Alain Finkielkraut compare Mediapart à L’Ami du peuple
Dans le paysage intellectuel français, Alain Finkielkraut n’a jamais fui les débats passionnés et a toujours parlé avec un ton sans concession. C’est dans cette veine qu’il s’est récemment attaqué à Mediapart et à son fondateur, Edwy Plenel, lors d’une intervention sur les ondes de Radio J. Selon lui, le site d’investigation ne serait pas un simple organe de presse mais une « officine de propagande » comparable à L’Ami du peuple de Jean-Paul Marat. Plenel est ainsi présenté comme l’héritier du journaliste révolutionnaire, figure de la dénonciation publique livrant à l’opprobre, à la vindicte populaire et parfois à la mort ses adversaires politiques.
La charge d’Alain Finkielkraut
C’est le 28 septembre, sur Radio J, qu’Alain Finkielkraut a livré ses critiques les plus vives à l’encontre de Mediapart et d’Edwy Plenel. À ses yeux, le site exerce une influence « extrêmement nocive et toxique », et particulièrement dans l’affaire de Nicolas Sarkozy, liée au document de l’affaire des financements libyens, document considéré comme « probablement faux » par le parquet national financier. « Tout est parti du document de Mediapart, la persécution judiciaire a commencé là », a-t-il martelé, avant de conclure : « Donc, si quelqu’un devait être condamné, ce sont les journalistes de Médiapart. »
Ce qu’il reproche à ce média, ce n’est pas seulement la publication d’informations contestées mais une posture qu’il juge militante. « Aucune objectivité, un agenda purement politique, un acharnement contre les personnalités jugées à droite », déclare-t-il. Pour lui, Nicolas Sarkozy a été traité comme un coupable du seul fait qu’il appartient à un camp politique prônant des idées différentes de celles de Mediapart. Ce qui, dans la logique du philosophe, constitue une violation grave des règles déontologiques du journalisme.
C’est à ce moment que Finkielkraut jette l’anathème historique : « Mediapart, c’est la version contemporaine de L’Ami du peuple de Marat. Edwy Plenel, c’est l’héritier de Marat. » Autrement dit, selon lui, le site n’aurait pas pour fonction d’informer mais bien de dénoncer avec une cruauté et une violence rappelant les excès révolutionnaires.
Violente charge d’Alain Finkielkraut contre @edwyplenel et @Mediapart à l’origine du faux document point de départ de l’affaire des financements libyens. « Tout est parti du document de Médiapart, la persécution judiciaire a commencé là. Donc si quelqu’un devait être condamné, ce… pic.twitter.com/sGqcw8NsQV
— Haziza Frédéric (@frhaz) September 28, 2025
À ce sujet — Deux ex-journalistes de Mediapart définitivement condamnées pour financement du terrorisme
Le faux ami du peuple
Si certains peuvent trouver la comparaison extrême, Mediapart n’envoyant pas la tête de ceux qu’il dénonce au fond du panier de la guillotine, la rhétorique de Finkielkraut n’en reste pas moins fondée et documentée. En effet, Jean-Paul Marat fut une plume redoutée de la Révolution française et nombre d’historiens soulignent sa propension à accuser, dénoncer, susciter l’indignation, et souvent sans preuve solides.
François Furet, historien spécialiste de cette période troublée, le décrit également ainsi : « Malade, endetté, frustré, Marat n'a pu tirer parti ni de ses voyages, ni de ses lectures, ni de ses écrits, pour réussir une carrière lorsque éclate la Révolution qui lui ouvre un champ d'action inespéré […] Dénonciateur inlassable des complots et des hommes qui menacent la Révolution du peuple, il s'est attribué une magistrature de démagogie redoutable à tous. Ce porte-parole des peurs de l'imagination populaire […] surenchérit toujours sur la logique terroriste qui préside les grandes journées [révolutionnaires]. »
Ainsi, en 1789, Marat lança L’Ami du peuple, un journal enragé qui devint rapidement le porte-voix de sa pensée dénonciatrice. Dans ses colonnes, il désignait les ennemis du peuple : les aristocrates, les modérés, les royalistes qui, tous, étaient susceptibles d’être voués à la vindicte, d’être envoyé en prison voire à la guillotine. Loin de se contenter de simples critiques politiques, Marat appelait également parfois à des actions plus radicales. En décembre 1790, il écrivait : « Il y a une année, cinq ou six cents têtes abattues vous auraient rendus libres et heureux. Aujourd’hui, il en faudrait abattre dix mille. Sous quelques mois, peut-être, en abattrez-vous cent mille. »
Malgré ces mots d’une violence inouïe, il représentait pour ses camarades « le maximum démocratique », que nul ne pouvait dépasser. Sa parole avait ainsi force de preuve et sa plume, trempée dans le fiel, suffisait à déclencher des persécutions. Son journal devenait non pas un outil d’information mais bel et bien une arme politique destinée à abattre les adversaires de la Révolution. Les sans-culottes les plus radicaux, ses alliés les plus précieux, dans l’urgence et l’exaltation de créer une société nouvelle, ne remettaient donc jamais en cause ses dénonciations. Ses opposants, possibles victimes de cette folie, tentèrent néanmoins de le traîner devant un tribunal. Face à ses accusations, le juge Marat refusait de rendre des comptes et d’être jugé à son tour : « Citoyens, ce n’est pas un coupable qui paraît devant vous : c’est l’apôtre et le martyr de la liberté ! Ce n’est qu’un groupe de factieux et d’intrigants qui a porté un décret d’accusation contre moi. » Face à l’absence de justice, la seule force qui put mettre fin à l’œuvre de Marat dans ce chaos révolutionnaire fut la lame fatale de Charlotte Corday.
