[CINEMA] Hermann Göring à Nuremberg : un film psy plus qu’historique

James Vanderbilt passe à côté de la grande Histoire et ramène tout à la psychologie des personnages.
Copyright Bluestone Entertainment
Copyright Bluestone Entertainment

Le 8 mai 1945, à peine plus d’une semaine après le suicide d’Adolf Hitler dans son bunker, Hermann Göring est appréhendé en Autriche, dans l'État de Salzbourg, par l’armée américaine. Sans opposer de résistance, le Reichsmarschall se rend à ses ennemis, puis est interné à Mondorf-les-Bains, au Luxembourg, où, pense-t-il, l’attend une mort certaine. Souhaitant à tout prix éviter le statut de martyr pour les plus hauts dignitaires du Troisième Reich, les Alliés s’activent alors en toute hâte à la préparation du procès du siècle, qui se tiendra du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946. Prévu pour des raisons logistiques à Nuremberg, la ville qui vit la proclamation des lois antisémites de 1935, ce procès historique aura à statuer sur le sort de vingt-quatre prévenus, dont Hermann Göring. Au total, quatre chefs d'accusation sont invoqués par les procureurs américain, britannique, français et russe : complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l'humanité.

Soucieux de la santé mentale des accusés, dont il convient notamment de prévenir tout risque de suicide, les Alliés dépêchent sur place le psychiatre Douglas Kelley. Curieux des raisons psychiques qui ont pu pousser ces hommes à soutenir les projets d’Hitler, Kelley se prend de sympathie pour Göring et entretient avec lui une relation privilégiée, lourde d’ambiguïtés, de mensonges et de manipulations…

Un titre trompeur

Pour son second long-métrage en tant que réalisateur, le scénariste James Vanderbilt porte à l’écran le livre Le Nazi et le Psychiatre - À la recherche des origines du mal absolu (Les Arènes, 2014), du journaliste américain Jack El-Hai. Ouvrage qui se base sur les écrits personnels du véritable Douglas Kelley. Notons, en outre, que par souci d’authenticité, le cinéaste a fait appel à l’historien Michael Berenbaum, spécialiste de l'Holocauste, qui avait déjà travaillé sur La Liste de Schindler, en 1993. Celui-ci a pu livrer son expertise précieuse à chaque étape de création du film, y compris lors de la phase de montage.

Le principal reproche que l’on peut faire à Nuremberg concerne évidemment son titre, suggérant à tort un déroulé exhaustif du fameux procès de 1945-1946. Ce dernier, en effet, débute très tardivement dans le récit et donne l’impression d’avoir été expédié en quelques jours seulement. C’est tout juste si le réalisateur prend le temps de filmer les réactions du public lors de la projection du documentaire Nazi Concentration Camps, présenté à l’époque dans son intégralité. Comme si seules l’intéressaient la préparation du procès – un tantinet survolée – et sa conclusion…

Le portrait d’un homme

James Vanderbilt passe à côté de la grande Histoire et ramène tout à la psychologie des personnages, exploitant à loisir un rapport de forces, en dehors du prétoire, qui lorgne ostensiblement, sans l’égaler, celui de Clarice Starling et d’Hannibal Lecter dans Le Silence des agneaux. Malgré cela, le film porte un témoignage passionnant, celui d’un psychiatre (incarné par Rami Malek) qui s’est laissé amadouer par son redoutable patient (Russell Crowe, excellent). À la fois charismatique, jovial et affable, le Reichsmarschall, ministre de l’Aviation, de l’Économie de guerre, et fondateur de la Gestapo, se révèle très vite dissimulateur, menteur et pétri d’orgueil. Refusant jusqu’à la fin de désavouer Hitler, Göring fera le choix cohérent de s’empoisonner au cyanure dans sa cellule pour échapper à la pendaison, qu’il juge indigne de lui, la mort par fusillade (mort de soldat) lui ayant été refusée par les Alliés.

Plutôt convenu dans son propos général sur l’humanité des salauds et les risques de voir un jour revenir ce type de barbarie, Nuremberg s’avère finalement trop scolaire.

Dans l’attente, peut-être, d’un futur huis clos cinématographique plus exhaustif sur le procès de Nuremberg, à l’image de ce qu’a fait Matti Geschonneck avec La Conférence de Wannsee, nous recommandons à nos lecteurs le documentaire Au cœur de l’Histoire : le procès de Nuremberg, disponible sur Arte.

3 étoiles sur 5

 

Picture of Pierre Marcellesi
Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

16 commentaires

  1. Pourquoi Russel Crowe ressemble au personnage historique, alors que Rami Malek ne ressemble pas au personnage historique ? Leur qualité d’acteur n’est bien entendu pas en cause . Le wokisme aurait-il influencé le choix de l’acteur Rami Malek ?

  2. Un film psy sur le procès de Nuremberg ou le psy américain à la tête de Rudof Hess , freudien ? lacanien ?

  3. J’avais bien aimé un téléfilm en deux parties sur le procès de Nuremberg qui mettaient en scène Brian Cox dans le rôle de Hermann Göring, Alec Baldwin, Christopher Plummer et Max von Sydow.

  4. Un mauvais esprit pourrait dire que si ces nazis étaient fous ils ne seraient pas responsables des crimes monstrueux qu’ils ont commis .

    • Tout à l’nverse de la vraie folie, ces tristes sires étaient froids et déterminés ! la folie
      serait une bien mauvaise excuse… Par contre, on peut dire que  »globalement », ce
      qu’ils ont fait était de la folie, surtout de suivre un vrai psychopate nommé Hitler !

  5. J’ai vu ce film, le choix des acteurs, notamment pour Göring, et le psychiatre. L’un avec un visage , trop décalé, avec le personnage . Le second avec des rictus permanents, sur le sien, assez incompréhensible. Des gros plans de visages très désagréables, une bande son forte et agressive. Scolaire, c’est bien ce que j’ai ressenti . A l’Ouest rien de nouveau.

    • C’est toujours les Américains qui sauvent le monde en cas d’attaque extra-terrestre, ou de virus incroyable, ils sont comme çà, le coeur sur la main.

  6. Le film est globalement bon, dans le traitement du cas Göring.
    Son principal défaut est son americano-centrisme très marqué. Pas une intervention des procureurs français ou russe, pas un mot sur le fait que c’est un geôlier américain qui a fourni la capsule de cyanure, etc.
    Mais Russell Crowe casse la baraque !

    • Ni les Français et encore moins les Russes, n’ont chargé des psychiatres ou des psychologues d’interroger les dignitaires nazis. Par conséquent le reproche d’américano-centrisme n’a aucun sens en l’espèce.

  7. Ne m’en veuillez pas mais cette approche me paraît bancale pour un film de cette importance. Je vais relire les travaux de la politologue Hannah Arendt qui me paraissent plus pertinent pour aborder ce sujet, une petite relecture est toujours sympathique.

  8. Belles prestations d’acteurs, indéniablement.
    Intérêt ressenti par moi : aucun … mais je connais le sujet de façon approfondie et cet angle psy ne m’a pas du tout convaincu.

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

« La dynamique patriote est en marche en Bretagne »
Baptiste Mousseaux sur Radio Courtoisie

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois