Arc France, un géant historique du verre face au redressement judiciaire
Depuis le 7 janvier 2026, le verrier historique Arc France, dont le siège social et la principale usine sont implantés à Arques, dans le Pas-de-Calais, a été placé en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Lille. Cette décision marque un tournant majeur pour une entreprise emblématique de l’industrie française, longtemps considérée comme l’un des fleurons mondiaux des arts de la table et héritière de près de deux siècles d’histoire, de production et d’innovation.
Un marché durement éprouvé
La mise en redressement judiciaire n’est pas la conséquence d’un événement isolé mais l’aboutissement d’une dégradation longue et profonde de la situation économique du groupe. En effet, depuis plusieurs années, Arc France subit de plein fouet l’évolution du marché mondial des arts de la table, marqué par une concurrence internationale extrêmement agressive, en particulier en provenance d’Asie et d’Europe de l’Est, où les coûts de production sont nettement inférieurs malgré une qualité qui n’est pas au rendez-vous
À ces pressions structurelles s’est aussi ajoutée la crise sanitaire de la pandémie de Covid-19 qui a entraîné une chute brutale des ventes dans les secteurs de l’hôtellerie, de la restauration et de l’événementiel. La reprise est alors restée fragile et a été rapidement freinée par la hausse spectaculaire du prix de l’énergie à partir de 2021, un facteur particulièrement pénalisant pour une industrie gourmande en électricité.
Malgré plusieurs tentatives de redressement financier, dont un plan de refinancement de 42 millions d’euros validé en 2025, la trajectoire économique de l’entreprise n’a pas pu être stabilisée. L’État français a pourtant soutenu le verrier à de nombreuses reprises, notamment à travers des prêts accordés entre 2020 et 2023 pour un montant supérieur à 138 millions d’euros ainsi que par des abandons partiels de créances. Ces dispositifs n’ont cependant pas suffi à éviter la situation actuelle.
Un avenir incertain
L’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire ouvre ainsi une période d’observation destinée à rechercher des solutions industrielles et financières, mais elle fait peser une incertitude considérable sur l’avenir du site, dont le sort sera connu le 10 mars prochain. Arc France emploie aujourd’hui environ 5.700 salariés dans le monde, dont près de 3.500 en France, essentiellement concentrés sur le site historique d’Arques.
Selon Frédéric Specque, délégué syndical central CGT chez Arc France, plusieurs scénarios étudiés dans le cadre de la procédure font apparaître la menace de plusieurs centaines de suppressions de postes, certaines projections évoquant jusqu’à 500 emplois directement concernés.
Afin de tenter d’éviter une réduction massive des effectifs et de préserver l’outil industriel, Timothée Durand, descendant de la famille historiquement liée à la verrerie d’Arques, a annoncé son intention de porter un nouveau projet de reprise visant à sécuriser l’activité et à maintenir un maximum d’emplois sur le site. De leur côté, de nombreux habitants de la région ont décidé de se mobiliser pour soutenir le verrier en effectuant des achats solidaires. Cette mobilisation a eu un effet immédiat : en janvier, le magasin d’Arc France à Arques a enregistré une hausse de 73 % de son chiffre d’affaires, illustrant l’attachement des Français soucieux de la survie de cette entreprise emblématique.
Un héritage industriel de près de deux siècles
Fondée en 1825, la verrerie d’Arques s’est d’abord imposée comme une modeste cristallerie produisant du verre soufflé et de la verrerie domestique. Son implantation à proximité du canal reliant Saint-Omer à Aire-sur-la-Lys facilite alors l’acheminement des matières premières et la diffusion des productions.
C’est à Georges Durand, entré dans l’entreprise en 1897 puis devenu propriétaire en 1906, que l’on doit la première grande phase d’expansion. Sous son impulsion, l’entreprise prend le nom de Verrerie-Cristallerie d’Arques et engage un mouvement de modernisation qui transforme profondément l’outil de production. Son fils, Jacques Durand, rejoint l’entreprise en 1927 et joue un rôle déterminant dans son développement. En effet, marqué par un voyage aux États-Unis en 1930, il introduit à Arques des procédés de production alors inédits en Europe.
Après les perturbations de la Seconde Guerre mondiale, la croissance reprend fortement, soutenue par les investissements rendus possibles grâce au plan Marshall. L’entreprise crée et développe alors des marques appelées à devenir des références mondiales, comme Arcoroc ou encore Luminarc.
La progression des effectifs illustre cette réussite industrielle. La Verrerie-Cristallerie d’Arques franchit le seuil des 1.000 salariés en 1951, celui des 2.000 en 1960, atteint 4.600 salariés au début des années 1970, puis 6.000 en 1973. En 1990, l’entreprise emploie 11.133 personnes et produit près de 350.000 tonnes de verre par an, dont une grande majorité est destinée à l’exportation. À l’aube des années 2000, ce sont encore près de 12.500 verriers qui travaillent pour le groupe, faisant d’Arc l’un des plus grands employeurs industriels du nord de la France.
Cependant, le début du XXIe siècle marque un tournant tragique pour l’entreprise. En 2003, Arc International enregistre son premier exercice déficitaire. La spirale de la réduction d’effectifs s’enclenche alors, avec notamment 2.659 postes supprimés en 2004. En 2008, l’arrêt de la production de cristal dans le Pas-de-Calais scelle aussi la fin d’un pan historique de l’activité et entame le chapitre de sa longue période de décroissance, dont le redressement judiciaire de 2026 pourrait être la dernière page.
