Ce que cache le nouveau statut de la Nouvelle-Calédonie voulu par Valls…

« L’État est un ensemble souverain et la souveraineté ne se partage pas », rappelle Frédéric Rouvillois.
©Bastien Preuss/Wikimédia
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À droite de l’échiquier politique comme sur l’île, on se remet doucement du coup de bambou de l’accord de Bougival sur le statut de la Nouvelle-Calédonie. Samedi, la France a appris avec surprise que l’État français allait accoucher d’un nouvel État, l’État calédonien, assorti d’une nationalité calédonienne et d’un statut vis-à-vis de la communauté internationale auprès de qui le nouvel État associé à la France pourra envoyer des ambassadeurs ! Le projet sera soumis à un… nouveau référendum en février 2026. Astuce bienvenue ou lâchage en vue ? Sur place, les réactions sont prudentes ou critiques.

On connaît la combine. Pour les progressistes, la gauche et les européistes, tout vote opposé à leur vœu est provisoire, mais tout scrutin dans le sens voulu est définitif. Pile, je gagne et face, tu perds ! Ce moteur modérément démocratique a permis d’accoucher du traité de Lisbonne sous Sarkozy après que les Français ont refusé par référendum la Constitution européenne. Même limonade en Nouvelle-Calédonie.

Le territoire d’outre-mer a tout de même fait l’objet de trois référendums sur l’indépendance depuis 2018, avec des résultats très nets : 56,7 % des voix contre l’indépendance le 4 novembre 2018, 53,3 % contre le 4 octobre 2020 et 96,5 % le 12 décembre 2021, sur fond de boycott des partis indépendantistes.

« Un sas de sortie vers l’indépendance »

L’accord de Bougival du 12 juillet 2025 prévoit à nouveau une consultation populaire sur le statut institutionnel de la Nouvelle-Calédonie tout neuf concocté par le ministre des Outre-mer, un certain Manuel Valls… Difficile de ne pas voir dans ce statut et les termes de cet accord un toboggan vers l’indépendance. « Il y a une forme de précédent, analyse le constitutionnaliste Frédéric Rouvillois, auteur de nombreux livres, interrogé par BV. En 1958, c’est à peu près la situation des éléments de l’Empire français en passe d’être décolonisés : ils prendront leur indépendance deux ans plus tard. »

Le communiqué du gouvernement le dit, du reste, presque clairement : « Il s’agit d’une nouvelle étape sur la voie de la décolonisation et de l’émancipation de la Nouvelle-Calédonie, dans le respect des principes démocratiques et de l’État de droit. » Le chemin est tracé, mais la barrière de l’indépendance n’est pas tout à fait franchie ! Il faudra que les habitants ratifient l’accord… Étrange, cet État dans l’État, rappelle Frédéric Rouvillois, car « l’État est un ensemble souverain et la souveraineté ne se partage pas ». Le constitutionnaliste est sévère, sur ce dangereux montage : « Ce qu’on nous propose est une sorte de système fédéral, la France devenant une sorte de fédération. »

Valls met en place, selon Rouvillois, « une sorte de sas de sortie vers l’indépendance ». De quoi inquiéter les loyalistes qui savent bien que la Nouvelle-Calédonie passera, en réalité, d’une dépendance à une autre, de la France à la Chine, l’Australie ou les puissances locales qui regardent notre terre avec les yeux de Chimène. « On ouvre la porte », résume Rouvillois.

« On aura l’air malin, quand la Chine reconnaîtra l’État calédonien ! »

L’accord calédonien n’a pas, non plus, les faveurs du RN, qui n’a obtenu que 4,57 % des suffrages au premier tour des législatives de 2024, en dépit des efforts de Marine Le Pen. « Si, à brève échéance, cet accord conjure sans doute le risque du pire, il n’en demeure pas moins profondément ambigu, comme l’était en son temps l’accord de Nouméa », estime-t-elle, dans un communiqué. La patronne du groupe RN à l’Assemblée résume l’enjeu : « L’accord de Bougival s’apparente, en réalité, à la gestion de la dette publique par Emmanuel Macron : il achète du temps à crédit en en reportant le coût sur les années à venir. » Toujours au RN, le député européen André Rougé, délégué national du RN à l’outre-mer, estime anormal que le pouvoir se soit dispensé de l’avis des grands partis politiques français : « C’est comme si on invitait les conseils généraux de Brest ou de l’Allier pour décider de l’indépendance de la Bretagne ou du Bourbonnais », lance-t-il. Pour lui, « cet accord est là pour flatter l’ego de Manuel Valls », le ministre des Outre-mer.

La France a-t-elle vraiment pris la mesure de l’importance stratégique de cette présence dans le Pacifique sud aux enjeux majeurs, de cette ressource en nickel (20 % à 30 % des réserves mondiales !), de la richesse des eaux territoriales. « On aura l’air malin, quand la Russie, la Chine et l’Azerbaïdjan reconnaîtront l'État calédonien ! », lance André Rougé. De son côté, la députée européenne Sarah Knafo dessine un avenir de prospérité au territoire dans la France.

En attendant, les Calédoniens indépendantistes considèrent qu’ils ont emporté une victoire. Le précédent calédonien risque en effet de faire tache d’huile, en Corse et dans l’ensemble de l’outre-mer… Attention aux répliques. La macronie aura décidément beaucoup saccagé.

