[POINT DE VUE] Mort d’Elio Darmon, dernier témoin dans l’affaire Robert Boulin
C’est une affaire d’État aujourd’hui tombée dans un oubli presque complet. Seuls ceux qui ont connu la fin des années Giscard se souviennent encore de la mort mystérieuse du ministre du Travail de VGE, Robert Boulin, un homme qui avait la réputation d'être d’une intégrité remarquable, que l’on retrouva mort dans 60 centimètres d’eau, sur les bords de l’étang Rompu, à Saint-Léger-en-Yvelines. Le dernier témoin dans cette affaire, un certain Elio Darmon, a été retrouvé mort, le 1er avril, dans son pavillon, en Bretagne.
Robert Boulin, le ministre qui gênait ?
Héros de la résistance, gaulliste de la première heure, entier et honnête, Boulin avait accepté de travailler avec Giscard au service du bien commun. Il refusait tout compromis et avait l’art de régler, par son sens du dialogue, des problèmes apparemment insolubles. Pour ne pas arranger son cas, il détestait Chirac, à qui il reprochait – probablement à raison - d’avoir endossé les habits du gaullisme, sans aucune conviction, pour se faire élire. Bref, il était apprécié par la droite, Matignon (d’après Alain Duhamel, qui était déjà journaliste) lui tendait les bras et il avait été révolté par le bourrage des urnes, aux élections du Conseil national du RPR, sous les ordres de Charles Pasqua.
Mi-octobre 1979, une vilaine magouille tenta de faire croire à la presse que Robert Boulin avait monté une arnaque pour l’achat de sa maison de vacances à Ramatuelle, dans le Var. Le RPR, par divers interlocuteurs interposés, aurait tenté de proposer le « dossier Ramatuelle » à divers journaux. Boulin avait nié catégoriquement sur le plateau d'Europe 1, déclarant qu'il avait acheté sa propriété de la façon la plus régulière par acte authentique devant notaire.
Le ministre, scrupuleusement honnête, aurait alors décidé de contre-attaquer. Secrétaire d’État au Budget et aux Finances de 1962 à 1968 (à l'époque, les ministres ne valsaient pas tous les six mois), il en savait sans doute beaucoup sur le financement du RPR. Il aurait constitué des dossiers sur le financement des partis politiques par des dirigeants africains, notamment par Omar Bongo via Elf-Gabon. Il savait beaucoup de choses et, en butte à l’hostilité de la droite chiraquienne, était susceptible de tout raconter. Telle est la thèse défendue par ses proches.
Dans la soirée du 29 octobre 1979, la famille de Robert Boulin apprend qu’il lui est arrivé quelque chose. La police trouve très opportunément une lettre de suicide dans la corbeille à papier de son bureau. On conclut rapidement, après une autopsie bâclée, à cette version qui convient à tout le monde... ou presque. L’affaire connaîtra plusieurs rebondissements scandaleux et même la poursuite et la condamnation (sous Mitterrand !) de la famille du ministre défunt après que Robert Badinter, alors garde des Sceaux, avait déposé plainte contre elle pour diffamation envers un fonctionnaire public. Il était reproché à la famille Boulin d'avoir dénoncé l'« imposture », la « forfaiture » et les « communiqués mensongers » du procureur de Versailles. Une affaire dans l'affaire. Et en 2021, la famille du ministre avait assigne l'État pour « faute lourde », dénonçant le manque d’avancées dans l’instruction.
Et Elio Darmon, dans cette affaire ?
Ce personnage apparaît en 2022, année où il se manifeste pour être entendu en 2023 par la Justice. En 1979, Elio Darmon, qui racontera en 2024 son histoire à Sud-Ouest, était une sorte de demi-sel, qui fréquentait le milieu des voyous et du SAC (Service d’action civique). Flics, juges, voyous et politiques se retrouvaient, entre autres, au Roy René, un club échangiste chic situé à Ville-d’Avray. Darmon connaissait Pierre Debizet, patron du SAC. À la Toussaint 1979, il fêtait son anniversaire au Roy René. Boulin était mort quelques jours plus tôt. Darmon racontera qu’à ses côtés, Debizet, un ami d’ami, buvait du champagne en compagnie de deux marlous pour fêter la récupération d’un dossier compromettant, tout en leur reprochant d’avoir involontairement tué leur victime. « Il a fait un arrêt cardiaque, on l’a balancé dans un étang », auraient répondu les deux hommes. Et Debizet aurait conclu : « Qu’est-ce que je vais dire à Pasqua... »
En septembre 2025, la maison d’Elio Darmon avait été la cible de coups de feu. Il avait d'ailleurs témoigné chez nos confrères de Radio Courtoisie et avait évoqué « un tir d'intimidation ». À cause de ses révélations sur l'affaire Boulin, selon lui. Une autre affaire dans l'affaire. Saura-t-on, un jour, la vérité sur cette ténébreuse affaire ? L’un des derniers témoins clés vient de mourir dans des circonstances non encore précisées, à cette heure : le parquet a fait savoir qu'« une enquête a été ouverte en recherche des causes de la mort » et qu'une autopsie sera réalisée la semaine prochaine.
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
Popular Posts




































30 commentaires
Je me souviens parfaitement de cette histoire, à la fois passionnante et frustrante, que j’ai suivi dans la presse chaque fois qu’un élément nouveau surgissait, et j’aimerais vraiment que la vérité puisse se faire un jour ; c’est malheureusement peu probable. Je suis assez en colère à l’idée que des personnes qui ont assassiné cet homme tout à fait respectable (ça, c’est une certitude) ne seront jamais punies, et je me mets facilement à la place de la famille qui doit souffrir depuis des décennies, à la perte de cet homme, et en plus, à l’idée que les responsables ne se retrouveront jamais devant la justice.
Bizarre ! Aucun commentaire sur Olivier Marleix et Alstom ?
C’est un feuilleton en plusieurs épisodes qui ne prend jamais fin . Le SAC c’était les barbouzes, utilisés à la fin de la guerre d’Algérie par de Gaulle , pour contrer l’OAS .
L’organisation d’armée secrète contre le service d’action civique ! Tout cela me semble , surannée aujourd’hui et sert surtout la gauche pour s’en servir comme repoussoir et faire croire qu’elle serait la seule à laver plus blanc que blanc. Ils suffi t de considérer le quotidien des incidents qui témoignent de ses dérives pour être convaincu du contraire .
Très fréquemment ,des gens disparaissent , des meurtres sont maquillés en accidents et ne font pas l’objet d’enquêtes ou d’investigations , parce que tout simplement, cela coûte cher et grève le budget des gendarmes et policiers , alors que les progrès technologiques permettent de plus en plus aux malfrats de passer sous les radars . Ce qui n’est pas le cas du conducteur qui aura le malheur de dépa sser de 10 km heures , le maximum de vitesse autorisée . il vaut donc mieux les orienter vers des missions plus rémunératrices comme celles de surveiller la conduite du bon cochon de payeur . La dérive perpétuelle !
incidemment cela confirme l’imposture historique de CHIRAC…
Toujours été un opportuniste, un faux connaisseur de l’Orient : ses profs à l’Ecole l’avaient largement demasqué !!!
Barbouzeries et compagnie
qui fréquentait le milieu des voyous et du SAC (Service d’action civique). Où est la différence?
on est pas prêt d’en savoir plus tout est cadenassé ça va se calmer comme d’hab.
Comme ceux qui gênent, encore un qui a été suicidé ?
Notre classe politique, qui donne des leçons de démocratie à la terre entière, n’a pas un mot à dire sur cette affaire. C’est à vomir !
et il n’y a pas que cette affaire…….