[ÉDITO] Le « moine-soldat » Lecornu et la chanteuse Karen Cheryl
À l’heure où nous écrivons ces lignes, la France vient d'hériter d'un nouveau gouvernement Lecornu II, avec en lieu et place de Bruno Retailleau, le préfet Laurent Nunez au ministère de l'intérieur. Rachida Dati reste à la Culture, Jean-Noël Barrot aux Affaires étrangères et Gérald Darmanin à la Justice. Le changement de cap que la France n'est pas pour demain : Macron garde la main. Toujours cette semaine - mardi plus précisément -, Sébastien Lecornu prononcera son discours de politique générale. Un pensum traditionnel qui avait du sens lorsqu’un nouveau Premier ministre, en montant à la tribune de l’Hémicycle, avait la quasi-assurance de durer et de mettre en œuvre une politique sur plusieurs années. Mais là ? Il est fort probable que son discours se résumera en une phrase : « Il faut un budget à la France avant le 31 décembre. » Merci, on savait.
Exercice de « stop-and-go »
Mais cet impératif contraignant - ou cette contrainte impérative - n’est pas nécessairement un argument pour faire confiance d’emblée à un gouvernement qui aura été nommé dimanche soir à l’arrache. Après tout, cette situation d’urgence (le Parlement, de par la Constitution, doit disposer de soixante-dix jours pour discuter des budgets de l’État et de la Sécu) dans laquelle le pays se trouve aujourd’hui tient de l’exercice de « stop-and-go » (pardon pour l’anglicisme) auquel se livrent Macron et Lecornu depuis que ce dernier a été nommé une première fois à Matignon, il y a maintenant plus d’un mois, rappelons-le (avec tous ces épisodes, on a déjà oublié le premier). Que de temps perdu en attentes, tergiversations, circonvolutions : mission, démission, re-mission d’un Sébastien Lecornu, « moine-soldat » (c’est ainsi qu’il se qualifie lui-même) de la secte macroniste, qui finira peut-être à la trappe pour rejoindre la procession de frère Barnier et frère Bayrou.
Lecornu, « moine-soldat » ?
Nous ignorons si le « Premier ministre de semaine » s’inflige la discipline, dans le secret de sa cellule d’anachorète, une fois terminés ses allers-retours entre Matignon et l’Élysée – après tout, ça le regarde –, mais on peut raisonnablement se demander en quoi démissionner le lundi et revenir le vendredi relève d’une quelconque règle monastique. Quoique, il est vrai, l’on dit qu’il faut beaucoup d’humiliations pour faire un peu d’humilité, vertu chrétienne par excellence. Et là, pour le coup, Lecornu est comblé. La France aussi, d'ailleurs.
Pas certain, en effet, que les Français soient sensibles à ce sens du sacrifice sublime qui confine au grotesque et aura sans doute contribué à accentuer un peu plus la déconsidération du personnel politique aux yeux de nos concitoyens. Puisque notre déambulation vespérale fait un détour par la sacristie et le cloître, nous vient à l’esprit cette phrase tirée de l’Évangile : « Que votre oui soit oui et que votre non soit non. » Lecornu a dit « non » le lundi et « oui » le vendredi. Que répondront les députés au Normand, après son discours de mardi ? « P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non » ?
N'est pas Karen Cheryl qui veut...
Il y a quelques mois, Isabelle Morizet, de son nom de chanteuse des années 80 Karen Cheryl (Oh ! Chéri, chéri), était interviewée sur Europe 1. « Mais pourquoi n’avez-vous jamais rechanté ? », lui demande le journaliste. En effet, Karen Cheryl avait annoncé, au début des années 90, qu’elle arrêtait sa carrière de chanteuse pour devenir animatrice, et depuis, elle n’est jamais revenue sur cette décision. Mais il y a tant de chanteurs qui annoncent un jour que ça y est, c’est le dernier tour de chant, le dernier disque, et qui, finalement, y retournent, car c’est plus fort qu’eux... Réponse en substance d’Isabelle Morizet (nous citons de mémoire) : « J’ai dit, lorsque j’ai quitté la scène, que j’arrêtais définitivement. Je considère qu’il y a une certaine élégance à respecter sa parole. » Visiblement, la politique n’est pas un concours d’élégance.
