Retour du sacré : la messe traditionnelle séduit les convertis
Il est un constat qu’il n’est plus possible de nier : la messe traditionnelle, dite de rite tridentin, attire de plus en plus. Alors que le nombre de candidats au baptême adultes et adolescents – les catéchumènes – s’apprête à battre cette année encore le record des 17.800 baptisés de 2025, ceux qui choisissent d’entrer dans l’Église par le biais du « traditionalisme » suivent cette même courbe de croissance spirituelle. Curieux phénomène que le clergé catholique lui-même ne sait pas toujours expliquer et qui draine un nombre croissant de fidèles dans les églises où les célébrations sont faites en latin.
L’union Lex Orandi, qui rassemble des associations de fidèles défendant la liturgie traditionnelle, organisait ce 3 mars une soirée-débat pour « rencontrer ces jeunes convertis ou recommençants qui ont (re)trouvé la foi grâce à la liturgie traditionnelle ».
C’est dans une petite permanence située dans le XVIIᵉ arrondissement parisien que s’est réunie la quarantaine de personnes venues assister et participer aux échanges animés par l'abbé Iborra, vicaire à la paroisse parisienne de Saint Roch, l’Abbé Roseau, prêtre de la Fraternité Saint Pierre en ministère à l’église Notre-Dame des Cités à Vitry-Chatillon et l’Abbé Bévillard, des Missionnaires de la Miséricorde Divine à Draguignan. Au cœur des débats : les néophytes de l’Église catholique ayant découvert ou approfondi leur foi grâce au rite traditionnel et aux paroisses qui le font vivre. Qui sont-ils ? Qu’est-ce qui les anime ? Comment les accueillir, en tenant compte de toute la complexité qui entoure leur état de néo-convertis et la rigueur exigée par la foi ?
« Plus de jeunes, plus de garçons, plus d’Européens »
A Paris, le vicaire de la paroisse Saint-Roch, les connaît de très près. Depuis 2019, cette église permet aux fidèles « tradis » d’accéder aux sacrements selon le rite tridentin. Ce que l'abbé Iborra sait d’eux, il l’a observé.
Pour la plupart issus de familles anciennement chrétiennes qu’il analyse comme « déchristianisées », mais aussi de familles non catholiques ou complètement extérieures au christianisme, il les décrit avant tout comme des « hommes et des femmes du XXIᵉ siècle ». C’est-à-dire des jeunes ou des moins jeunes, étudiants, salariés ou autres, pleinement intégrés dans la société, que « la beauté de la messe traditionnelle a souvent marqués ». Pour eux, cette forme extraordinaire s’inscrit dans « une vision d’ensemble qui vise à la foi dans la présence réelle ». Ils y perçoivent d’abord la « noblesse de la cérémonie » et le « respect accordé à Notre-Seigneur », observe le prêtre.
A Saint-Roch, il est encore constaté que les catéchumènes masculins sont proportionnellement plus nombreux que dans la moyenne nationale : 55 % de garçons chez les « tradis », contre 45 % fidèles du rite ordinaire au niveau national. Ils sont aussi majoritairement issus de la culture européenne que l’on pourrait qualifier « de souche », et les demandes de baptême chez les 18-25 ans continuent de progresser fortement. On compte donc « plus de jeunes, plus de garçons, plus d’Européens ».
Sans évacuer la dimension de la grâce et la vocation à la vie spirituelle de chacun des fidèles, l’abbé Iborra reconnaît un aspect qui gêne parfois dans les tentatives d’explication de ce « boom » traditionnel : « notre identité est incomplète sans cette dimension religieuse », analyse-t-il. Cette liturgie « appelante » qui « rompt, selon lui, avec la banalité du quotidien » et réintroduit le sacré par la beauté, le silence, la précision des rites, participe de cette « religiosité populaire ». Son enseignement, juge-t-il, se distingue par une prédication « plus claire et plus nette » qui offre davantage de repères. À cela s’ajoute un aspect civilisationnel : on y trouve des réponses à qui l'on est, et un mélange de milieux sociaux qui dépasse les appartenances habituelles.
Des conversions enracinées
Cette dernière dimension évoquée par l’abbé Iborra, certains néophytes la reconnaissent sans pour autant en faire un absolu. Floria, 32 ans, fille d’un père iranien musulman très croyant sans pratiquer et d’une mère alsacienne peu sensible à ces sujets, a grandi dans une famille soucieuse de transmettre le patrimoine français à ses enfants à travers ses églises. Après sa conversion et avant son baptême, c’est au pèlerinage de Chartres qu’elle découvre la messe traditionnelle. Elle y trouve une cohérence, une densité, mais met en garde contre une foi réduite à l’identité : « Ce n’est pas simplement un rassemblement communautaire, la messe. » L’Église, rappelle-t-elle, c’est une liturgie, une morale, un crédo et la prière. Sa famille s’est réjouie de son baptême ; la messe de Pentecôte diffusée sur CNews a même profondément touché son père.
Chez d’autres, le chemin emprunte des voies tout aussi intérieures ou intellectuelles, qui converge vers cette même exigence. Anna, d’origine arménienne et de culture orthodoxe, priait seule dès l’enfance avant d’oser parler de religion autour d’elle à l’adolescence. Une conférence relayée sur le groupe WhatsApp de sa promotion de droit la conduit un jour à Saint-Roch ; elle y découvre la messe traditionnelle et parle d’un « coup de foudre ». Ce n’est que la veille de son baptême qu’elle prévient la majorité de sa famille. Pour elle, la foi ne peut se vivre isolément : « Quand on est croyant, il est essentiel d’être entouré de croyants. »
Axel, enfin, évoque une conversion « par le biais de la raison ». Après un an et demi de catéchuménat, il dit avoir redécouvert le catholicisme à travers une liturgie qui répond, selon lui, à des aspirations profondes, mais aussi « genrées », où chacun peut trouver sa place : « un jeune homme qui cherche à se dépasser, à s’agenouiller devant plus grand que lui, ne va pas trouver cela dans une messe où on applaudit à l’offertoire. » À ses yeux, la forme n’est jamais secondaire : « c’est le fond qui remonte à la surface » car, rappelle-t-il, la manière de prier dit quelque chose de la manière de croire.
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29 commentaires
On aurait aimé que les expériences des abbés Bévillard et Roseau soient prises en compte. Draguignan et Viry-Châtillon (et non pas Vitry-Châtillon) sont ce qu’on peut appeler des périphéries. L’auteur de l’article aurait pu s’intéresser à ce qui pousse des jeunes ou moins jeunes de ces zones non privilégiées et isolées vers la liturgie tridentine. Il aurait été intéressant de savoir comment cela se traduit dans la pratique. Comment ces personnes sont-elles accueillies ? Comment deviennent-elles apôtres et comment attirent-elles de nouvelles personnes vers l’Eglise ? Ce serait un sujet à approfondir…
À Saint Roch, ma paroisse, la plupart des fidèles viennent de loin, en métro. Ce ne sont pas de jeunes riches du quartier comme vous semblez le croire.