[CINÉMA] Rental Family, le phénomène des « rentaru furendo » au Japon

Phillip se voit proposer un jour un rôle « d’Américain triste » dans une cérémonie factice de funérailles.
Film Rental Family
Image AlloCiné@Copyright Searchlight Pictures

C’est un phénomène désormais connu au Japon ; le rentaru furendo est un ami de location, un acteur que l’on engage pour remplir un rôle particulier à nos côtés, le temps de quelques heures. Ce peut être un moyen de tromper sa solitude à la maison, de venir accompagné à un événement mondain ou de présenter à ses parents une fausse compagne afin de les rassurer quant à l’état de sa vie sentimentale. Apparu dans les années 80, ce phénomène propre au Japon a connu une telle évolution qu’elles seraient près de 300 entreprises, aujourd’hui, à proposer ce type de service à leurs clients. Un succès qui en dit long sur l’état des métropoles japonaises, prises en étau entre une tradition néoconfucéenne qui exige en toute occasion de sauver les apparences et une solitude moderne néolibérale qui résulte directement d’une forme d’occidentalisation des modes de vie.

Un acteur américain au Japon

Déjà abordé en 2020 dans Family Romance, LLC, de Werner Herzog, le sujet a droit, aujourd’hui, à un traitement plus léger par la réalisatrice Hikari (Mitsuyo Miyazaki, de son vrai nom). Coproduit par le Japon et les États-Unis, Rental Family suit un acteur américain approchant la soixantaine, Phillip Vanderploeg, qui n’a jamais vraiment percé ni au cinéma ni à la télévision, si ce n’est dans quelques publicités d’un goût relatif… Vivant depuis sept ans au pays du Soleil-Levant, Phillip (Brendan Fraser) se voit proposer un jour un rôle « d’Américain triste » dans une cérémonie factice de funérailles dont le faux « mort » cherche simplement à entendre des éloges de sa personne...

Rapidement, Phillip se familiarise au concept de rentaru furendo et accepte divers rôles : faux époux, partenaire de jeux vidéo, journaliste auprès d’une ancienne star du cinéma nippon et, surtout, père occidental de la jeune Mia pour laquelle il va falloir se montrer sous son meilleur jour lors de son examen d’entrée en école privée. Seul problème : la mère de Mia, qui a embauché Phillip quelques mois auparavant afin que le « père » et sa fille aient le temps de faire connaissance, n’a jamais expliqué à celle-ci qu’il s’agissait, en vérité, d’un acteur…

Entre justification et désapprobation

Pensé comme une comédie dramatique, avec ses révélations, ses espoirs déçus et ses bons sentiments, Rental Family aurait aussi bien pu donner lieu à une comédie de mœurs de style burlesque ou potache, étant donné la nature même du sujet et la carrière passée de son acteur principal dans les années 90 (California Man, George de la jungle, la saga La Momie). Néanmoins drôle et émouvant, en dépit de son déroulement extrêmement balisé, le film de Hikari possède une belle énergie qui doit beaucoup au tandem que forment, à l’écran, la jeune Shannon Mahina Gorman et Brendan Fraser. Peut-être manque-t-il seulement, en définitive, un véritable regard critique sur la « location d’individus » au Japon, la cinéaste oscillant constamment entre la justification et la (fragile) désapprobation dans les cas où le client n’est pas au courant d’avoir affaire à un acteur.

Optimiste au point d’en être naïve, Hikari choisit à la fin de parier sur la solidité de ces liens créés artificiellement. Pour notre part, on se contentera de saluer le rebond de la carrière de Fraser que l’on retrouvera bientôt avec plaisir dans le quatrième volet de La Momie aux côtés de Rachel Weisz.

3 étoiles sur 5

 

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

2 commentaires

  1. Franchement, je me demande si nous n’avons pas  » loué  » à l’insu de notre plein gré un président au pays de notre Soleil-Gaulois, qui excelle par sa médiocrité dans les rôles de « commemorateur ». Formé et formaté au théâtre de province, il adore les tragédies funéraires sans se rendre souvent compte qu’il en est le conducteur. Son dernier rôle, en lunettes fumées à tapé dans l’œil du monde qui « en à grand ri ». Je ne sais comment le film va finir. Au cinéma, la meilleure farce est celle qu’on ne voit pas venir.

    • Loué Baalzack ?
      Non, on l’a eu au prix fort Baalzack.
      Mais faut dire qu’il fait tout : serpillière, éponge, voiture-balai, repoussoir, séducteur, conteur d’histoires.

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