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
Popular Posts





































66 commentaires
Décidemment, ce gouvernement est biscornu. (c’est facile mais tellement tentant de le dire….) On en rit mais c’est nerveux.
Si on joue à « squid game » en reprenant les même joueurs jusqu’au printemps 2027, ça va faire un paquet de saisons. Après « lecornu 2 », peut être un « lecornu 3 », 4, 5. Enfin ça va faire plus de cocus que de morts. Aux frais de Nicolas bien sûr.
Malgré tout, on a beau dire, l’habit fait le moine.
PM de semaine, c’est bien trouvé, M. Michel !
Avoir un budget…C’est une formule qui n’est pas utilisée quand ces gens évoquent les ménages. Là, ils parlent de « pouvoir d’achat », la capacité à payer que j’utilise pour expliquer par ailleurs que le pouvoir d’achat a disparu chez quasi tout le monde autour de la classe dite moyenne. Avoir un budget, pour cela il faut de l’argent, or chaque mois, on a combien de plus en déficit ? J’ai fait faire des travaux dans ma maison, payé grave, et puis l’entrepreneur me propose encore une protection humidité sur la façade…Je lui ai répondu que c’est sans doute une bonne idée, oui, il peut jeter son produit sur les briques….mais je n’ai pas de budget! Il n’a pas insisté, il est parti !
Moine soldat? C’est une hérésie!! Un moine pour défendre le Christ ou le messie hérétique macron qui laisse les églises être vandalisées ? Soldat? Quand je vois un soldat, je n’imagine pas Lecorniaud au combat, surtout pour avoir dit qu’il était le ministre le plus faible de la république. Il se donne un surnom qui ne lui correspond pas du tout, surtout dans un pays où être chrétien est considéré comme être fachiste pour l’audiovisuel public, la gauche et le centre.
Malheureusement, ce type fait plus souvent penser à une carpette qu’à un chef de gouvernement. Et c’est sans doute pour cette raison qu’il a été choisi, le taulier à deux balles ne supportant pas la moindre contradiction. Ceci dit, il ne faut pas compter sur moi pour le plaindre, il en sortira toujours aussi incompétent, mais bien mieux payé.
lecornu : tout dans sa dégaine sonne faut ,se tient pour ne pas rire et faire comme brigitte un doigt d’honneur a l’ assistance .
L’habit ne fait pas le moine et tout porteur de tonsure n’a pas forcément rejoint l’ordre monastique.
Si Dati reste à la culture pour mettre la rouste et privatiser le sévices audio visuel public et l’ARCOM, j’adhére, mais elle seulement et à cette condition
tu peux rêver…
Quel éclectisme Mon Colonel, de l’anachorète à Karen Cheryl !
La conclusion d’Isabelle Morizet est parfaite, la parole vaut l’homme ou l’homme ne vaut rien.
Oui, non, ça s’en va et ça revient…….. Retenez moi. Je m’en vais… Et si finalement, Lecornu était sous emprise ? Dans ce cas, il faut le sauver.
Du grand Michel ce matin, avec une plume acérée trempée dans le fiel ! Oui, être un moine soldat est bien un sacerdoce, car comment être plus dévoué que Lecornu ?
Pendant ce temps le susdit va se pavaner chez pharaon drapé dans ses oripeaux de chef dont on ne sait plus quoi en tant faiseur de paix ,nous continuons notre marche forcée vers l’abîme . Mais demain, après l’oraison funeste du moine soldat, on efface tout et on recommence la sinistre pantomime .
Je préfère remercier Isabelle Morizet. Je suis heureuse de voir qu’il y a encore des gens qui ont une vraie parole, des valeurs. C’est quand même un truc en voie de disparition qui mérite d’être salué !