Bruxelles se renie encore, attaquant EDF et ses projets nucléaires

La Commission européenne, travaillée par Berlin et Vienne, s’en prend à nouveau à la politique énergétique de la France.
© European Union-Wikimedia Commons
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La Commission européenne a annoncé, le 24 mars, envisager l’ouverture d’une enquête approfondie sur les aides d'État qu’accorderait la France à EDF pour construire ​six nouveaux réacteurs nucléaires.

Encore un reniement d’Ursula von der Leyen

Moins de quinze jours plus tôt, Ursula von der Leyen faisait pourtant, lors du sommet de Paris sur le nucléaire civil, son mea culpa, au nom de l’Union européenne, sur des années de sabotage des politiques de développement du nucléaire par les pays européens, estimant que la « réduction de la part du nucléaire était un choix et, à la réflexion, l’Europe a fait une erreur stratégique en tournant le dos à une source d’énergie fiable, économique et peu émettrice ». Voilà donc qu’en « pleine crise mondiale de l'énergie, la Commission repart dans ses petites manigances antinucléaires » et annonce une enquête qui, au mieux, retarderait notre programme nucléaire, a constaté Isabelle Saporta, sur RTL Matin. Commission européenne qui, il est vrai, se montre bien moins loquace s’agissant des mesures d’urgence qui pourraient être mises en œuvre pour limiter, pour les Européens, les effets du blocage du détroit d’Ormuz. « Il y a des matins où on a beau être Européens, ce n’est pas facile de défendre l’Europe », a conclu cette dernière, pourtant peu encline à verser d’ordinaire dans un discours anti-UE.

Un prêt qui fausserait la concurrence

En 2025, conformément aux usages en vigueur, la France avait adressé à l’UE une demande d'approbation de ses mesures visant à soutenir EDF, l'opérateur des centrales nucléaires françaises, dans son projet de bâtir six nouveaux réacteurs de type EPR2, qui seraient opérationnels à l’horizon 2038 et augmenteraient de 10 gigawatts notre capacité de production électrique.

La demande incluait un « prêt public bonifié » couvrant jusqu'à 60 % des coûts de construction. Des « contrats pour différence » sur l'électricité produite avaient été prévus afin de permettre à EDF de disposer des moyens nécessaires au remboursement de ce prêt dans de bonnes conditions. Et fin 2025, EDF a estimé à 72,8 milliards d'euros le coût maximum de ce projet, qui avait été initialement chiffré à 67,4 milliards en 2023.

Concrètement, que signifie cette annonce d’enquête de la Commission européenne ? Que cette dernière soupçonne l’État français de créer une distorsion de concurrence en accordant à EDF un prêt public bonifié. Le procédé bruxellois n’a rien de nouveau, consistant une fois encore à contester les projets de développement du nucléaire en France comme attentant au plein exercice du libéralisme imposé aux membres au sein de l’UE. Le « colbertisme » de la France, qui agit en la matière via un opérateur public, lui est totalement insupportable. Un principe d’équité concurrentielle dont Bruxelles ne s’embarrasse pourtant jamais lorsqu’il s’agit d’importer des œufs ukrainiens ou du bœuf venu des pays du Mercosur ou d’Australie.

Et qu’importe que Bruxelles s’empresse de s’en prendre aux projets français de nouvelles centrales après avoir fait l’éloge du nucléaire. Après tout, Ursula von der Leyen, qui n’en est pas à une contradiction et un reniement près, ne fait que redevenir le porte-voix de l’Allemagne (dont elle a été ministre), qui fait tout et depuis toujours pour détruire le nucléaire français et abattre sa pièce maîtresse qu’est EDF. Henri Proglio, ancien patron de l’entreprise, l’avait expliqué on ne peut plus clairement l’an passé, sur le plateau de CNews : « Les Allemands ayant explosé leur système électrique […] et mis leurs deux électriciens nationaux à genoux, […] et il était insupportable pour l’Allemagne d’avoir à sa frontière une France qui avait un atout compétitif. […] Il fallait détruire EDF. »

L’acharnement de Berlin et Vienne

On pourrait se rassurer en se disant que les attaques bruxelloises n’ont jamais empêché Paris de poursuivre son programme nucléaire civil. Mais attention, tout de même, car les pires ennemis de notre nucléaire ont été (et sont encore, pour certains) en France, et même au sein de nos gouvernements. Par ailleurs, le poids de l’Allemagne au sein de l’UE et la complaisance (pour le moins) d’Ursula von der Leyen à son égard appellent à la méfiance. Il faut aussi compter sur l’Autriche, opposant idéologique forcené au nucléaire au sein de l’UE, pour nous mettre des bâtons dans les roues.

On se rappelle qu’en 2022, Bruxelles avait inclus le nucléaire (qui n’émet pas de CO2), dans les énergies pouvant bénéficier des « taxes vertes ». L’Autriche avait alors déposé plainte, mais celle-ci ayant été rejetée en 2025, Vienne a alors fait appel. Appel non encore jugé. Et au-delà de cette remise en cause de la fiscalité du nucléaire en général, il n’est pas inenvisageable de voir l’Autriche s’en prendre plus spécifiquement à la France et à son projet de six EPR2. Emmanuel Macron, si élogieux le 10 mars dernier au sommet nucléaire de Paris, saura-t-il, contrairement à la girouette Ursula von der Leyen, se montrer ferme sur ce dossier ? C’est pour une grande part l’enjeu de ce qui se profile dans les mois à venir. Et il en va de notre souveraineté énergétique.

