[CHRONIQUE] Mais que fête-t-on, le 14 juillet ?
L’objet de cette chronique n’est pas de se demander si le 14 Juillet rappelle la mythique prise de la Bastille, dont l’assassinat immonde de son gouverneur Bernard de Launay - auquel on avait garanti la vie sauve - inaugurait la longue série des crimes révolutionnaires, ou la fête de la Fédération, moment d’émotion nationale et parfaite journée de dupes dont la phrase de Talleyrand à La Fayette résume toute l’ambiguïté : « Par pitié, ne me faites pas rire. »
Il s’agit seulement de s’interroger sur le sens de la fête nationale d’une nation qui n’est plus souveraine. Et qui n’est plus souveraine, non parce qu’elle a été conquise par d’autres, mais parce que ses dirigeants l’ont voulu ainsi et que le peuple français l’a accepté. Pour être juste, reconnaissons que lorsque celui-ci a manifesté qu’il ne voulait plus d’abandon de souveraineté en rejetant le projet de Constitution européenne, la nomenklatura européiste est passée outre, quelques années après, en utilisant la voie parlementaire pour faire ratifier un texte quasi identique à celui rejeté par voie référendaire.
Une nation sans souveraineté réelle est-elle encore une nation ?
N’est-elle pas plutôt une sorte de protectorat ? Prenons un exemple concret. L’Assemblée nationale a rejeté l’idée d’un moratoire sur les énergies éoliennes et solaires pour concentrer les efforts sur l’énergie nucléaire. Décision idéologique pour certains mais, surtout, volonté de se conformer aux exigences du plan énergie climat de l’UE qui a fixé l’objectif d’énergie renouvelable à 42,5 % en 2030. Ainsi donc, la France n’et plus maîtresse de son panier énergétique et est contrainte de se lancer dans une course effrénée aux éoliennes et panneaux solaires. Or, nous savons que ces énergies intermittentes vont renchérir considérablement le coût de l’énergie électrique pour les particuliers et les entreprises. Cette politique menace très directement la pérennité des industries à haute intensité énergétique, telles la sidérurgie et, derrière elle, les industries utilisatrices, dont l’automobile. De surcroît, ces énergies ne sont pas si vertueuses sur le plan environnemental puisque, d’une part, elles nécessitent des centrales thermiques d’appoint quand il n’y a pas assez de vent ou de lumière et, d’autre part, sont polluantes. Les éoliennes de nouvelles génération, hautes de 300 mètres, nécessitent des fondations de 800 tonnes de béton et les pales en carbone ne sont pas recyclables. Autrefois brûlées dans des fours à haute température, elles sont désormais enterrées !
Autre exemple, l’accord Mercosur. La France n’y est pas favorable. Peu importe, la Commission, dotée d’une compétence exclusive en matière commerciale, a signé l’accord. La fin est écrite d’avance ; moyennant quelques petites concessions, l’accord sera modifié, et tant pis pour les agriculteurs français.
Une nation ou un agrégat d'individus ?
Autre interrogation, les Français, au sens juridique du terme, c'est-à-dire ceux qui ont la nationalité française, forment-ils encore une nation ou ne sont-ils plus qu’un agrégat d’individus que plus grand-chose ne relie ? Le texte de la conférence donnée par Renan, en 1882 à la Sorbonne, est bien connu : « Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. » En toute honnêteté, pouvons-nous encore reconnaître la nation française dans cette description ?
Nous subissons un président de la République qui ne sait pas ce que c’est, que la culture française, qui a passé par pertes et profits notre souveraineté au profit de l’UE. Par des politiques irresponsables, nous avons fait venir ou laissé venir en France des populations nombreuses auxquelles nous avons octroyé la nationalité française et qui ne partagent ni notre passé, ni notre culture, ni notre civilisation, dont les défaites sont nos victoires et dont leurs victoires sont nos défaites et dont on peut douter, pour certains, qu’ils aient « le désir clairement exprimé de continuer la vie commune ». Enfin, l’idéologie woke s’acharne à détruire ce qui enracine et relie les Français entre eux en cherchant à leur donner honte d’eux-mêmes. Le 14 Juillet tend à devenir la commémoration d’une nation évanouie.
