[CHRONIQUE] Narcotrafic : la France, une Colombie européenne ?

La vérité est que, durant des années, le trafic de stupéfiants a été toléré.
Capture d'écran
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Certains quartiers de nos villes sont-ils en train de se transformer en cartels de Medellin ? La première question est de savoir comment nous en sommes arrivés là. M. Lecornu annonce que la lutte contre le narcotrafic ne fait que commencer. Mais il y a bien longtemps qu’il aurait dû commencer.

Pour avoir présidé des organismes de logement social depuis des années, je sais que le mal est ancien, qu’il était connu mais, surtout, volontairement ignoré ou, pire, toléré. Il se trouve que les associations de locataires sont représentées au sein des conseils d’administration des entreprises sociales de l’habitat (ESH, autrefois nommées sociétés d’HLM). Sans cesse, celles-ci alertaient sur le pourrissement de la vie dans les quartiers de logements sociaux, transformés en ghettos de l’immigration incontrôlée. Incivilités, insultes, menaces, contrôles d’identité faits par les dealers et, pour finir, règlements de comptes. La situation s’est dégradée lentement, puis de plus en plus vite, du fait de la passivité des autorités.

Un jour, à la fin d’une réunion de conseil d’administration, la présidente d’une association de locataires vint me trouver ; femme vaillante qui cherchait à améliorer la vie quotidienne de son quartier en organisant un concours des balcons fleuris, en animant une fête des voisins, en soutenant l’installation de ruches sur les toits-terrasses des immeubles pour impliquer des jeunes gens désœuvrés dans l’apiculture. Sa requête était simple : « Pourriez-vous faire quelque chose, je me suis fait insulter par un jeune qui cachait de la drogue dans une gaine. La vie devient impossible. J’ai saisi le maire qui m’a renvoyé au commissaire de police qui m’a dit de saisir le procureur de la République. J’ai écrit à mon député qui m’a assuré qu’il allait poser une question écrite sur le trafic de drogue. Quant au préfet, il n’a pas répondu à la lettre que je lui ai adressée. »

Une façon d'acheter la paix sociale

D’autorité impuissante à autorité impuissante, chacun se renvoyait la balle et personne n’agissait. Mais la vérité est que, durant des années, le trafic de stupéfiants a été toléré car il créait un marché illicite qui déversait de l’argent dans des zones pauvres et permettait de donner des moyens de vivre à des gens peu ou pas formés qui y trouvaient un moyen de subsistance. C’était une façon d’acheter la paix sociale. Car personne ne voulait traiter la question embarrassante d’une immigration hors de contrôle qui amenait en France un flux régulier de personnes souvent peu ou pas qualifiées auxquelles nous ne pouvions offrir de réelles perspectives d’emploi et qui, de surcroît, peinaient d’autant plus à s’assimiler que leur nombre était en croissance continue. Sans passer sous silence que l’idéologie dominante s’opposait à toute politique sérieuse d’intégration au nom du respect de la diversité culturelle. Enfin, point d’orgue de tout cela, ce trafic illicite permettait de répondre à la demande de « bobos » urbains, parfois très haut placés, adeptes de la toxicomanie de salon.

Le Premier ministre a bien fait de souligner que la lutte ne faisait que commencer, car elle n’a pas été menée durant des années pour maintenir cyniquement un équilibre social précaire et, sans doute aussi, préserver une source d’approvisionnement pour les héritiers de l’idéologie libertaire soixante-huitarde.

« Le coup » de la guerre

Sans doute l’occasion était-elle trop belle, aussi, pour le président de la République qui n’aime rien tant que les roucoulades guerrières, de lancer une nouvelle « guerre », contre les narcotrafiquants cette fois-ci. Comme s'il espérait secrètement pouvoir ainsi recouvrer un peu de popularité. Mais enfin, il nous a trop fait « le coup » de la guerre. Contre le Covid-19, contre la Russie, contre le narcotrafic. Chacun le sait, les gouvernements aux abois aiment la guerre comme moyen de sortir de l’impasse politique. Mais l’Histoire nous enseigne que la manœuvre échoue toujours et qu’elle emporte généralement le pouvoir en place.

Pour sortir vainqueurs de la lutte contre les cartels de la drogue installés dans les ghettos de nos villes, il faudra user de moyens exceptionnels, changer certaines de nos lois et s’affranchir des entraves juridiques dans lesquelles nous nous sommes enferrés par la signature de conventions internationales qu’il faudra dénoncer. Si la loi fait obstacle à la victoire contre le narcotrafic, il faudra changer la loi.

À l’évidence, ceci est hors de portée d’un pouvoir faible et ne peut-être le fait que du pouvoir fort et souverain que les Français appellent de leurs vœux.

Picture of Stéphane Buffetaut
Stéphane Buffetaut
Chroniqueur à BV, élu de Vendée, ancien député européen

Vos commentaires

40 commentaires

  1. « répondre à la demande de « bobos » urbains, parfois très haut placés, adeptes de la toxicomanie de salon. »
    C’est ça le principal problème ; pas d’acheteurs, pas de trafic.

