Derrière le collège Stanislas, l’enseignement catholique au pied du mur

La spécificité de l’enseignement catholique est remise en question. Et la liberté scolaire.
@Cellette-Wikimedia
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Dans l’œil du cyclone, l’établissement privé sous contrat parisien est aux avant-postes des difficultés auxquelles est confronté l’enseignement catholique. Des tensions amenées à se durcir.

L’académie de Paris s’intéresse de près aux enseignements de « culture chrétienne » de l’école Stanislas. Idem, ses cours d’éducation sexuelle feront l’objet d’une « attention particulière » quant à leur conformité au programme. Ces avertissements formulés dans un communiqué de l’Éducation nationale paru début juillet font suite à la dizaine de visites de l’établissement que l’académie de Paris a effectuées entre février 2024 et mai 2025.

L’affaire remonte loin. Précisément à février 2023 lorsque Pap Ndiaye, l’éphémère ministre de l’Éducation nationale, saisit l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR) pour fouiller la pédagogie et l’enseignement dispensés dans l’institution scolaire parisienne. Cette enquête était provoquée par une campagne de matraquage menée par Mediapart et L’Express, qui accusaient le groupe scolaire Stanislas de véhiculer une vision « sexiste et homophobe » de la société.

Le cours de « culture chrétienne » ne peut être obligatoire

Quelques mois plus tard, en juillet 2023, l’Inspection générale rendait un rapport lourd de recommandations. Dans son communiqué, l’Éducation nationale se satisfait que, parmi celles-ci, « dix ont fait l’objet d’une mise en conformité satisfaisante ». Mais le ministère veille au grain. Il indique désormais surveiller de très près l’application « à partir de la prochaine rentrée scolaire » du « programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité » qui comporte, notamment, la « promotion d’une culture de l’égalité entre les filles et les garçons, la lutte contre toutes les formes de discriminations ou de préjugés, ainsi que la prévention des violences, notamment sexistes et sexuelles ».

Au cœur de cette nouvelle mise au point, l’Éducation nationale avertit l’établissement que son « nouvel enseignement de culture chrétienne s’apparente à de l’instruction religieuse, inscrit à l’emploi du temps des élèves ». Stanislas a donc été mis en demeure de « s’assurer de l’accord explicite des parents » pour respecter la « liberté de conscience » qui « implique l’adhésion des parents au suivi d’un tel enseignement ». Le directeur de l’établissement, Igor Le Diagon, a réagi, pour France Info, à cette annonce : « Nous avons été surpris d'apprendre, le 28 mai dernier, de la part des inspecteurs, que [l’enseignement de culture chrétienne] devrait désormais devenir facultatif. Il s'agit là d'une demande nouvelle. » Le directeur estime que cette question « dépasse le seul cadre » de son établissement et concerne l’enseignement catholique « à l’échelle nationale ».

Où sont les évêques ?

Et pour cause, c’est bel et bien la spécificité de l’enseignement catholique qui est ici remis en question. Et la liberté scolaire. Rappelons que l’enseignement privé sous contrat avec l’État scolarise 17 % des élèves en France, soit deux millions d’élèves.

Selon l’interprétation de la loi Debré de 1959 qui fait de l'enseignement privé « une liberté essentielle », les temps d'enseignement de la foi ne sont pas obligatoire. « La loi peut faire l’objet d’interprétations, décrypte, pour BV, un cadre expérimenté de l’enseignement catholique. À partir de quand implique-t-on la foi des élèves ? » Autrement dit, ce sont les inspecteurs de l’Éducation nationale qui décident qu’un cours qui aborde culturellement la religion chrétienne, implique la foi des élèves. Car, qu’est-ce que la spécificité de l’enseignement catholique, ce fameux « caractère propre » inscrit dans la loi Debré, si ce n’est, a minima, « la découverte culturelle de la foi chrétienne » ? Pour ce cadre, il s’agit « d’un cliquet supplémentaire ayant pour but de sidérer l’ensemble de l’enseignement catholique », car l’institution Stanislas fait figure de « navire amiral ». En effet, si dispenser une formation de culture chrétienne n’entre plus dans le caractère propre de l’enseignement catholique, alors quelle est l’étape d’après ? « Retirer les crucifix de nos classes ? », s’indigne notre interlocuteur, qui interpelle les évêques de France : « Seuls eux pourraient faire entendre leur voix et taper du poing sur la table pour dire : ça suffit, laissez nous affirmer notre identité. » L’enjeu est de défendre la notion de « caractère propre », non définie dans la loi Debré.