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Marc Baudriller
Directeur adjoint de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

88 commentaires

  1. Moi cela me rappelle une histoire commencée en juin 1958.  » Je vous ai compris ».
    Celle-ci est en train de s’achever en métropole dans les conditions épouvantables que l’on connait,au quotidien. Aujourd’hui il n’y a pas pire ennemi e la France que ses politiques.
    Oui il faut les rendre responsable de leurs actes Lorsqu’ils nous mènent à la ruine  » la fleur au fusil ». Le tribunal de l’histoire ne suffit pas.

  2. Tout d’abord, le référendum doit être national et non pas limité à la seule Nouvelle Calédonie : l’île fait partie intégrante de la Nation, de son territoire , de ses zones d’influence
    Nous ne pouvons pas nous permettre d’abandonner également la ZEE centrée sur le caillou ( outre la pêche, il y a les activités liées à l’exploitation des fonds marins) ; notre souveraineté sur cette zone du Pacifique est essentielle notamment sur le plan stratégique et militaire au moment où l’accord AUKUS est devenu effectif ( sans parler des appétits de la Chine sur la zone )

    • Le référendum doit être national ? Regardez avec l’Algérie ce que ça a donné ! Fini un territoire presque
      5 fois plus grand que la France, fini le pétrole + le gaz + tous les métaux précieux + 2 récoltes par an. Ah pardon, j’allais oublier, nous avons gagné l’immigration algérienne – entre autres et nous payons même leur retraite quand ils sont morts.
      Et nous, perso, qu’avons-nous vraiment gagné ???

  3. Je sens que la France va être le dindon de la farce…. ils auront leur indépendance pour tout ce qui les arrange mais on continuera de les abreuver de subventions en tout genre et ils auront tous l’autorisation de venir sur le territoire français quand ça leur chante.
    S’ils veulent leur indépendance, qu’ils assument : zéro subventions, zéro visa pour la France, zéro service public payé par nos impôts, et dém….vous !

  4. Désolé, mais pour moi c’est pas la France là-bas !
    Qu’on leur donne leur indépendance et qu’ils nous oublient… pas comme l’Algérie qui a eu la garde du pétrole et la France la garde des enfants turbulents (pour être gentil).

    • Oui, mais l’Algérie a fait partie de la France souvenez-vous., divisée en départements, préfectures autrement que la Maroc et la Tunisie qui gardèrent leurs souverains. Et il ne faut pas trop le rappeler car de ce fait, les ressortissants algériens ont de fameux droits pour ce qui est de la nationalité ( les territoires qui ont été français ou sous administration et dont les habitants peuvent se présenter comme francophones, c’est le cas de la Wallonie en Belgique mais personne ne le sait peuvent demander la nationalité française sans stage, si cette disposition est toujours d’actualité. Si quelqu’un veut bien confirmer ou infirmer…

  5. Oui, cela semble très ambigu. Il semblerait que la France a décidé de lâcher tous ses territoires à l’appétit des autres pays intéressés. Un article bien étayé par des spécialistes, historiens de surcroît, serait bien venu pour expliquer moins succinctement ce que représente la Nouvelle-Calédonie et les enjeux, stratégiques ou pas, de ce nouvel accord.

  6. Cette proposition d’accord est une véritable trahison de ce qu’est la Patrie France. Un Etat n’est pas divisible. Vals et Macronsont des traitres à la Patrie en puissance !

  7. La France veut sans doute copier le Commonwealth mais la France n’est pas l’Angleterre et manque de conviction (sinon on jouerait en blanc à Rolland-Garros).

  8. Moi j’ai l’impression que l’on vient de donner le code de la carte de crédit à une entité territoriale pour avoir une certaine paix er quelle belle opportunité en particulier pour les états prédateurs qui rodent autour du caillou . Perseverare diabollicum .

  9. Bien évidemment aprés la NC pour son indépendanse viendra nos iles Martinique,Guadeloupe,Reunion,Corse ect…il fait du bon travail le Valls espagnol socialiste qui n’aime pas la France.

  10. En 1988, Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur échangeaient, les yeux dans les yeux et tout sourire, une franche poignée de mains, aujourd’hui immortalisée dans le bronze d’une statue sur la place des Cocotiers de Nouméa, pour célébrer les Accords de Matignon, concluant une décennie de troubles en Calédonie.
    Le fils de Jean-Marie et Nicolas Metzdorf nous ont donné l’image d’un « check », poing contre poing, sans l’ombre d’un sourire, à l’issue de la signature des accords de Bougival. Voilà qui donne à réfléchir. Avouez que la poignée de mains de 1988 avait une autre gueule !

  11. Cette solution type « en même temps  » est un pas officiel vers l’indépendance de la NC . Mesure de pas de vagues du gouvernement responsable mais qui ne se mouille pas. Les ressources minérales de la NC sont déjà convoitées par d’autres pays et pour cause. Décidément on perdra tout avec la Macronie.

    • Oui avec la macronie la France perd tout , et surtout son honneur . Il y a déjà eu 3 référendums et Valls , sponsorisé par le méprisant de la république essaye encore de nous biaiser … avec un i pour être poli .

  12. Avec ces informations, si le conseil constitutionnel signe ce torchon, les mots ne veulent plus rien dire. Valls a allumé la mèche lente pour les successeurs.

  13. Donnez les clés d’un pays à des socialo-communiste, même déguisé en Macron, et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, ça devient un b—-l inouï !
    Donnez des responsabilités à un certain Valls, qui ne sait même pas où est sa nationalité, entre la Suisse, l’Espagne, ou la France, et, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, ça devient un b—-l sans nom !
    C’est pourquoi l’association d’un Macron et d’un Valls ne peut être que catastrophique pour la France !

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