Au fond, cette fête nationale ne rend plus hommage à une nation évanescente mais est une journée où l’on rend hommage à nos forces armées. C’est bien, c’est même très bien. Encore faudrait-il que nos livres d’histoire scolaire ne détruisent pas son image et que celle-ci ne soit pas perpétuellement citée au tribunal populaire de l’Histoire, version islamo-gauchiste ou woke. Faut-il rappeler que ce n’est pas l’armée qui déclare la guerre mais les gouvernements. Mais ne gâchons pas notre plaisir en contemplant le défilé de nos soldats. Ils sont encore un motif de fierté française et un exemple de dévouement à quelque chose qui dépasse nos égoïsmes : la nation et la patrie.
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55 commentaires
Fêter le même jour le début de la révolution et l’Armée me semble depuis toujours une incongruité. Il faut une journée autonome de l’institution militaire et si on veut tuer le temps une journée révolutionnaire. La France peut vivre sans la République qu’on lui impose ce qu’elle a fait pendant bien plus qu’un millénaire, alors que son Armée lui est indispensable et mérite toute notre reconnaissance.
Article fort. Néanmoins, je ne regarde plus le défilé du 14 juillet, depuis l’élection de Macron (et avant, de Hollande). Voir des soldats rendre les honneurs à un individu qui n’en a pas, m’ulcère.
Merci Monsieur Buffetaut pour cet excellent article. Oui, si les Armées restent une des dernières institutions qui font nation, il serait temps d’interroger les Français sur l’attitude qu’ils adopteraient si une mobilisation venait à être décrétée. Pas sûr d’avoir le même allant qu’en juillet 1914.
Article qui fait honneur à la presse française. Je crois cependant que le 14 juillet était censé fêter la Nation et non la prise de la Bastille. Quoiqu’il en soit « Voir et complimenter l’armée française » est toujours bon pour autant que l’on ne la gaspille pas dans des conflits qui ne sont pas les nôtres pour satisfaire des égos et/ou des options erronées..
Même si la révolution française a été une période des plus critiquable, et meurtrière, ou l’injustice à été érigée en valeur prioritaire, il convient, puisqu’on l’appelle » fête nationale « , de signifier que ce jour rend hommage à la » fédération « , jour où la paix civile semble avoir été actée. Mais, combien le savent. Combien savent ce que veut dire cette fête ? Combien pensent que cette date commémore la prise de la Bastille qui a donné le signal à des massacres inqualifiables. C’est très important que de lettre les points sur les I, pour les futures générations.
Très bon article et merci d’avoir rappelé les détails de la mort du gouverneur (le chef de la prison). Je rajouterais qu’il avait les moyens de massacrer la foule enragée devant la bastille mais qu’il ne l’a pas fait par humanité en ouvrant les portes. Tout ça pour finir lui et les siens, la tête coupée au bout d’un pic baladé dans Paris. Oui et aucun prisonnier politique à la bastille, ce n’est pas une information anodine. De plus comme on le voit avec la Belgique ou l’Espagne, un roi uni un pays, même quand il y a des factures. Nous on en a plus à cause de trop de taxe pour être maintenant le Pays le plus taxé du monde. On a aussi remplacé le roi par le président (lui c’est pour l’avidité et le pouvoir, ce n’est pas de naissance et un devoir), les grands nobles par les ministres et les hauts fonctionnaires, la petite noblesse par les politiques…en bref, la révolution était une erreur voir inutile et elle a même détruit notre seule chance d’être un pays uni avec des valeurs. Je suis hors sujet par rapport à l’article mais je partage ses conclusions, nous sommes dépossédés et violes par l’ingérence étrangère!