Vos commentaires

98 commentaires

  1. « Souveraineté énergétique » la blague… On n’est plus souverains et ce, quelque soit le domaine. Maudite UE que nous avions refusé…

  2. Encore un couplet anti germanique, le Lombard ce coup ci on y rajoute l’Autriche pour faire St Empire!
    C’est bien sûr la faute des autres pays, encore mieux si on peut y rajouter une couche à la défaite de 40.
    Pas la faute de nos incapables zélus, bien sûr que non! Zélus pas nos non moins incapables zélecteurs. Allez, un dédouanement à peu de frais, c’est le principe de la réussite facile.

    • Le  » couplet anti germanique » est plus que justfie..nier l’egemonie et les manipulations teutonnes qui certes ont trouvé chez nous ( encore ) des collaborateurs zélés semble particulièrement naïf…

      • Je ne nie rien du tout : allemands et autrichiens bossent pour leurs pays quand nos yakas font tout pour détruire le MIEN. Ce n’est pas parce que vous avez voté pour des incapables que vous devez nier votre complicité. C’est connu : c’est toujours la faute des autres et bonsoir Clara!

    • Je n’ai jamais voté pour cette clique..ni pour le RN non plus seulement pour le FN l’époque philippot et reconquete depuis que je revote.. et vous??? Un peu de sarko?

      • Vous ne répondez pas à ma question quand aux yakas. Pour le fn, il vous aura échappé que papa Le Pen ne voulait pas du pouvoir : il faisait de la politique pour s’amuser. Pour cela que je le classe dans les incapables.
        Quand à moi, si cela vous intéresse tant, je ne votais pas avant le « duel » chirac/Le Pen »; pas inscrit sur liste électorale. Bourgeois de gauche ou de droite la belle affaire!
        Depuis, j’ai carte d’électeur et vote FRANCE!

  3. Le prix de l’électricité (pas cher) est indexé sur le prix du gaz (très cher) à cause le l’Allemagne jalouse qui achetait du gaz russe. la libre concurrence impose à EDF par l’Europe de vendre une électricité pas chère mais aussi la force à racheter cette même electricite plus cher sous couvert de la libre concurrence gavant de notre argent les voisins européens et surtout l’Allemagne en détruisant les bilans d’edf. Si on rajoute à cela les factures d’électricité des français ridiculement gonflée (à cause de l’indexation du prix sur le gaz) depuis des dizaines d’années, où sont tous ces milliards qu’edf nous a volé? Les allemands ont ils aussi par le biais de la libre concurrence volaient tout cet argent des factures françaises pendant des années pour qu’edf nécessite un prêt ? Je me pose des questions et si la réponse à ma deuxième question est Oui, alors il faut botter le cul de l’Europe comme le fait Orban. Quand je dis botter le cul c’est lui mettre un couteau sous la gorge et envisager un frexit sans rien payer en partant. J’ai l’impression que les allemands nous détestent, qu’ils sont profondément racistes contre les français et surtout qu’ils n’ont pas fini la deuxième guerre mondiale pour nous pourrir autant pendant que le béas macron acquiesce!

  4. Je me demande si F. Philippot au final n’a pas raison et qu’il va sérieusement réfléchir à cette Europe et remettre en cause notre présence au sein de ce système.

  5. L’Allemagne sous la coupe de l’Amérique depuis la seconde guerre mondiale , n’a de cesse de saborder nos fleurons industriels et énergétiques . Ruinée elle aussi par les conséquences de la guerre en Ukraine , elle a lancé une vaste opération de sauvetage avec de grands accords commerciaux , dont elle est la plus grande bénéficiaire . Elle combat notre énergie nucléaire tout en polluant la planète 20 fois plus que la France , en utilisant ses centrales à charbon !

  6. L’Allemagne a toujours été notre farouche adversaire, voire plus, ils ne peuvent pas supporter les avancées technologiques que nous nous sommes données par rapport à eux.
    Nous sommes leader mondial avec les US en matière nucléaire, aéronautique, spatial et d’armement. Tous les moyens de mettre nos projets en difficulté sont mis en oeuvre.
    Le fameux couple franco allemand n’est qu’une vaste fumisterie.

  7. La Cour des comptes a récemment dressé un constat précis du coût des politiques de soutien aux énergies renouvelables en France. Entre 2016 et 2024, ces dispositifs ont représenté une dépense cumulée de 26,3 milliards d’euros pour les finances publiques, soit une moyenne annuelle de près de 2,9 milliards d’euros.

  8. Une allemande aux commandes de l’UE, quoi de plus normal pour elle de vouloir enterrer encore plus la souveraineté energétique de la France et son tissu industriel.

  9. Pour le frexit, il y a une manifestation samedi 28 mars à paris, départ place du Palais royal à 15h.
    Oui, ce n’est pas le journaliste qui la met en place, mais F Philipot. Mais après tout, cela vaut peut être le coup de montrer ce que l’on veut, sauf bien sur les provinciaux qui ont 6 h de route pour l’aller et autant pour le retour, hélas pour nous.

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