Cinéma : Marty Supreme, le tennis de table à la conquête de l’Amérique

Mise en scène inspirée, reconstitution d’époque, photo impeccable, bande originale onirique : on passe un bon moment.
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Il est sorti il y a deux semaines dans les salles françaises et son succès est tel que l’on se demande déjà si Marty Supreme n’est pas en passe de franchir le seuil du million d’entrées.

Une réussite commerciale indéniable pour le réalisateur Josh Safdie, qui ne s’explique pas tant par le sujet abordé – l’univers du tennis du table – que par la présence, au casting, de Timothée Chalamet, star montante du cinéma américain qui s’est fait connaître à l’international avec Dune, la saga de science-fiction réalisée par Denis Villeneuve.

Le tennis de table dans l’Amérique des années 50

Projet le plus cher jamais produit par la société A24, Marty Supreme est le fruit d’un hasard. La productrice Sara Rossein, épouse du réalisateur Josh Safdie, est tombée, un jour, dans une brocante, sur « un livre poussiéreux » écrit par Marty Reisman (1930-2012), un pongiste new-yorkais qui a émergé dans les années 50, fut plusieurs fois médaillé aux championnats du monde et déclaré vainqueur, à deux reprises, de l’US Open. Le film s’inspire librement de sa vie et nous raconte les débuts difficiles de Marty Mauser (on note le changement de nom), un jeune joueur de Manhattan qui peine à joindre les deux bouts et ne vit que pour porter les couleurs de son pays lors des compétitions internationales. À une époque où cette discipline demeure confidentielle aux États-Unis, cantonnée aux clubs clandestins où se côtoient à la fois les marginaux, les désœuvrés et les passionnés, le jeune homme n’a d’autre option que de vendre des chaussures dans la boutique de son oncle pour financer ses voyages et sa participation aux tournois.

Récit d’un arriviste

Prétentieux, hautain, sûr de lui, Marty Mauser, au fil du récit, se révèle aussi bien déterminé, combinard, faiseur et manipulateur. Véritable tête à claques – et c’est là que se situe la limite de l’empathie que l’on peut ressentir pour son personnage –, ce pongiste immature et grande gueule fuit constamment ses responsabilités et fait payer ses rêves de grandeur à son entourage. À l’image de ce spermatozoïde qui « gagne la course » lors du générique d’ouverture, et féconde sa petite amie, Marty entend bien se hisser à la première place. Pour cela, il faut de l’argent, et tous les moyens sont bons pour l’obtenir : le vol à main armée, les paris truqués, la séduction intéressée d’une ancienne gloire d’Hollywood et même l’humiliation personnelle. Le but final étant d’affronter – et de vaincre – son rival Koto Endo, le champion japonais de cette discipline.

Discours ambigu mais réussite formelle

Hésitant constamment entre la dénonciation et la justification de son comportement, le réalisateur semble éprouver une forme d’admiration, voire de fascination amorale pour le personnage. Lequel finira heureusement par assumer (tardivement) les conséquences de ses actes et se montrera adulte.

Plutôt bavard, excessivement long et complaisant, Marty Supreme n’est pas sans rappeler le cinéma de Martin Scorsese. Heureusement, sa mise en scène inspirée (notamment pendant les matchs), sa reconstitution d’époque, sa photo impeccable signée Darius Khondji et sa bande originale onirique quoique anachronique (Tears for Fears, New Order, Alphaville, Peter Gabriel) nous aident à digérer l’ensemble et nous font globalement passer un bon moment.

3 étoiles sur 5

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

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