  2. Très efficace ,si appliquée,serait la déchéance de nationalité suivie de l’expulsion vers un narcoparadis africain ou sud américain (genre Venezuéla cher à M.Mélanchon ,voire la Corée du Nord qui a largement utilisé la valise diplomatique pour financer ses programmes mortifères, mais là problème de livraison..;rétablissement du pilori (tant pis pour les droitdelhommistes), en complément pédagogique de la confiscation des avoirs : compression publique des véhicules des petits parrains,cubes façon César laissés ensuite sur place comme oeuvres d’art en souvenir(il existe des équipements mobiles utilisés par les ferrailleurs) occasion d’une petite fête largement médiatisées pour rabaisser le prestige des petits chefs locaux,etc Les idées ne manquent pas,la volonté,oui !

  3. Un souvenir authentique : dans les années 80 à Marseille un élu de gauche questionné sur la montée du trafic de drogue chez les « jeunes » délaissés des quartiers Nord déclarait cyniquement » qu’au moins c’était pour eux,faute de l’apprendre à l’école ,une initiation à l’économie de marché »..

  4. Arretez avec la Colombie, regardez plutôt du cote du Moyen-0rient ou Afrique du Nord. En Colombie il n’y a pas de consommateurs, d’abord pour le prix ensuite pour la police et les conséquences. C’est comme le pétrole du Moyen-Orient le minimum en local mais tout pour l’export, l’occident en particulier malade de leur idéologie, de leur mode vie et de leur décadence…….

  5. Sur le Canard Enchainé :
    L’ombre du narcotrafic plane sur le trou de la Sécu.
    Les escrocs des centres de santé , principaux fraudeurs de l’Assurance maladie , utilisent les mêmes lessiveuses d’argent sale que les dealers . .

  6. Immigration , islam , délinquance , drogue , les quatre cavaliers de l’apocalypse qui ravagent la France .
    La drogue est consommée à tous les niveaux de la société , comme pour l’alcool la qualité du produit s’améliore quand on monte dans l’échelle sociale .
    La consommation d’alcool est importante au bar de l’Assemblée Nationale , la drogue doit aussi circuler, il me semble qu’un député a été compromis , et il a été bien vite excusé .
    Et le pognon de dingue que rapporte le trafic de drogue , achète tout , s’infiltre partout , et compromet les politiciens .

  7. En 1996, je possédais un établissement de restauration sur une Ile des Antilles. Un de mes clients, plutôt bien mis de sa personne, se vantait, en catimini, d’être le fournisseur du locataire de l’Elysée de l’époque. De part mon expérience liée a la fréquentation des agités du jour et de la nuit, ou du travail, ce qu’en anglais, on nomme « workaholic », alors que chaque soir, après une journée bien remplie, fatigué, je voyais autour de moi des gens dont l’énergie était inépuisable….ils avaient une énergie qui dépassait la norme que je pensais être celle d’un humain normalement constitué…J’ai vite compris d’ou venait ce dopage, qui les faisait être des compétiteurs hors normes, toutes catégories, contre lesquels on n’aurait osé se frotter….et je savais que cette énergie ne venait plus du sucre….Lutter contre le trafic, culpabiliser les français, ou consommateurs lambda, Soit, mais l’exemple doit venir d’en haut…

  8. Mais c’est gr$ace à c etrafic qu les partis de gauche et notamment le PS au pouvoir dès 1981 bouclent leurs budgets même sous les passages de droite (Chirac, Sarko).

  9. Comment lutter contre la prise de drogue et autres stupéfiants quand on sait que dans les plus hautes instances du gouvernement et parmi les députés la consommation est pratiquée. Dans les séries télévisuelles « sniffer, » ou fumer un joint est monnaie courante.

  10. Tant que le vente de drogues entrera dans le calcul du PIB ,je ne crois pas à la volonté du gouvernement d’ éradiquer ce fléau!
    Sommes nous en train d’ adopter le profil de la Colombie et du Mexique où les narcco trafiquants ont pignon sur rue?

  11. C’ est évident qu ‘il nous faudra un pouvoir fort de la trempe de Trump pour éradiquer ce fléau qui gangrène la France et menace notre jeuesse :notre futur!
    Le travail est titanesque car des décennies de laxisme et d’ immigration incontrôlée ont permis ce naufrage mais il faut le faire si nous voulons sauver notre pays!

  12. « …le trafic de stupéfiants a été toléré car….dans des zones pauvres et permettait de donner des moyens de vivre…. ».
    Cette tolérance a conduit le pays à un point de non-retour. À moins qu’on n’applique plus l’État de droit aux trafiquants (et consommateurs)…. Je me permets toutefois de relever un aspect consécutif à un assainissement éventuel et effectif: que vont devenir les milliers de trafiquants de toute sorte et leurs acolytes?

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