À Nantes, au nom de l’équité, les hommes continueront d’uriner sur les murs

Les commerçants réclament des « uritrottoirs ». La mairie n'en veut pas : trop genrés !
toilettes transgenres

Ça se passe quai de la Fosse, à Nantes, sur les bords de Loire. Aux temps préhistoriques du siècle dernier - je parle de celui des chantiers navals fermés en 1987 par le socialisme mitterrandien -, on l’appelait « quai de la fesse », allusion à l’animation très genrée du quartier. Mais il a beaucoup changé, ce quartier, est passé d’ouvrier à branché. On y a construit le plus grand Mémorial de l’abolition de l’esclavage et de la traite négrière. Les touristes ont remplacé les dockers, dans les entrepôts ont poussé les bars et les restaurants, alors le soir, forcément, les vessies sont pleines… Ça pue, ça sent l’ammoniaque. Les murs sont souillés, les encoignures de portes aussi, alors les commerçants et les riverains réclament des « uritrottoirs ».

Une botte de paille et des géraniums

L’uritrottoir, comme son petit nom l’indique, est un dispositif à uriner installé sur le trottoir. Invention férocement écolo découverte par les Parisiens en 2018, il permet de se soulager dans la rue sur une botte de paille. N’y voyez aucune allusion moyenâgeuse, on est au contraire à la pointe du progrès. « Mobilier urbain » au design futuriste et au nom de bière ambrée à mousse épaisse, l’uritrottoir se décline en trois tailles : le Stout XL pour 270 pipis, le Stout de même contenance mais un peu moins large pour la plantation des géraniums, puis le Parfait qui contient 90 pipis et, enfin, le Bock pour 135 mictions de moyenne intensité.

Il se décline également en rouge, bleu, vert ou gris et peut être agrémenté de plantations diverses : géraniums, cyclamens et bégonias sont du plus bel effet ; on déconseille, en revanche, les tomates cerises et le basilic, même si l’objectif est bien de « faire du compost et de faire pousser des fleurs » : « c'est une valorisation des urines avec la mise en place de cycles de récupération de l’azote et du phosphore ». Et chez les écolos, on le sait, ça phosphore dur.

Vantant « l'intérêt de ce nouveau mobilier urbain [qui] réside dans sa mobilité, sa facilité d’installation et d’utilisation, ainsi que dans sa dimension écologique », la mairie de Paris avait consulté la population. Fière des 16.232 votes favorables (sur presque 11 millions d’habitants, ça relativise le succès…), elle en avait installé quelques-uns, notamment sur les quais de l’île Saint-Louis, offrant aux touristes qui levaient le nez depuis les bateaux-mouches une vision originale de la capitale.

Les uritrottoirs d’Anne Hidalgo ont vécu, tués par le ridicule et la pudeur des pissomanes qui préfèrent encore les recoins à l’étalage de leur anatomie, ce qui ne règle pas le problème. Et à Nantes, où le quai de la Fosse est « le paradis des pisseurs du soir », le problème est de taille.

L’uritrottoir, survivance du patriarcat machiste

Faute de pouvoir rééduquer les populations, traumatisés aussi par la mort d’un jeune homme, noyé dans la Loire, un soir de fête de la Musique, les commerçants voudraient qu’on leur pose des uritrottoirs. La ville en avait bien installé dans le centre, voilà quelques années, mais elle ne souhaite pas renouveler l’opération. Pourquoi ? Parce que ces dispositifs « étant destinés exclusivement aux hommes, leur installation ne propose pas une réponse adaptée à toutes et tous ». La question, existentielle au sens fort du terme, mérite qu’on s’y penche, « aussi, la Métropole engage une réflexion sur la mise en place de toilettes publiques répondant aux besoins de tous les publics, et non seulement à ceux des hommes ». Symboles d’un patriarcat machiste dédaigneux de la plus élémentaire équité citoyenne, les uritrottoirs resteront donc au placard et les messieurs continueront de pisser dans les encoignures.

Confrontée au même drame, la mairie de Lyon avait installé, en 2022, « les premiers urinoirs publics inclusifs, écolo et sans eau ». Une merveille d’ingéniosité que ces 16 sanitaires, dont 7 exclusivement réservés aux femmes et 2 aux personnes à mobilité réduite. Un petit peu genrées tout de même, les pissotières, car « pour le côté esthétique, un bac à fleurs a été installé près des urinoirs pour femmes… Un moyen, également, de faire revenir la biodiversité en ville, avec des fleurs que les insectes viendront butiner. » Hélas, peu soucieuses de contribuer à l’irrigation des massifs après filtrage de l’urine dans les bacs à fleurs, les dames ont boudé les cabinets qui trônaient en place publique. Les messieurs aussi. Faute de clients, on les a démontés.

Au fond, la meilleure solution n'est-elle pas celle de la comptine : « Je fais pipi sur le gazon pour arroser les coccinelles/Je fais pipi sur le gazon pour arroser les papillons… » Ben quoi, c’est pas écolo ?

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

46 commentaires

  1. Quai de la Fosse, j’ai commencé déjà à rire avec ce nom prédestiné ! Ces urinoirs laissent septiques,, heu pardon sceptique, quoi de plus normal ?!

  2. Très bonne idée : les urinoirs étant machistes, il convient d’installer des urinoires. Et comme urinoirs et urinoires sont racistes, il convient d’installer des uriblancs et des uriblanches. Ainsi la ville de Nantes sera à la pointe du progrès.

  3. Après avoir voulu avec raison l’égalité hommes femmes , ces donzelles n’ont aucune honte à nous effacer , la femme d’abord , l’homme ensuite , curieuse façon de voir l’équité .

  4. Nantes……..que dire de plus, la dictature des gauchistes n’est plus à prouver leur incommensurable bêtise non plus
    Et uriner sur la voie publique c’est une belle amende mais bon ça incite quand même, la nature on ne peut pas aller contre !!!

  5. Décision éminemment raciste de la part des élus de Nantes , il auraient dû installer dans les rues des uriblancs , plutôt que des urinoirs .

  6. Dans ma version, c’était « pour embêter les coccinelles »…pour ne pas dire plus !

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