[ANIMAUX] États-Unis : on va abattre 450.000 chouettes… au nom de la protection de la nature

Quand écologie rime avec technocratie, vive la gibecière et le calibre n° 10 !
Une chouette rayée.
Photo de Harvey Reed: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/oiseau-branches-photographie-animaliere-aviaire-6152689/
Une chouette rayée. Photo de Harvey Reed: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/oiseau-branches-photographie-animaliere-aviaire-6152689/

Le lièvre a été levé aux États-Unis par le sénateur républicain John Kennedy, et il est de taille. Un plan établi par le Service de la pêche et de la faune sauvage prévoit d’abattre 15.000 chouettes rayées par an sur la côte ouest. Soit, sur la période de 30 ans envisagée, 450.000 animaux tués. La protection de la nature a d’étranges prolongements.

Feu à volonté sur l’oiseau migrateur

Le motif exact de cette hécatombe ? La chouette rayée marche sur les plates-bandes de la chouette tachetée. Plus conquérante, elle gagne du terrain. Plus chasseresse, elle accapare les proies. Des gestionnaires écolo-technocrates entendent rectifier ce que cette « lutte pour la vie » a d’implacable. Le volumineux dossier sur la question est un modèle de planification démiurgique. Le titre est un cauchemar : « Décision concernant la mise en œuvre de la stratégie finale (sic) de gestion de la chouette rayée et la délivrance d'un permis spécial en vertu de la loi sur les oiseaux migrateurs […] ».

Le dossier qualifie la chouette rayée d’« invasive » (p. 4), comme si elle avait été importée là par accident et méritait donc un traitement approprié. Or, elle ne répond pas à la définition, puisqu’elle ne fait qu’accroître son territoire : elle « a commencé à étendre son aire de répartition vers 1900, en même temps que la colonisation européenne et grâce aux changements anthropiques ultérieurs » (p. 4). Derrière l’accusation contre l’homme, et l’homme blanc, c’est en fait un cas de symbiose entre deux espèces. La chouette rayée est par ailleurs protégée au titre d’oiseau migrateur par la législation, mais on fera l’exception qu’il faut : elle pourra être tuée au fusil de chasse (« d'un calibre n° 10 maximum », maigre consolation pour elle), prise au filet, au piège à mâchoire, à la perche ou au collet (pp. 41-42). Tout un arsenal cynégétique que, subitement, certains écologistes trouvent acceptable.

Abattons, Dieu y reconnaîtra les siens !

Les écolocrates ont réponse à tout. Ils assurent que la présence des chasseurs, les coups de feu en direction de la chouette rayée, ses cris de détresse ne perturberont pas sa rivale, la chouette tachetée (p. 14). Ils admettent, par contre, que ce raffut pourrait affecter le guillemot marbré. Mais Dieu y reconnaîtra les siens. Etant donné qu’il est raisonnable « de supposer que les chouettes rayées consomment occasionnellement des poussins de guillemot marbré », tuer des chouettes rayées sauvera d’autres poussins (pp. 15-16). De la part des écolos qui n’ont de cesse d’incriminer l’intervention de l’homme dans les écosystèmes, et le dérèglement que cela entraîne, ça se pose là.

C’est ce comportement d’apprenti sorcier qui fait dire au sénateur John Kennedy : « Je ne pense pas que le gouvernement fédéral doive dicter à Dieu, à la nature – ou à toute autre croyance –, quelle que soit l'espèce en laquelle on croit, laquelle peut vivre et laquelle ne le peut pas. » Il a déposé au Sénat une résolution pour invalider le plan d’abattage. Elle n’a pas été votée, mais le scandale du plan décidé par l’administration Biden (il a été formalisé en août 2024) et que l’administration Trump entend appliquer, dépasse l’habituelle frontière entre démocrates et républicains.

Vivre en paix

Abattre 450.000 chouettes rayées au titre de la protection de la nature est tellement énorme que même les écologistes ne sont pas unanimes. Telle association dénonce le « prélude au plus grand massacre d'oiseaux de l'histoire des États-Unis ». Telle autre explique qu’à la manœuvre, on trouve les exploitants forestiers qui mettent sur le dos de la chouette rayée le déclin de la chouette tachetée… provoqué par la déforestation.

Une issue à laquelle ne se résout pas le sénateur Kennedy. « J'aime les chouette. Je les adore. Je les préfère aux humains », explique-t-il. Et de rappeler que « ces chouettes n'ont jamais rien fait au gouvernement fédéral. Elles veulent juste manger et vivre en paix, comme tout le monde. » Ah oui, déjeuner en paix, comme dans la chanson, bêtes et gens, et sans que les gouvernements ne s’en mêlent ! Un monde sans écolo-technocrates…

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 21/11/2025 à 20:49.
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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

52 commentaires

  1. En l’occurrence la chasse d’une espèce de chouette vise à en protéger une autre. Les chouettes chassent, c’est peut-être dramatique mais c’est la nature.
    Si le problème c’est l’être humain il faut le supprimer s’il faut que « l’équilibre » reste immuable ?
    L’équilibre doit il resté immuable, ou bien cela n’a pas d’ importance qu’il y ait plus ou moins de chouettes tachetées que rayées ?
    Vous ne croyez pas que l’homme fait partie de la Faune et que la nature trouvera toujours un équilibre?
    Comment protéger en même temps tous les animaux alors qu’ils sont en concurrence et se tuent les uns les autres ?
    Bien-sûr c’est la même chose pour les végétaux. Vous n’êtes pas contre les protéger aussi j’imagine. Mais il ne faut envisager de tuer des végétaux qui seraient envahissants pour faire de la place aux autres ?

