigration , de l’islam , du terrorisme islamiste , de l’insécurité , à la limite on peut parler du problème de la drogue . Nier tout ce qui préoccupe les Français .

  4. M. Lecornu allant au perchoir c’était lady Chaterley sur son cheval. Largué en rase campagne par son chef qui n’en est plus à une reculade près, il a dû se soumettre à la honte de revenir sur la réforme. Cette réforme est morte et enterrée car la reporter à la campagne présidentielle de 2027 signifie qu’aucun candidat ne pourra l’inscrire dans son programme. La gauche a rentré dans la tête des Français que travaillet c’est mal et que moins on en fait plus on peut gagner. Et la droite ? De plus en plus nulle. Laissez donc le général De Gaulle où il est, aucun d’entre vous ne peut s’en prévaloir.

  5. Quelle honte, quelle indignité, quelle tambouille écoeurante pour sauver sa gamelle ! Et après on s’étonne : oh là là, que d’abstentions, les gens ne votent plus !

  6. Quelle gabegie! Ma sympathie de 40 ans pour le PS s’était dissoute en 2017 car il ralliait leur chouchou macron que j’exécrais au plus haut point. Bien que m’étant tournée vers Marine, pour moi une droite sociale et plus fiable que les LR, j’espérais que le PS se ressaisisse mais force est de constater qu’il est de plus en plus écoeurant et se fout du peuple et notamment des classes moyennes.

  7. L’équation est simple à résoudre. Macron, le Mozart de la finance au service de l’étranger, le mondialiste, le chef qui a « cheffé » plus de 1200 milliards de dettes, celui qui coule la France en catimini en laissant Ursula le mener par le bout du nez, celui qui privilégie l’action sournoise des juridictions suprêmes, celui qui laisse la France progressivement submergée par une immigration qui porte dans ses valises des barbares qui massacrent, développent les trafics de drogues, l’islamisation radicale et l’antisémitisme, celui qui concoure habilement à la désindustrialisation de la France, celui qui à conduit à l’affaissement de notre agriculture, celui qui sape les organes de vie de la société, logement, santé, éducation, humanisme, famille traditionnelle, celui-là est rejeté par les français. Il se nomme Macron. Ceux qui soutiennent cette décadence accélérée, quels que soient leurs motifs, n’ont plus droit à la considération des électeurs de droite.

    Chez LR, un courant soutient cette politique de désagrégation de la société française. Wauquiez, sous ses airs de premier de la classe, en est le meneur principal. Imaginez ses positions s’il parvient au pouvoir, indécis, sautant d’un pied sur l’autre à la mode Macron. Non merci, on a goûté. Retailleau reste l’homme de l’ombre, fort en paroles mais qui s’efface au moment d’agir. Position inadaptée lorsqu’il s’agira de redresser la France au forceps. Reste ceux qui se questionnent. Rejoindre Ciotti ou pas ? Ils rejoindront Ciotti ou ouvriront un nouveau parti lorsqu’ils auront fermement constaté que leur parti LR coule par dérives prononcées, positions inadaptées.

    En conclusion, en l’état, le parti LR est appelé à devenir négligeable à la suite d’une prochaine élection, qu’elle soit législative ou présidentielle. Wauquiez et Retailleau ont miné leur chance de porter la fonction suprême. Par leur soutien à une gouvernance, à un courant qui a plombé profondément la France, ils se discréditent.

    D’autant qu’ils se rangent auprès des rangs socialistes lesquels ont toujours été les champions de l’augmentation des impôts au détriment des économies et de la productivité. La preuve en est avec cette suspension de la réforme des retraites la quelle va coûter un bras à la France pendant une décennie au minimum. Car pour faire évoluer les états d’esprit en marche arrière, recul de l’âge de départ à la retraite, ce sera une sinécure. Pendant ce temps, la concurrence étrangère va prospérer, alourdissant d’autant nos handicaps.

