Condamnation express d’une femme qui squattait la maison… d’un juge

L’affaire de cette squatteuse montre que la Justice peut se montrer expéditive… quand elle le souhaite.
justice

Mauvaise pioche. Le 3 août dernier, une trentenaire prénommée Marion a forcé le volet d’une maison située à Sète afin de s’y installer illégalement. L’indélicate pensait avoir fait une belle trouvaille, mais elle ignorait un petit détail : la demeure en question appartenait à un magistrat.
Celui-ci a aussitôt lancé les démarches nécessaires pour déloger Marion de sa résidence secondaire. En l’espace de quelques jours, la squatteuse a été miraculeusement arrêtée, présentée devant le tribunal judiciaire de Montpellier et condamnée. Elle a écopé de six mois de prison avec sursis probatoire pendant deux ans. En prime, elle est interdite de contact avec le magistrat-propriétaire. Une affaire rondement menée.

 

Cette résolution expéditive est d’autant plus étonnante que, lors d’une précédente affaire, l’expulsion de la même Marion avait été autrement plus lente. Il avait fallu non pas quelques jours mais de longs mois pour qu’un homme, prénommé Christophe, récupère enfin son logement. Ce dernier avait été retrouvé dans un état lamentable, avec des excréments sur le sol et les murs. Étrangement, ces faits n’avaient valu aucune condamnation à Marion. Le tribunal l’avait relaxée.

Une Justice à deux vitesses

Pour le commun des mortels, l’expulsion de squatteurs relève du parcours du combattant. Et malgré la loi du 27 juillet 2023, censée simplifier les expulsions, les délais restent désespérément longs, dans la plupart des cas.
Voyez, par exemple, le calvaire que vit cette Nantaise de 78 ans dont le logement a été squatté pendant plus de vingt mois par une famille de ressortissants guinéens. Disposant seulement d’une petite retraite, la malheureuse n’avait plus les moyens de payer sa taxe foncière. Cerise sur le gâteau, c’est elle qui a dû payer les factures d’eau de ses occupants. La préfecture a fait le nécessaire et prononcé une décision d’expulsion, mais celle-ci a été suspendue par un juge, au nom de la « vulnérabilité des occupants ». « La mise en œuvre de l’arrêté attaqué aura pour effet de priver de tout abri les requérants, alors que M. F. est père de deux enfants âgés seulement de 1 et 2 ans, et que les intéressés soutiennent, sans être contestés en l’absence de toute production de l’autorité préfectorale, ne disposer d’aucune solution d’hébergement, en dépit de leurs appels au 115, et d’aggraver ainsi la précarité de la situation des familles », stipule ainsi le jugement rendu en novembre dernier.

 

Mais on nous rétorquera que chaque situation est différente, on évoquera la fameuse individualisation de la peine, etc. Ben voyons ! « Selon que vous serez puissant ou misérable/Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » La Fontaine n'a pas pris une ride.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

107 commentaires

  1. Jadis, une affaire semblable s’est terminée par une condamnation ferme. Il me semble que cet article doit être largement, abondemment, diffusé et sans cesse, jusqu’à ce qu’il paraisse dans les autres médias.
    J’ai toujours pensé que le jour où un membre de la famille proche d’un magistrat sera victime d’un fait divers sordide, la sanction infligée correspondra à celle que les honnêtes citoyens attendent.

  2. Je ne crois pas beaucoup à l’esprit de révolte pacifique des français qui acceptent tellement de choses depuis si longtemps. Mais je vais réviser mon jugement car l’empilement de ce genre d’affaires qui montre le dédain de la classe politique et judiciaire vis-à-vis des français « normaux », des gueux que nous somment, risque de quand même faire exploser la marmite …

  3. ce juge devrait faire l’oprobe de toute la profession pour son faire valoir aussi expéditif que personnel.

  4. Voilà !
    Jugement bien ordonné commence par soi même….!
    Honte à ces pseudos juges d’une  » prétendue justice  » qui s’illustre dans l’ in justice, ou la non justice….
    Et qu’on ne me parle surtout pas  » D’ÉGALITÉ  » ou de  » Justice pour tous « .

  5. Cette affaire me fait penser au vol de la nouvelle voiture de Tony Blair, un ancien ministre britannique du temps Mrs Tatcher, fraichement débarquée dans je ne sais plus quel port. Figurez vous que l’engin a été retrouvé « quickly »!

  6. en ce qui me concerne : 2 squats….3 ans de procédure pour l’un 4 ans pour l’autre et une ardoise totale de 14 000 euros avec les rénovations. 2 décisions au bout de près de 2 ans de procédure mais le prefet n’a jamais voulu prononcer les 2 expulsions

  7. Marion est devenue récidiviste. Il est donc normal qu elle soit plus sévèrement condamnée. Ceci dit, la peine obtenue ne paraît pas tout de même d’une lourdeur extrême.

  8. Que tu sois puissant ou misérable !! Vous connaissez la suite ,toujours applicable même après 1789 !!!

  9. Serait-il possible de connaître l’issue des affaires dans lesquelles ce magistrat a eu à juger d’autres squatters ?

  10. Et si cette procédure faite à sete devenait jurisprudence. Pourquoi attendre des mois alors que un juge lambda a pu la faire exécuter en quelques jours?

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