  2. Cette invasion de chouettes rayée doit avoir une origine humaine que l’on nous cache. Pensons à l’ énorme bêtise faite par nos semblables d’introduire des castors venus du Canada en Patagonie. Ceux-ci ont prolifèré, se sont adaptés en devenant de plus en plus gros, et, comme ils n’avaient la bas, pas de prédateur, les forêts sont dans un état désolation, les arbres écorchés vif par ces castors qui n’ont pas répondu à l’espoir qu’on avait mis en eux.

  3. Et les 10 milliars approchant d’humains qui empiètent largement sur les espaces naturels, ceux de la faune en général sans que cette dernière ne soit en mesure de réagir de cette manière, on fait quoi?
    La nature est ce qu’elle c’est tout.
    Au fait, il vous arrivent souvent depuis quelques années en périodes chaudes lorsque vous vous déplacez en voitures d’avoir à vous arrêtez pour nettoyer votre pare brise voir vos optiques maculés d’insectes divers écrasés dessus? Non, merci les humains de la part de la biodiversité! Y’en a plus de nos insectes les oiseux sont contents!

  4. Trump ne sait pas s’occuper de tout, mais s’il était au courant de l’affaire, je suis certain qu’il interviendrait.

  5. Ils sont malades … Ils s’en sont donné à Coeur joie avec les Mustangs, et les bisons, ils recommencent avec la chouette ! Incroyable ! Ils représentent un véritable danger avec leurs armes.

    • Pas la peine d’aller si loin…En écosse, c’est l’abattage de milliers de cerfs qui est prôné par les défenseurs de l’environnement pour accélérer le reboisement !

  6. La bio diversité est elle d’une valeur telle qu’on soit amené à tuer pour la protéger ?

    Faut il tenter de sauver toutes les espèces en voie de disparition ? Et les espèces étant en concurrence réduire la prolifération des espèces en croissance numérique ?
    L’objectif de l’espèce humaine sera t’ il toujours de proliférer sur la planète, et si oui, l’homme est il raisonnable de chérir en même temps la nature et sa diversité que sa croissance sur la planète ?

    Bientôt des chasses à l’homme solution humaine finale pour préserver la nature ?
    L’envie de chasser les chasseurs n’ est pas près d’être chassée.

  7. « La chouette rayée marche sur les plates bandes de la chouette tachetée. »
    Et alors? La nature est ainsi faite, c’est comme ça et puis c’est tout.

    « les chouettes rayées consomment occasionnellement des poussins de guillemot marbré » . Et les écureuils consomment occasionnellement des insectes, des escargots, et, à la saison de nidification, des œufs et des oisillons. Mon Dieu! Eradiquons les écureuils!

    • Tout est comme ça et puis c’est tout?
      L’homme n’a aucune influence sur la terre, il ne peut être question qu’il ait favorisé une espèce de chouette au détriment d’une autre ( je n’ est pas compris par quel mécanisme, mais si j’ai bien compris c’est le problème qu’il s’agit de résoudre par la chasse), de même son action ne peut modifier le climat ( via l’émission de gaz à effet de serre par exemple, le mécanisme semble plus clair que pour une espèce de chouette plutôt qu’une autre), et la corrélation entre le rapide réchauffement constaté, et qui suit de très peu le rapide développement industriel n’est qu’une simple coïncidence et il n’y a nullement à en s’en inquiéter, « c’est la nature ».

  8. Prendraient-ils, le chouettes pour des amérindiens ? C’est vrai que l’extermination de ce qui les gène fait partie de leur culture ce n’est donc pas choquant et ce serait bien aussi une idée de leur président qui lui ne fait ni dans le dialogue, ni dans la dentelle. Enfin ce n’est pas une chouette idée. Heureusement Tondelier prépare son canot pour aller les raisonner.

  9. Eliminer en masse des chouettes, voilà qui devrait faire l’affaire des rongeurs, qui pourront proliférer en paix… jusqu’à ce que leur surpopulation pose problème. Mais les écolos trouveront sans doute alors une solution.

  10. Article où l’on apprend que la colonisation de la cote ouest des USA par des Européens a commencé en 1900… Personnellement je ne le savais pas.

  11. La chouette rayée progresse. La chouette tacheté décline. C’est le sens du progrès et naturellement les écolos sont de violents réactionnaires . Il faudrait toujours laisser faire le progrès?
    Est il certain que l’ homme et la chouette rayée sont en symbiose comme vous dites et donc l’homme ne doit pas y toucher ? La chouette rayee, en concurrence avec la chouette tachetée, est elle vraiment plus bénéfique à l’homme que la chouette tachetée et les chasseurs humains sont ils réellement entrain de se tirer une balle dans le pied ? Vouloir garder les équilibres naturels est il forcément une folie ? Tout réactionnaire aux changements dans la nature est grotesque, même si ces changements sont la conséquence du développement humain ? L’homme n’a pas a géré son développement, la nature le fera? Sûrement mais attention à sa Réaction.
    La chouette rayee a trouvé un prédateur et ce n’est pas forcément une mauvaise chose.

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