La gauche radicale à la manœuvre

Ce sont les résurgences de la vieille lutte anticléricale d’une gauche viscéralement opposée à l’enseignement privé, parce qu’elle ne supporte pas la liberté d’enseignement et les valeurs de l’Église. Ainsi, le député LFI du Val-d'Oise Paul Vannier ne cesse de demander au préfet « d'examiner l'opportunité de résilier le contrat d'association entre l'État et l'établissement Stanislas ». Il juge que la mise en demeure de Stanislas n’est « pas à la hauteur de la répétition des manquements constatés ».

Derrière le caractère obligatoire d’un enseignement religieux, c’est le caractère proprement catholique qui est remis en cause. Car pourquoi ce qui fonctionne depuis 1959, date de la loi Debré, est remis en cause en 2025 ? Il est notoire de constater qu'un abîme se creuse progressivement depuis cinquante ans entre la société française et l’enseignement de l’Église et de l’anthropologie catholiques.

Au-delà de l’aspect confessionnel propre à l'enseignement catholique, tous les Français doivent être concernés par la déstabilisation de l’enseignement privé qui reflète, une fois encore, la menace qui pèse sur les libertés en France.

Picture of Yves-Marie Sévillia
Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

43 commentaires

  1. J’avais compris que les inspecteurs étaient là pour inspecter , constater le respect de la réglementation , pas pour porter des jugements de valeur ( voleur ? ) .
    Quelle est la position du très haut BAYROU , Grand croyant devant Dieu le Père ? Il n’est pas acceptable qu’il garde le silence sur ce sujet .
    Surtout , ne touchez pas à l’enseignement catholique vous ne pourriez que le regretter messieurs les crétins .

  2. « Ce sont les résurgences de la vieille lutte anticléricale d’une gauche viscéralement opposée à l’enseignement privé, parce qu’elle ne supporte pas la liberté d’enseignement et les valeurs de l’Église.  » Parfaite illustration du pouvoir de nuisance de la Franc-Maçonnerie triomphante.

  3. cathos….infréquentables on vous a dit…….ceux de 2025 comme ceux de 1792 puis de 1905
    une « race » à éliminer pour l’extrême gauche, la gauche et même le centre macroniste et les pervertis LR MODEM complexés ……
    ils posent le problème des écoles catholiques sous contrat donc recevant des subventions publiques et, à ce titre veulent les controler
    il faut qu’elles sortent du statut sous contrat si elles veulent dispenser l’éducation que nous, parents, avons choisie pour nos enfants – ça veut dire plus de subvention d’état donc on paye plein « pot »
    le but est d’imposer la « sélection » par l’argent : ceux qui pourront payer et d’autres pas
    ce biais fera disparaitre nos écoles catholiques qui sont de plus en plus choisies, y compris par des foyers qui n’ont pas de religion d’attachement voire même une autre religion (les copains de mon fils étaient juifs musulmans – 2 étaient protestants)
    la gauche continue les aberrations de la loi de 1905, oubliant qu’elle a déjà spolié le patrimoine des églises catholiques
    on a donc déjà largement payé (depuis plus d’un siècle) pour que nos enfants gardent leurs écoles et reçoivent une éducation catholique.
    L’état a fait main basse sur le patrimoine et, en contrepartie, il s’est engagé à payer l’entretien de nos églises, de nos écoles etc…..
    Les églises….on voit ce que ça a donné : elles s’effondrent donc contrat non trespecté
    maintenant nos écoles sont attaquées pour des raisons évoquées fallacieuses : contrat encore non respecté