On comprend mieux, ainsi, pourquoi Alain Finkielkraut a choisi ce parallèle. À ses yeux, Mediapart ne se limite pas à publier des enquêtes : il instrumentalise et, même, invente l’information dans l’affaire Sarkozy pour imposer son propre jugement et précipiter la chute de ses adversaires politiques. De la même manière, Marat utilisait sa tribune pour réduire au silence ceux qu’il désignait comme ennemis du peuple. Une dénonciation idéologique à l'opposé du journalisme.
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41 commentaires
Charlotte, revient vite….
Nous l’avons. Elle n’a pas de couteau. Ne veut tuer personne. Mais une tête bien faite et un instrument de diffusion de ses analyses qui ne manquent pas d’efficacité pour démasquer et réfuter ses adversaires.
Souvenons-nous aussi de la participation active d’Edwy Plenel dans la campagne calomnieuse contre Dominique Baudis, alors maire de Toulouse et faussement mis en cause dans une affaire de proxénétisme. Plenel ne s’en est jamais excusé lorsque l’innocence de Baudis a été démontrée.
Ces gens là ne s’excusent jamais, et ne sont jamais condamnés pour diffamation, il faut que ça change
Bravo pour ce courage
En effet, Mediapart est une variante de la Pravda.
La comparaison m’a paraît appropriée.
Dénoncer quand c’est prouvé oui, sinon ce n’est qu’un organe politique de propagande. Actuellement Mediapart n’est qu’un outil de gauche pour matraquer les autres partis en faisant de la diffamation. Si un magazine peut détruire une personnalité avec des faux, ce magazine de fait doit disparaitre.
Heureusement il y a des médias d’informations sérieux. La 2, France Inter, ARTE, LCI etc. Notre intellectuel devrait élargir son champ de vision.
« Radio J » ne fait-il pas « de la propagande » ? Et ce serait « Médiapart » qui aurait « inventé l’Affaire » ? Il faut lire les 380 pages du rapport judiciaire, et le compléter par l’ouvrage de Pierre Péan, « La République des mallettes » (Paris, Albin Michel, 2011), cité dans le jugement – livre jamais POURSUIVI, où « l’innocent » est bien décrit avec son réseau politique. Étrange encore de parler de « Marat », car, cette fois, Alain Finkielkraut s’appuie sur des historiens sans craindre l’ANACHRONISME. Les défauts d’un chroniqueur-philosophe ?
Faux et usage de faux: qui portera plainte contre ces gens nuisibles en toute impunité. Bien sûr que la justice…
Finkielkraut : celui même qui ne voulait pas de supérette dans dans on quartier. Il m’a beaucoup déçu,.
Entre les belles paroles, les belles idées et les actes du quotidien , ces donneurs de leçons me gonfle !
Et les français insoumis sont les sans culottes modernes avec nos tricoteuses nationales plus Robespierre réincarné.
Plenel aurait intérêt à oublier l’usage de la baignoire; modifier sa salle de bains et passer à la douche … ce sera plus prudent !
Mediapart est nocif, j’espère que maintenant que les gens ont vu à quel point l’information était manipulée, tronquée, voir mensongère, ils se détourneront de ce média et le boycotteront .
Excellent scénario avec Pleynel en Marat et Mélenchon en Robespierre ! l’histoire se répète.
Je ne comprends pas pourquoi Mediapart n’est pas tout simplement interdit pour avoir diffusé un faux mettant en cause l’élection de François Hollande qui n’a gagné que de très peu face à Nicolas Sarkozy
Si ce torchon n’avait pas été diffusé, nous n’en serions pas là aujourd’hui avec 3300milliatds de dettes et un pays submergé par les migrants illégaux
Au minimum Mediapart et ses journalistes ne devraient plus avoir le droit de diffuser quelconques informations
J’espère que les français comprendront qu’ils ont été manipulés
Chafouine est une mal comprenante.
« J’espère que les français comprendront qu’ils ont été manipulés » Les Français ont réélu Macron. Donc vous savez déjà ce que ne comprendra jamais la majorité de ceux qui s’expriment dans les urnes.