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52 commentaires
Je déplore cette npuvelle catastrophe sociale, mais je suis d’accord avec la personne qui dit qu’il ne sert à rien de dépenser des millions d’agent public pour sauver une industrie malade, cela ne fera qe retarder l’issue fatale. Au lieu d’accuser le président de tous les maux, il faudrait peut-être réaliser que la société évolue. Il y a presqu’un siècle, les listes de mariage comportaient de la vaisselle de Limoges, ds couverts de chez Christophle et des verres de qualité. Les jeunes qui en héritent les mettent au rebus pour s’acheter des trucs de chez Ikea, si voous n’en êtes pas concaincus, allez donc faire un tour aux puces à Saint-Ouen. C’est à pleurer !
Très attristée par cette nouvelle. J’apprécie beaucoup la verrerie d’Arc. Mais quand on flâne dans les grands magasins il est exact qu’ils nous proposent beaucoup de productions venant d’Europe de l’Est ou d’Espagne… J’espère qu’une solution favorable sera trouvée pour que cette industrie ne disparaisse pas, une de plus, de notre paysage !
Il faut retrouver notre indépendance électrique, avec le NUCLEAIRE. C’est ce que redoutent tous nos…concurrents. NUCLEAIRE et FREXIT…Et laissons Oursoulayen et les débris de l’UE. Avec Freluquet ils pourront sabrer le champagne dans des gobelets en carton…Si le champagne existe encore!.
Tout est plus important que l’industrie et le peuple français. Bruxelles, l’Ukraine, le Groenland, les sanctions contre la Russie et un marché européen ouvert priment sur le concept de « Made in France ». Le travail ne vaut rien car l’État étouffe les salaires sous un flot incessant d’impôts et de taxes. Avec des dépenses publiques dépassant les 50 %, la France se rapproche davantage du socialisme que d’une économie de marché. L’immigration s’est muée en submersion, saignant les finances publiques par le biais d’économies parallèles, des recettes qui devraient être fournies par les citoyens. Cessons de contribuer à Bruxelles tant que la bureaucratie n’aura pas été réduite de 70 % et qu’un changement de cap n’aura pas eu lieu au sommet de l’État. Quittons l’UE et retournons à la CEE.
Les fours pourraient peut être être transformés pour chauffer à l’électricité au lieu du gaz importé, nous avons les centrales nucléaires qui en produisent à bas coût, cela aurait permis à beaucoup d’entreprise de ne pas mettre la clé sous la porte (boulangers) à d’autres grosses consommatrices de partir à l’étranger où l’énergie est moins chère (USA)
Le prix de l’électricité est donné par l’état seul actionnaire d’EDF il pourrait être préférentiel pour nos boulangers au lieu de le vendre à perte sur le marché européen selon les décisions de UE
Supprimer des postes de délégués syndicaux salariés pour ne rien faire (CGT Cancer Généralisé du Travail)
Pour ma part, j’essaie toujours d’acheter des marques françaises, par patriotisme mais également par la qualité des produits. Cependant, croyant acheter purement français, mon IA m’informe bien souvent que l’entrepris a été rachetée par des firmes US.
Encore une « réussite » signée Macon
Instaurer des sanctions financières contre la Russie au niveau de l’énergie a et continue de détruire nos entreprises françaises.
Le gouvernement préfère aider l’Ukraine plutôt que de défendre l’économie française
Combien de subventions publiques (nos impots) pour soutenir une activité vouée à la disparition grace à l’U.E ,
On doit frôler le milliard d’ €
Un nouveau grand merci à l’europe et sa politique des portes ouvertes, ainsi qu’à son engagement guerrier pour l’Ukraine, qui a eu pour résultat de nous priver d’un gaz Russe à prix abordable. Mais bien évidemment, pas question de modérer les décisions néfastes prises et à venir.
Tous les jours… Auchan, Poîlane, les marques de vêtement, les chutes (Stellantis)… L’impact arrive bientôt ! C’est le FMI qui va nous remettre dans l’axe. Et ça va piquer !
FMI avec Lagarde…Bon courage. Et surtout ne vous réveillez pas!..
Encore un fleuron qui va disparaitre, un de plus , un de trop, quand ils ne sont pas vendus, bradés ils coulent
Des entreprises centenaires voire plus, qui ont résisté aux guerres mais le plus gros fléau on le connait, il sévit depuis 2017…
Et encore un « Fleuron » de plus qui plonge ,reflet de l’état de notre pays
Ils nous auront tout fait , ils nous aurons tout fait perdre .
Attendez! En fouillant un peu, ils vont bien trouver encore quelque chose à détruire…ou…à vendre…
Cette industrie dépend beaucoup du prix de l’électricité. Si Lecornu signe le décret de la PPE3 (programmation pluriannuelle de l’énergie) qui prévoit des investissements massifs dans l’éolien et le solaire totalement inutiles et même nuisibles, alors ce sera le coup de grâce pour Arc.
Comment Macron peut-il être aussi aveugle ? Ne voit-il donc pas comment la soi-disant transition énergétique ruine l’Allemagne ? Les énergies renouvelables constituent un modèle économique fantastique pour les investisseurs, mais pas pour les consommateurs. Les subventions et les prix d’achat garantis de l’électricité transforment la transition énergétique en un gouffre financier pour les contribuables.
Ras le bol des voitures électriques, éoliennes, panneaux solaires etc…et toutes ces imbécilités qui ne produisent rien et sont nuisibles mais remplissent certaines poches…
Exact !