    alors ils rendent le patrimoine, tout ce qu’ils ont volé, et on fait ce qu’on veut dans nos écoles, plus besoin de contrat et l’église catholique a les moyens de son enseignement

    c’est bien « pratique » pour les gauchistes d’oublier l’histoire, seulement en partie, quand ça les arrange !
    rendez l’argent et les biens

    • Hélas pas si sûr que ça que l’Eglise ait les moyens d’assurer toutes ces dépenses…
      Certes elle possède de grandes richesses mais qui ne lui procurent presque aucun revenu !

    • Merci !!!! A un moment faut arrêter les âneries
      Quand on voit certains politiques bien de gauche qui mettent leurs gamins dans de prestigieuses écoles comme l’école Alsacienne très cotée et on y en rentre que si piston, et qui critiquent l’enseignement privé, arguant que nos gamins ne doivent aller que dans l’ecole publique dont nous voyons les limites, franchement, ils seraient presque comiques si ce n’était pas si pitoyable

  4. Une fois de plus, on « tape » sur l’enseignement catholique, si on y met son enfant, il faut accepter les cours justement de catéchisme sinon on le met dans le public
    Et allez jeter un œil sur certaines écoles d’une certaine religion, on aurait des surprises mais chut faut rien dire bien sur

  5. La Gauche d’arrière arrière garde continue son combat contre les catholiques et en même temps fait mine de lutter contre l’entrisme islamique .

  6. Si on veut remettre « l’église au milieu du village » (c’est le cas de le dire), o, peut rappeler le taux de réussite aux examens des élèves de Stanislas? Alors… les recommandations « hors sujet » de l’EN, n’est-ce pas, elles peuvent en l’occurrence aller à la poubelle, là où est leur vraie place!

  7. Je trouves que ces établissements catholique devraient êtres plus surveillés ,et pour les établissement privée je ne vois pas pourquoi nous devrions payer pour eux ils veulent une école privée pour leurs enfants et bien qu’ils paient mais pas nous

    • Encore un qui ne vit pas en direct les bienfaits de la diversité et de l’enseignement déclassé de l’école publique.

    • Ouh là l’orthographe ça pique les yeux !!!!
      Mais ils payent pour leurs enfants, il est où le problème ?
      S’il y a bien des établissements qui devaient être surveillés, ce n’est certainement pas les établissements catholiques !

    • Fort bien, alors laissez nous déduire de nos impôts la quote part dédiée à l’Éducation Nationale. Laissez-nous déduire aussi, tant qu’on y est, la quote part des sévices publics que sont devenues les chaînes d’état. Et allons jusqu’au bout, si on commençait d’arrêter de subventionner l’Humanité et les autres médias? JE paye un abonnement à un hebdomadaire car JE veux le lire. Cet hebdomadaire ne touche pas de subventions. Je ne vois pas pourquoi MES impôts devraient servir à diffuser des torchons!

    • Pour l’enseignement public pas besoin de plus de contrôles l’échec ne peut être plus flagrant et la nullité abyssale…
      Pour l’enseignement privé il faudrait effectivement ouvrir les yeux et en prendre de la graine afin de prendre exemple !
      Quant au financement du privé, ce sont tous les parents des élèves qui le financent par le biais de leurs impôts… probablement bien plus que bon nombre de parents du public qui profitent sans aucun scrupule d’un enseignement qu’ils croient gratuit !

  8. J’étais dans un lycée catho il y a très longtemps. Il n’était pas mixte, mais l’égalité entre
    filles et garçons était une évidence.
    Bien sûr, la famille n’était envisagée que structurée par un père et une mère.

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