[CINÉMA] Perla, le difficile retour aux sources d’une réfugiée tchécoslovaque
Artiste peintre indépendante, Perla a fui sa Tchécoslovaquie natale dans la foulée du printemps de Prague et vit dorénavant à Vienne, en Autriche, avec sa fille Júlia, qu’elle a très tôt sensibilisée à la musique. Les deux vivent une relation fusionnelle aux côtés de Josef, un enseignant autrichien que la jeune femme a rencontré sur place. Le bonheur est au beau fixe, mais l’équilibre familial bascule cependant du jour au lendemain lorsqu’Andrej, le père biologique de Júlia, recontacte Perla. À peine libéré des geôles communistes tchécoslovaques, celui-ci lui dit être atteint d’un cancer avancé et souhaite, plus que tout, rencontrer sa fille…
Les dernières heures du régime
En ce début de décennie 1980, alors même que les intellectuels de la Charte 77, dont Václav Havel et Jan Patočka, préparent la « révolution de velours » et s’apprêtent à faire tomber définitivement le régime communiste, la Tchécoslovaquie vit encore sa période de « normalisation ». À savoir, une période de flicage intensif et de répression de la population, commencée dès 1968 en conséquence du printemps de Prague. C’est dans ce contexte difficile, pour ne pas dire périlleux, que Perla, sous le nom fictif de Petra Hoffmann, entreprend le voyage, aux côtés des siens, vers ce pays natal qu’elle a fui treize ans plus tôt. L’occasion, pour elle, de voir que rien n’a changé pour le moment, que la « société enterrée vivante », décrite par l’historien Pavel Bělina, n’est pas encore sortie de son tombeau. De là l’utilisation judicieuse du format d’image 1,33:1, qui emprisonne nos personnages et les prive de toute sérénité, quand les costumes défraîchis des Slaves se marient tristement à leurs papiers peints hideux des années 60-70…
Le prix de l’égoïsme
Les Tchécoslovaques, en effet, nous apparaissent comme un peuple frustré dont l’indigence cède parfois le pas à l’agressivité. Le personnage d’Andrej n’est d’ailleurs pas si différent de ses compatriotes. Animé d’intentions peu claires, celui-ci semble mendier le retour de sa vie passée et le bien-être qu’on lui a confisqué toutes ces années durant pour raison politique. Tantôt responsable, tantôt adolescente, Perla agit envers lui par sens du devoir autant que par passion égoïste. Car de la même manière qu’il lui prend soudainement l’envie de commander des tonnes de nourriture au restaurant sans être capable de la terminer, la jeune femme se plaît naïvement à imaginer un renouveau sentimental avec Andrej, prenant le risque insensé de perdre Josef. Le prix à payer pour son erreur sera des plus élevés et bouleversera à tout jamais son existence et celle de ses proches. Avec Perla, son second long-métrage, la cinéaste slovaque Alexandra Makarová livre un récit mélancolique et cruel à la fois sur le passé que l’on ne fuit jamais totalement, sur le poids des responsabilités présentes et sur l’avenir que l’on compromet parfois bêtement sous le coup de l’emballement.
3 étoiles sur 5
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