  8. Maintenant il faut être patient et attendre les prochaines élections 2026 et 2027, et vérifier les scores LR et PS, qui vont par connivence laisser les Français se faire dépouiller un peu plus.
    Impardonnable, nous sommes le pays le plus taxé, le plus imposé, avec le déficit le plus important, ce qui prouve que la solution n’est pas dans le prélèvement fiscale mais bien dans les économies, trop d’émigration qui nous coûte un max, trop d’aides a des associations qui ne servent à rien,un groupe France télévision qui nous coûte la peau des yeux au service de la propagande, des institutions qui nous ruiner, un mille feuille de collectivités locales toujours plus gourmand, mais rien ne change, on continue a prelever de l’impôt on reporte (supprim) la réforme des retraites, ce qui fait que rien n’est résolu et que notre situation économique ne fera que s’aggraver
    Triste pays que la France

  9. Un budget qui ne prévoit Rien sur l’immigration qui nous coute pourtant des Milliards !! Adieu les 10 % d’abattement pour les retraités, il n’aideront plus le petit fils pour l’achat d’une voiture …Mme Michu aurait fait mieux . Les LR , vont pouvoir changer le nom de leur parti , ils garderont LR , mais ça deviendra les Les Ripoux !

  10. Lecornu aurait pu s’épargner de longues minutes de discours en le résumant en une phrase : « Mon unique objectif est de sauver le soldat Macron, je n’ai que faire du reste ». Ultime infamie de la macronnie sous les applaudissements du PS et l’assentiment de LR les deux partis qui ont conduit la France là où elle se trouve aujourd’hui. Cette citation que j’ai modestement imaginé prend tout son sens « Séparément il ont mis la France à genoux, ensemble ils la couchent à terre ». Le mensonge Lecornu ne tardera pas à déchaîner les foules, en contre partie du mini renoncement à la réforme borne qui en soi est déjà accablant, les impôts déguisés en taxes vont s’abattre sur la classe moyenne et sur les retraités actuels ou futurs. L’immigration invasive totalement effacée par Lecornu s’occupera de l’achèvement économique, social et sécuritaire de notre pays. Mr Faure, Mr Wauquiez, merci pour ce moment.

  11. Censure ou pas, cela se jouera sur moins de dix voix, voir sur deux ou trois… Il y a des élus députés qui vont se faire remonter les bretelles sur les marchés de Provinces. Wauquier, après sa déclaration de non censurer, rentrera dans son fief, tout fier d’avoir berné son collègue de Parti, Le Vendéen Bruno Retailleau.

  12. Très bon article..Merci…Mais pendant ce temps où est passé Mr Retailleau qui a déclaré « aucun LR ne participera à ce gouvernement »…N’est-ce plus lui le Chef ?…A ne pas en douter, ça va « gigoter » dans les têtes de certains…encore une fracture, la dernière avant l’explosion de ce parti..?

  13. « Vous venez de tout céder au PS, qui a fait 1,7 % à la présidentielle. » Oui, M. Ciotti, cela s’appelle la « démocratie », le système où désormais 1,7% représente une majorité écrasante. Enfin … il paraît (il faudrait tout de même refaire les calculs). Plus sérieusement, les masques tombent, PS, LR et j’en passe. De toute façon, le PS retournera sa veste demain, dans 15 jours ou dans trois mois, quand il aura obtenu tout de qu’il pouvait obtenir, cela s’appelle le « en même temps » … inutile de donner des explications aux macronistes, ils savent de quoi je parle.

  14. 123 députés RN et 71 LFI.
    Alors quant un LFI nous explique qu’il sont le plus grand parti de France, ils ne s’en gênent pas, encore une fois ils nous mentent effrontément, une pratique courante a gauche car en plus, si on veut rajouter les écolos et les communistes çà fait un drôle de parti a la ramasse.
    Merci de nous le rappeler.

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