[CINÉMA] : Rural, le documentaire sur Jérôme Bayle, meneur des Ultras de l’A64

Une France agricole sous tension, entre colère paysanne et impasses politiques autour du Mercosur.
Capture d'écran YouTube
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C’est un documentaire qui tombe à point nommé, au moment où Ursula von der Leyen impose l’application provisoire immédiate de l’accord sur le Mercosur sans même attendre le vote du Parlement européen. Une décision prise au nez et à la barbe d’Emmanuel Macron, dont la passivité complice confine à la trahison politique…

Hostile à ce funeste projet de Mercosur, qui risque bien d’être dévastateur pour la France, première puissance agricole d’Europe – faut-il le rappeler –, l’agriculteur Jérôme Bayle (prononcer « Baïle ») a droit à un film à sa gloire. Réalisé par Édouard Bergeon, à qui l’on doit le long-métrage Au nom de la terre, sorti en 2019, Rural est un petit documentaire, tourné au boîtier photo Sony FX3, suivant le quotidien militant de cet ancien rugbyman de troisième ligne qui, après le suicide de son père en 2015, a décidé de reprendre la ferme familiale. Une exploitation de 230 hectares, située en Haute-Garonne, sur les collines du Volvestre, où Jérôme Bayle, aidé de sa mère Lucienne, élève une centaine de bovins et produit ses propres céréales pour les nourrir.

L’agitateur de l’A64

Rendu célèbre pour avoir bloqué, avec deux cents paysans, l'autoroute A64, au niveau de Carbonne, en janvier 2024, l’agriculteur fonda dans la foulée l'association des « Ultras de l'A64 ». Une organisation apolitique, indépendante de tout parti et de tout syndicat. Présents aussi bien dans les médias que sur les réseaux sociaux, Bayle et ses camarades ne cessent, depuis deux ans, de dénoncer la hausse des coûts de production, les normes européennes, notamment écologiques, de plus en plus restrictives, et la concurrence déloyale avec les producteurs étrangers, que ne fera qu’aggraver l’accord sur le Mercosur. Une situation qui touche directement nos 3 % d’actifs du secteur primaire, mais également la population rurale, qui représente aujourd’hui 7 % du total de la population française.

Jérôme Bayle ne manque pas, en outre, de tirer la sonnette d’alarme concernant la santé des 446 millions d’Européens amenés, sous peu, à consommer toutes sortes de produits d’Amérique du Sud – bombardés d’OGM et de pesticides – que nos accords de libre-échange auront déversés sur notre marché intérieur.

Centré sur l’homme, dont la bonhomie et la gentillesse lui font volontiers côtoyer des élus de tous bords, trop contents de le récupérer et de se servir de son image pour mieux lénifier leurs électeurs – ce qui vaut régulièrement à l’agriculteur d’être accusé de « trahison » par ses pairs –, le film d’Édouard Bergeon a bien du mal à approfondir son sujet politique, soit parce que le cinéaste n’en maîtrise pas fondamentalement les enjeux, soit parce qu’il s’est laissé écraser par la personnalité solaire de Jérôme Bayle et n’a pas su prendre la hauteur nécessaire.

2,5 étoiles sur 5

 

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

Un commentaire

  1. Il est vrai, cher Monsieur Marcellesi qu’ils sont rares les cinéastes capables, en France, de parler de l’actualité sociale aujourd’hui, et du monde agricole en particulier. Laissons de côté le regard pseudo-objectif de Raymond Depardon, qui de toute façon, ne penche « qu’à gauche » et elle seule. Il y a quelques exceptions à cette incapacité : « Petit paysan » d’Hubert Charuel que vous avez d’ailleurs fort bien commenté et que j’ai vu avec beaucoup d’intérêt.
    Déjà, je « balise » à l’idée de voir un prochain film sur les « Gilets jaunes »….

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