Ça vient de sortir : l’électeur RN est un salarié « isolé » et « méfiant »

Cette nouvelle enquête complète le portrait déjà peu reluisant d’un électeur RN qui n’a rien pour plaire.
@Pexels
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« Vous êtes isolés au travail et votre job ne vous apporte pas le statut social souhaité ? Vous votez probablement pour le RN », écrit BFM Business. De même, Le Monde pointe « la frustration et la défiance » qui, « dans l’environnement de travail, nourrissent le vote d’extrême droite ». Sentez-vous monter la musique dépréciative ? Les médias s’appuient sur une enquête qui vient de paraître et qu’ils caricaturent à peine. Elle a été réalisée en 2024-2025 et menée par deux professeurs de HEC, Yann Algan et Antonin Bergeaud, aidés d’un étudiant, Camille Frouard.

L’employé RN est mauvais camarade

Dressons le portrait du salarié travaillant dans le privé et votant RN (ou Reconquête!, c’est pareil : la « droite radicale »). « Isolé socialement », il « se défie fortement de ses collègues ». On ne fait pas grand cas de ce triste sire dans l’open space : « Suggestions non écoutées, faible sentiment d’appartenance à l’équipe, entraide en berne »… L’image qui s’en dégage n’est pas reluisante. Extrapolons. Sournois, le salarié RN se glisse vers la machine à café et prend le dernier sachet de sucre. Las, plus de touillette, ce qui alimente son aigreur. Il retourne à sa place avec le sombre projet de voler des Post-it® qu’il emportera chez lui pour noter ses courses. S’il était un personnage de The Office, il serait paranoïaque comme Dwight, falot comme Toby et aussi inutile que Creed.

Heureusement que tous les employés ne sont pas comme lui ! Avec contraste, le salarié LFI « fait confiance à ses collègues de travail ». Ses qualités font merveille, « bonne entraide entre collègues, solidarité d’équipe ». Il en ressent un « fort sentiment d’utilité ». On imagine d'ici ce collègue idéal. Le bon compagnon qui partage son dessert à la cafétéria et raconte des blagues rigolotes. Votre surligneur fluorescent est fatigué ? Il vous donne le sien. À la pause clope, son briquet est toujours disponible. En cela il ressemble fort au salarié centriste, qui cumule, lui, « toutes les formes de confiance, de sérénité et d’épanouissement ». Pas une, toutes. Le salarié centriste a atteint le nirvana alors que « l’électeur du RN est le seul dont la confiance dans ses propres collègues est négative ». La confiance négative, curieux costard taillé sur mesure pour cette créature des ténèbres.

Un « isolé » de plus en plus nombreux

Ces portraits poussés au noir cachent une autre réalité. En réalité, « le RN n’est pas un bloc », il compte plus de salariés « RN heureux » (60 %) que de salariés « RN malheureux » (40 %). Mais l’accent est mis sur ces derniers, et complaisamment repris par les médias. Il faut à tout prix les rendre peu sympathiques, ces électeurs, d’autant que le RN et Reconquête! représentent le premier parti du salariat privé (22,6 %) et des cadres (« 14 %, devant Renaissance et LR à 13 % »). Leur « isolement » n’en apparaît que plus paradoxal… À moins de prendre en compte que se dire RN au travail peut être synonyme de discrimination et de harcèlement.

Le mal-être du salarié RN — qu’il soit réel, supposé, ou exagéré — n’est pas seulement dommageable pour le monde de l’entreprise. C’est aussi « un enjeu démocratique ». Car « cette méfiance généralisée (…) se transfère vers une méfiance accrue envers l’étranger ». Si on traitait son mal-être avec des méthodes modernes de management, le vote RN baisserait. CQFD.

N’en jetez plus !

En février 2024, un économiste avait déjà expliqué le vote RN par le travail de nuit, qui entraîne un repli sur soi. Puis BFMTV répondait positivement à cette question : « Le mal-être au travail, un carburant du vote RN ? ». Cela rejoint d’autres « études » qui participent à faire de l’électeur RN un repoussoir. De tempérament, l’électeur RN est malheureux et pessimiste. Il sort de l’école sous-diplômé et inculte. Admettons qu’il trouve du travail malgré son pauvre CV, il se comporte donc en mauvais collègue, peut-être en proie à une « colère sociale “racialisée” ».

Si dans son malheur il a adhéré au parti, il finit en tôle où les gens comme lui sont surreprésentés. Et ne parlons pas de sa vie personnelle : « 58 % des Français refuseraient d'avoir un rapport sexuel avec un partenaire d'extrême droite ». Ça s’appelle la scoumoune… ou la manipulation. L’étude de HEC tombe quelques jours avant les élections municipales. L’abominable portrait doit dissuader d’autres électeurs de voter RN. Qui aurait envie de ressembler à un décavé haineux et solitaire, errant dans la vie comme une âme en peine ?

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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

2 commentaires

  1. D’une part, Reconquête ferait mieux de se poser la question pourquoi sa cible électorale lui préfère le RN. D’autre part je suis stupéfait par les travaux de recherches de ces grandes écoles (publiques). Dresser le portrait robot de l’électeur RN, HEC n’a rien d’autre à penser que d’établir d’aussi prestigieux comptes-rendus. Passons le côté partial de ce rapport universitaire, si c’est pour nous pondre de genre d’analyses, il y a fort à penser que les français seront de plus en plus nombreux à se persuader de l’inutilité de toutes ces institutions de l’enseignement supérieur.

  2. BFM le Monde… tout est dit, je traduis en gauchiste radical pour que ce soit plus clair, « isolé et méfiant »cela veut dire: l’électeur RN est un « léger malade mental », inadapté et envieux.
    le problème étant que les envieux sont de gauche en général, pour preuve quand ils ont des BMW et des Audi d’occasion quand il votent à gauche, y compris LFI.
    De nombreux électeurs de gauche sont envieux et jaloux des gens beaux, heureux, bien portants ou qui ont réussi quelque chose…
    Le vote « médiocratique » gagnera il les éléctions?

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